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Quand le goût du pouvoir torpille la démocratie

Photo Agence QMI, Toma Iczkovits

Dans sa chronique «Emmerder la démocratie», l’analyste politique Emmanuelle Latraverse a raison de dire que «la politique est trop rarement une œuvre de compromis». Pourtant, depuis des lustres, les sages nous disent que la politique, en démocratie, c’est justement «l’art du compromis».  

Compromis

Ce qu’il faut savoir, c’est que l’art et l’œuvre de compromis sont le résultat d’une combinaison de deux forces qui doivent cohabiter et s’exercer ensemble dans un équilibre dynamique. Comme la loi de la polarité taoïste du yin et du yang. Quelles sont ces deux forces? Les humains et leur soif de pouvoir qui agissent consciemment dans l’arène politique et les institutions qui déterminent qui peut avoir droit de cité dans cette arène et les règles qui régissent son fonctionnement. 

On comprend facilement qu’en démocratie, c’est d’abord le mode de scrutin et le système politique qui caractérisent le type de représentation des citoyens et le type de gouvernance. Tous les modes de scrutin ne se valent pas et certains sont supérieurs si l’on veut obtenir des élections équitables, des parlements vraiment représentatifs des choix de la population et des politiques publiques issues de la collaboration et des compromis. 

Incidemment, lors du grand Sommet international pour la démocratie tenu au début du mois de décembre dernier à l’initiative du président américain Joe Biden, on a souligné à juste titre que la première étape essentielle, pour faire progresser la démocratie, est la tenue d’élections libres et équitables. 

Lors de la dernière élection générale québécoise, le chef de la CAQ avait promis devant les caméras de l’Assemblée nationale, en compagnie des chefs du PQ, de QS et du Parti vert, qu’une loi serait votée dans le présent mandat pour instaurer un mode de scrutin de type proportionnel qui rendrait les élections plus équitables et qui générerait plus de collaboration entre les partis. 

En déposant le 25 septembre 2019 le projet de loi qui donnait suite à cet engagement transpartisan, fruit d’un compromis, le premier ministre François Legault avait déclaré devant un parterre de journalistes et d’invités, dont moi, qu’il était prêt, dans l’avenir, à diriger un gouvernement minoritaire ou un gouvernement de coalition, car les citoyens du Québec sont rendus là. «Les gens veulent plus de collaboration entre les partis politiques. Ils veulent que nous gouvernions autrement», avait dit le nouveau premier ministre. 

Malheureusement, en renonçant juste avant Noël, en catimini, à étudier puis adopter le projet de loi et, en plus, en renonçant à tout jamais à la réforme promise, François Legault a non seulement trahi ses partenaires de l’entente et l’électorat, il a consacré le maintien pour longtemps d’un système électoral qui empêche une représentation équitable des partis et qui induit la loi du plus fort au détriment de la recherche du compromis. 

En catimini

On le voit de plus en plus, François Legault préfère gouverner seul et en catimini. Et il espère avoir encore plus de députés serviles autour de lui à l’issue de l’élection générale du 3 octobre prochain. Ainsi, nos vieilles institutions politiques jouent contre la gouvernance de compromis et les acteurs politiques dominants veulent que cela continue ainsi. Voilà ce qui emmerde la démocratie québécoise: une monarchie élective et une Assemblée nationale inéquitable et non représentative. 

Jean-Pierre Charbonneau, président du Mouvement Démocratie nouvelle et ex-ministre de la Réforme des institutions démocratiques

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