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Les condamnations pour violence sexuelle explosent

Au moment où Québec souhaite lancer un tribunal spécialisé, les efforts pour contrer la violence sexuelle portent déjà leurs fruits avec presque deux fois plus de condamnations en 2021 par rapport à l’an passé, à Montréal.

« Ça démontre que les victimes peuvent faire confiance au système de justice et qu’il est, somme toute, efficace. On œuvre tous à un avenir meilleur pour elles », insiste la procureure en chef adjointe Me Rachelle Pitre, qui a manuellement compilé ces statistiques.

C’est que les chiffres sont évocateurs. De 89 condamnations en 2020 à Montréal, le nombre est passé à 180 en 2021, soit presque le double. Quant aux acquittements, il y en a eu 10 depuis janvier, comparativement à 13 l’année d’avant.

« Pour les personnes qui vont décider de porter plainte, ça envoie le message que les succès à la cour, ça existe », analyse Me Sophie Gagnon, directrice générale de Juripop, un organisme qui accompagne entre autres les victimes d’agression sexuelle.

Écoutez l’entrevue de Me Rachelle Pitre, procureure en chef adjointe aux poursuites criminelles et pénales pour le DPCP:

#MoiAussi  

Selon Me Pitre, qui dirige une équipe spécialisée dans les dossiers d’agression sexuelle, cette augmentation s’explique par une hausse notable des plaintes à la police, que l’on peut attribuer en partie au mouvement #MoiAussi. 

« Il y en a qui ont cru qu’en dénonçant publiquement, des victimes ne se tourneraient pas vers la justice, mais on remarque que ce n’est pas le cas », renchérit Me Gagnon, en notant que la prise de parole collective a pu donner de l’énergie aux victimes afin de porter plainte. 

« Ça donne des résultats. »

Et parallèlement, le mouvement a énormément sensibilisé les gens sur la réalité des agressions sexuelles, ajoute pour sa part la juge retraitée Nicole Gibeault.

« Ça a permis un ajustement des mentalités, tant au niveau politique, social que judiciaire, explique-t-elle. Il y a une meilleure compréhension [de la violence sexuelle], c’est le résultat d’une grosse prise de conscience collective. »

Sensibilité  

De nombreux intervenants sondés par Le Journal ont d’ailleurs constaté que dans les dernières années, le système judiciaire a davantage mis l’accent sur les victimes de violence sexuelle, avec plus d’accompagnement et surtout plus de sensibilité face aux drames qu’elles ont vécus.

« Les victimes ne sont pas laissées seules à elles-mêmes, insiste Me Pitre. Elles sont au cœur de nos interventions. »

Les juges, quant à eux, semblent d’ailleurs porter une attention particulière aux victimes, par exemple en expliquant davantage ce qui les pousse à condamner ou à acquitter un accusé.

« Le système doit rester indépendant des mouvements de revendications, mais on sent la justice plus sensible à l’acceptabilité sociale », note Me Gagnon. 

À l’aube de la création d’un tribunal spécialisé sur les violences sexuelles, cette évolution est ainsi vue d’un bon œil.

« On a toutes les raisons de croire que ça va aller encore mieux », conclut Me Gagnon.

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