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Aide médicale à mourir: Andrée Boucher en avait assez

La comédienne Andrée Boucher, décédée en septembre dernier, s’est elle-même enlevé la vie après avoir été refusée deux fois plutôt qu’une pour une aide médicale à mourir, révèle son conjoint des 45 dernières années afin de faire changer les choses. 

« Elle aurait dû avoir droit à une mort douce et honorable. À la place, elle est décédée toute seule sur son plancher. Il n’y a pas de dignité », s’indigne Jean-Pierre Bélanger.

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Sa conjointe, Andrée Boucher, s’était notamment fait connaître du grand public pour ses rôles dans les séries Les belles histoires des pays d’en haut ainsi que Des dames de cœur. Celle-ci s’est enlevé la vie le 30 septembre dernier à l’âge de 83 ans.

Elle n’en pouvait plus après avoir demandé l’aide médicale à mourir il y a environ un an, puis à nouveau quelques semaines avant son décès, raconte M. Bélanger au Journal.

« Elle avait subi 15 opérations et faisait des infections à répétition. Elle avait perdu 70 % de ses capacités physiques et 30 % de ses capacités intellectuelles. Elle souffrait d’arthrite déformante, énumère celui qui était son aidant naturel. Les six dernières années ont été un véritable calvaire pour elle. »

Écoutez la chronique de Sophie Durocher au micro de Philippe-Vincent Foisy sur QUB Radio: 

Invitée à réfléchir  

Pourtant, les médecins qu’elle a rencontrés afin de réclamer le droit à l’aide médicale à mourir l’ont invitée « à y réfléchir encore », confie son conjoint avec émotions.

« Il y a quelqu’un qui a mal fait son job et qui a provoqué quelque chose d’extrêmement violent, un suicide », déplore Paul Brunet, président du Conseil pour la protection des malades.

Jean-Pierre Bélanger a ainsi décidé de raconter comment il a vécu la mort soudaine de la femme de sa vie : « Je suis allé faire les commissions et j’ai reçu un appel. J’ai entendu sa voix frêle me dire : “Je ne vais pas bien.” Je l’ai trouvée par terre, sur le plancher, elle était encore vivante. J’ai composé le 911. À l’hôpital, je n’ai pas eu le temps de lui parler ni de lui dire que je l’aimais. »

Pour s’enlever la vie, sa conjointe a avalé des médicaments, fait-il savoir.

Il rapporte chaque détail de ce moment difficile dans le but de démontrer « comment certains meurent dans l’indignité » et ainsi faire avancer la cause.

« C’est ça que les gens doivent traverser et je ne suis pas le seul à qui c’est arrivé. Beaucoup sont confrontés à ça. C’est une tragédie pour toute une génération », estime-t-il.

De plus en plus fréquent  

Les cas où des personnes âgées s’enlèvent la vie parce qu’elles sont incapables d’avoir accès à l’aide médicale à mourir sont de plus en plus fréquents, selon l’avocat Paul Brunet.

« D’autant plus qu’il faut avoir l’avis de deux médecins et que c’est déjà assez difficile d’en voir un. Surtout depuis la pandémie. Après, on demande à la personne d’y réfléchir comme il faut, mais ce n’est pas de leur affaire. C’est la souffrance de la personne qui est importante », insiste-t-il. 

Depuis la mort de sa conjointe, c’est ce qui pousse Jean-Pierre Bélanger à militer afin d’élargir les critères d’admissibilité à l’aide médicale à mourir.

« Il faut avoir le droit de ne pas souffrir quand ça s’étire, de mourir entouré par ses proches, d’avoir le temps de se dire au revoir. On ne meurt plus à 40 ans comme avant. Ça nous prend une nouvelle vision de la mort », estime-t-il. 

« Il faut que la mort d’Andrée serve à quelque chose. Il faut que ça fasse œuvre utile », conclut M. Bélanger.

Écoutez Mathieu Bock-Côté au micro de Richard Martineau sur QUB radio:  

Si vous avez besoin d’aide  

Ligne québécoise de prévention du suicide  

  • www.aqps.info  
  • 1 866 APPELLE (277-3553)              

Jeunesse, J’écoute  

Tel-Jeunes  

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