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Investir tout en dormant bien la nuit

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Illustration Adobe Stock

Depuis quelque temps, on me prête des talents d’investisseur exagérés, on me sollicite pour des tuyaux, on veut savoir ce que j’achète.

Au risque de vous décevoir, je n’investis plus.

J’ai confié mes placements en sous-traitance dès que j’ai pu, le jour où mes actifs étaient suffisamment importants pour m’ouvrir de justesse les portes d’un gestionnaire en qui j’avais confiance. Ç’a pris du temps.

La sous-traitance, pourquoi ?

Avant ? Mon REER de la banque a longtemps été composé de fonds communs de placement, puis j’ai graduellement basculé vers les fonds négociés en Bourse (ce qui m’a coupé l’accès aux services du planificateur financier). J’ai ensuite acheté quelques actions pour donner un peu de vigueur à un portefeuille indiciel : Dollarama, CGI, Amazon, Metro, Facebook, Apple, des banques et bien entendu autant de coups foireux dont je ne me vanterai pas ici.

Dans l’ensemble, je n’ai pas eu à rougir, le bilan s’est avéré positif (le contraire aurait été gâtant avec les rendements de la dernière décennie). Mon problème : je manque de conviction. Mes positions ont toujours été timides, j’ai longtemps conservé trop de liquidités, des fois qu’il se produirait quelque chose, sans savoir quoi, peut-être une occasion. Je pouvais bien me targuer des performances explosives de certains de mes titres, mais comme les sommes en jeu restaient relativement modestes, je n’en tirais pas de si gros profits. Loin de donner des résultats désastreux, mes investissements étaient mous.

Voilà pourquoi j’ai remis ça entre les mains de gestionnaires qui consacrent leurs journées à étudier des entreprises et à débattre entre eux de l’opportunité d’y investir l’argent de leurs clients. Quand ils s’entendent, ils y vont avec assurance.

Quelles leçons tirer ?

D’abord, tout le monde a ses failles, le chroniqueur aussi. J’ai beau m’intéresser à l’investissement et m’informer sur la finance et l’économie, je ne suis pas moins habité que vous par des biais psychologiques qui nuisent à mes performances.

Je surveille évidemment mes affaires de près, même si j’en ai délégué le contrôle à d’autres. Je dois accepter de ne pas avoir tous les champions dans mon portefeuille, bien que ça me titille. Cette semaine, la presse financière a fait grand cas de l’exploit d’Apple dont la capitalisation boursière a touché les 3000 G$. Je regrette de ne plus en être actionnaire. Et je ne vous parle pas de Tesla, dont la vigueur de l’action nargue mon scepticisme depuis deux ans.

On doit savoir apprécier les gains de son portefeuille dans son ensemble, et ne pas focaliser sur les rendements de chaque titre en particulier. Je passe trop de temps à me soucier des éléments les moins performants de mon portefeuille. Il est normal, et même souhaitable que les titres connaissent leur pic à des périodes différentes. C’est le résultat de la diversification.

Le chroniqueur ne fait pas toujours ce qu’il prescrit. J’ai l’air d’un investisseur, mais je ne le suis pas. Récemment, lors d’une conversation dans le cadre d’une autre chronique, le conférencier boursier et ancien trader Michel Villa m’a révélé investir dans des fonds communs de placement ! Il choisit des gestionnaires, et non des titres.

Dans son livre Psychology of Money, l’ancien chroniqueur financier du Wall Street Journal, Morgan Housel, a expliqué pourquoi il n’a pas d’hypothèque sur sa maison. Pourtant, la logique voudrait qu’il en ait une pour dégager de l’argent afin d’investir en Bourse. Bien qu’il recommande le contraire à ses lecteurs en raison du coût de renonciation énorme (il renonce à des rendements boursiers pour éviter de faibles intérêts hypothécaires), l’idée de ne pas avoir de paiements hypothécaires a sur lui un effet libérateur.

L’important, selon lui, ce n’est pas la solution optimale, mais celle avec laquelle on dort le mieux. 

Je vous souhaite de bonnes nuits de sommeil en 2022.

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