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Rien ne justifie d’imposer à nouveau un couvre-feu

Photo Agence QMI, Thierry Laforce

Monsieur Legault,

Nous héritons d’un monde malade, où le travail est devenu la nouvelle religion officielle. Nous héritons de services publics en ruines: des écoles qui moisissent et qui débordent, des hôpitaux souffrant d’indigestion sévère, des listes d’attente de 14 ans en CPE, des transports en commun de moins en moins accessibles au commun, des infrastructures de recyclage qui jettent au dépotoir la majorité de notre bac ainsi que notre espoir en l’avenir. Une pierre, deux coups. 

Disons-le une fois pour toutes: au Québec, la pandémie est un fiasco parce que nos institutions publiques suffoquent. Non, ce n’est pas la faute du peuple, qui, dans son ensemble, n’est ni imprudent ni désobéissant. 

Le manque de personnel dans le réseau de la santé, déjà criant, a été exacerbé par 22 mois de surtravail, 22 mois pour rattraper des décennies d’austérité, de néolibéralisme et de capitalisme sauvage. Aujourd’hui, nous payons lourdement les conséquences de cette négligence, de cette violence. Bien sûr, personne ne détient le monopole de la souffrance. Mais voici celle des jeunes étudiants, celle que je connais.

Écoutez l'entrevue de Richard Martineau avec Florence Lorimier-Dugas sur QUB radio:   

Lourdes conséquences pour les étudiants 

Pendant un an et demi, soit les trois quarts d’un DEC, ou la moitié d’un bac, on nous a dit d’étudier tout seuls. Devant nos écrans. Mais pas trop. Enfin, juste pour l’école. Pendant 22 mois, on nous a dit de nous auto-motiver. De découvrir nos passions intrinsèques, scotchés au lit, devant un portable. Mieux encore, de cerner nos intérêts et besoins pour notre carrière, le tout en pyjama, cheveux pas brossés, en se textant les réponses d’un examen en virtuel. On nous a enfermés à la maison du matin au soir, puis du soir au matin. Non, il n’était même plus permis de prendre l’air à minuit, pour éviter d’imploser. Ou pour pleurer en cachette. 

Pendant 22 mois, les fragilités de notre santé mentale se sont transformées en failles de San Andréas: explosion des symptômes de dépression, d’anorexie, de suicide... Pendant 22 mois, on nous a empêchés de voir des amis – de nous faire des amis. À 18 ans, l’amitié, l’amour, ne sont qu’un Kilimandjaro à l’horizon.

D’autres solutions possibles 

Mais 22 mois d’expérience pandémique plus tard, rien ne justifie d’imposer à nouveau un couvre-feu sans efficacité démontrée. En effet, nous avons eu largement le temps de concevoir d’autres solutions: vaccins, médicaments, ventilation des écoles, masques chirurgicaux et N95, autotests, etc. Sans être experte épidémiologiste, je sais que d’autres solutions existent et existeront tant que l’ingéniosité humaine sera, tant que l’humanité sera. Réduire l’unique et dernier instrument de votre «coffre à outils» sanitaire à un couvre-feu est d’un simplisme grossier. En plus d’insulter notre intelligence, votre couvre-feu manque ridiculement sa cible. Un coup d’épée dans l’eau. Il fustige encore et toujours le Québécois moyen qui, depuis 22 mois, se lave les mains fréquemment, porte son masque, reçoit ses vaccins, fait du télétravail et s’isole le plus possible. 

Vaccination obligatoire! 

Les non-vaccinés, 10% de la population adulte, représentent non moins de 50% des hospitalisations. Vous l’avez dit vous-même. Le délestage est notre épée de Damoclès. Alors, pourquoi ne pas rendre la vaccination obligatoire, comme s’apprêtent à le faire l’Autriche et l’Allemagne? Au lieu de forcer le noyau de non-vaccinés à assumer leur devoir envers la société, vous imposez des restrictions sévères à l’entièreté de la population. Le remède est là, mais vous n’avez visiblement pas le courage de l’avaler cul sec. En bon roi Dagobert, votre gouvernement porte ses culottes à l’envers.

En attendant la fin de la comptine, nous ferons semblant d’écouter nos cours, vautrés dans le lit, en pyjama, caméra fermée. Seuls. Et nous irons nous coucher tôt.


Photo courtoisie

Florence Lorimier-Dugas
Étudiante qui termine actuellement un double DEC en musique et en sciences naturelles au Cégep de Saint-Laurent

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