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Récit d’horreur de la mort d’une fillette de seulement sept ans

Le procès de la belle-mère de la fillette de Granby, accusée de son meurtre non prémédité et de séquestration, amorce son dernier droit aujourd’hui. Les avocats vont présenter leurs arguments finaux aux membres du jury, qui seront appelés à trancher sur le sort de la femme de 38 ans dès cette semaine avec le début de leurs délibérations. 

L’enfant de 7 ans est étendue au sol de sa chambre depuis plusieurs heures maintenant, le matin du 29 avril 2019. Elle est pratiquement incapable de bouger, tant elle est enroulée de ruban adhésif, mais elle tente de se défaire de ses liens. 

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Elle appelle à l’aide. Elle supplie qu’on la détache. Elle jure qu’elle va arrêter.

Mais rien à faire. Ses cris demeurent sans réponse. La petite fille est laissée à son sort. 

Voilà comment ont été décrits les derniers moments de la fillette de Granby depuis le début du procès, il y a six semaines, dans les différents témoignages entendus par les jurés.

Rappelons que les médias doivent toutefois respecter des ordonnances des tribunaux qui empêchent de rapporter des parties de certains témoignages, tout comme l’identité de certaines personnes impliquées dans l’affaire.

On a aussi raconté au jury que la veille, la fillette a tenté de s’échapper à plusieurs reprises par la fenêtre de sa chambre.

Sur l’heure du dîner, elle s’est même grafignée un peu le visage à cause du cadre qui ne lui permettait pas de passer. 

Elle est avertie de ne plus recommencer, qu’elle pourrait se blesser. Mais à la tombée de la nuit, elle a réussi à sortir. 

Complètement nue, elle va se promener en pleine rue et ira même sonner chez son voisin, à 1 h 40 du matin. 

La barricade 

« C’est [nom de l’enfant] qui s’est échappée de sa chambre, ça fait cinq minutes que je lui cours après », a lancé la belle-mère de la fillette, selon le témoignage de Richard Samson, qui habite en face des lieux du drame. 

L’enfant est ramenée à l’intérieur de sa résidence. C’est la goutte qui fait déborder le vase. 

Celle qui est accusée du meurtre de l’enfant et de sa séquestration a affirmé au jury ne pas avoir commencé la contention avec du ruban adhésif ni en avoir eu l’idée. 

À la place, la belle-mère écoute l’un de ses films préférés, Le Seigneur des Anneaux

Le mobilier de la chambre de la petite est utilisé pour ériger une barricade devant sa fenêtre et la rendre inaccessible. Les photographies présentées au jury sont saisissantes : commode, étagère et un petit lit rose sont notamment empilés. 

Des textos évocateurs 

Après n’avoir pratiquement pas réussi à dormir, a-t-elle témoigné,​ la femme finit par se réveiller, peu avant 8 h le matin. 

Rapidement, elle se met à envoyer une série de textos à un contact surnommé « Casablanca », qui ne répond presque pas. Voici une partie de ces messages, qui sont pour le moins évocateurs.

– 8 h 12 : « [Nom de la fillette] est en train de sortir encore. Elle s’est détachée »

– 8 h 14 : « Bon, vu que tu me rappelles pas, je l’ai attachée ben comme il faut »

– 9 h 01 : « Elle crie, elle pleure, elle fait tout son temps, elle essaye de se lever, mais elle peut pas »

– 9 h 19 : « [...] J’ai pas à subir ça, je ne suis plus capable »

C’est finalement vers 11 h 30 qu’un appel au 911 est passé, où une personne en panique demande qu’on vienne porter secours à l’enfant. 

« Vite une ambulance, a crié une voix affolée. Elle respire plus. [...] Elle est morte, je ne sais pas ça fait combien de temps. »

Un corps rachitique 

En moins de cinq minutes, des ambulanciers et des policiers arrivent sur les lieux du drame.

Au sol, une fillette nue, en sueur, qualifiée comme étant d’une maigreur extrême, un état rachitique troublant. 

« C’était comme le corps d’une personne qui vient des pays comme l’Éthiopie », a soutenu d’une voix un peu éteinte Martin Noël, un policier de Granby, le premier à arriver sur les lieux. 

« J’ai vu une petite fille toute maigre, inconsciente, inanimée », a pour sa part décrit sa collègue Linda Harpin. 

Voyant l’état des lieux et de l’enfant, elle a tout de suite compris qu’« on n’était pas dans une situation normale, on venait de tomber dans une enquête policière », a-t-elle affirmé aux jurés. 

Des images du corps de la victime leur ont été montrées, difficiles à supporter tant elle est maigre et émaciée.

Les premiers secours ont aussi remarqué la présence d’un « amas de tape » sur la scène. En plus de le voir sur plusieurs photos, il a même été exhibé au jury durant le procès.

Selon la preuve étalée par la poursuite et le témoignage même de l’accusée, la fillette aura été enroulée de la tête au pied avec du ruban adhésif. C’est ce qui aura causé sa mort, selon deux expertes ayant témoigné. 

Carapace, momie 

Les comparaisons ont été nombreuses pour venir décrire cet amoncellement : « carapace », « momie », « forme moulée ».

« C’était une momie, je la voyais pas à travers le “tape”, c’était plusieurs épaisseurs. Je voyais pas ses yeux au travers », a affirmé le fils de l’accusée, qui a témoigné au cours du procès. 

En plus du ruban adhésif, une chemise verte, avec les poignets attachés de manière à faire un solide nœud, a été utilisée pour empêcher la victime de se mouvoir, a indiqué l’accusée.

La belle-mère a reconnu avoir mis du « tape » autour de la fillette, « peut-être une dizaine de tours ». Selon elle, il s’agissait de la « seule solution » qui s’imposait à ce moment.

Des regrets 

« Je veux pas que le meuble lui tombe dessus. Je sais que c’est une extrême décision, s’est-elle justifiée. Mais pour moi, y’a pas de danger. Je ne pense pas qu’elle va mourir. »

Questionnée vivement par le procureur de la Couronne Claude Robitaille, elle n’a pas été en mesure d’expliquer pourquoi elle n’a pas pensé à aider la fillette et à la détacher, malgré les nombreuses occasions où elle aurait pu le faire. 

« Je vais me répéter, mais, même après le procès, je vais regretter. Je regrette tellement, j’aurais pu faire ça », a-t-elle sangloté devant le jury, précisant que son objectif était de la maîtriser jusqu’à un rendez-vous pour voir un pédopsychiatre à 15 h, le jour du drame. 

Deux théories 

Mais, au terme des arguments présentés par la poursuite et la défense, il ressort de cela que deux théories s’affrontent pour la cause précise de la mort de l’enfant.

La pathologiste judiciaire Caroline Tanguay a soutenu au jury que l’enfant était morte par « suffocation externe », en raison du ruban collant obstruant ses voies respiratoires.  

En défense, la consultante en pathologie judiciaire Anny Sauvageau l’a contredite, estimant plutôt que le décès était survenu après « plusieurs heures ».

Elle a indiqué que la conclusion la plus probable était une « hyperthermie », qui a trop fait monter la température corporelle de l’enfant, et une « asphyxie mécanique », où la compression a fini, à la longue, par empêcher le mouvement nécessaire pour une respiration adéquate. La belle-mère a juré à de nombreuses reprises ne pas avoir mis de ruban adhésif sur son nez et sa bouche.

Mais une chose est certaine. La fillette ne serait pas morte si elle n’avait pas été enroulée de « tape », ont conclu les deux expertes. 

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