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Montréal perd ses habitants au profit des régions

La ville de Montréal a perdu plus de 45 000 habitants en 2020-2021 au profit d’autres régions administratives. 

C’est-ce que révèle le plus récent Bulletin sociodémographique de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) dévoilé jeudi. Ce portrait de la migration interrégionale, qui s’inscrit pour la première fois entièrement dans le contexte pandémique, indique que les régions où se trouvent les plus grands centres ont toutes vu leur bilan se détériorer.

La ville de Montréal, avec une population estimée à 2,02 millions d’habitants au 1er juillet 2021, a ainsi enregistré des pertes nettes de 48 300 personnes dans ses échanges migratoires avec les autres régions administratives. Il s’agit d’un déficit de - 2,6 % en proportion de sa population.

«Il s’agit de son plus lourd déficit depuis le début de la série statistique en 2001-2002», peut-on lire dans le document. Les pertes tendent à augmenter depuis quelques années, mais cette tendance s’est amplifiée en 2019-2020 et de façon encore plus nette en 2020-2021.

 

La pandémie change la donne   

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, n’est cependant pas découragée de la situation. Elle estime que la pandémie a contribué à cet état de fait et qu’il s’agit d’une nouvelle donnée.

«Les gens qui en avaient envie, maintenant qu’on peut travailler à distance, peut être que l’idée d’être à la campagne, c’est maintenant que ça se passe, a-t-elle donnée en exemple. Je crois qu’on est dans une période de transformation.»

Mme Plante rappelle néanmoins qu’il y a de nombreux avantages à vivre en ville, et que son administration va «toujours pousser» sur ce qui distingue Montréal.

«C’est une période un peu plus difficile avec la COVID, soit, mais il n’y a rien qui égale cette qualité de vie là, de tout avoir à proximité, d’avoir autant d’espace vert, la vie culturelle et tous les autres éléments», a-t-elle illustré.

De son côté, l’opposition officielle à l’hôtel de ville n’est pas satisfaite de ces explications.

«L’exode urbain s’accélère depuis cinq ans, ce n’est donc pas juste la pandémie qui est en cause», a souligné Sonny Moroz, porte-parole de l’opposition en matière d’habitation. Il donne en exemple la crise en habitation et la perte d’attractivité de la ville pour expliquer la situation.

«[Ça] met à l’épreuve le poids démographique, politique et économique de Montréal», s’est-il alarmé. Il ajoute que son parti déposera une motion au prochain conseil municipal pour demander une réflexion à ce propos.

 

Une tendance qui se poursuit   

Professeure à l’UQAM et spécialiste du monde municipal, Danielle Pilette estime que le contexte pandémique ne fait qu’accélérer une tendance observable depuis les deux dernières années.

«La démographie de la ville de Montréal s’est beaucoup transformée depuis les années 2000, a-t-elle ajouté. On a une population qui est maintenant beaucoup plus jeune qu’auparavant. Et ces jeunes-là, lorsqu’ils accèdent à la propriété, vont à l’extérieur de l’île».

Mme Pilette a ajouté que ceux souhaitant un « mode traditionnel d’habitation» doivent souvent se déplacer en périphérie de la communauté métropolitaine.

«Les pertes de populations qui sont plus importantes en situation pandémique étaient en partie compensées par l’arrivée d’immigrants», a analysé la professeure qui rappelle que la situation actuelle limite l’immigration.

Outre Montréal, la Montérégie, la Capitale-Nationale, l’Outaouais et Laval ont aussi vu leur bilan se détériorer. Les trois dernières régions affichent même leur pire bilan depuis 20 ans.

Les seules régions qui n’ont pas connu de progression notable de leur bilan migratoire sont l’Abitibi-Témiscamingue, la Côte-Nord et le Nord-du-Québec. Elles continuent toutes les trois à perdre des résidents au profit des autres régions.

Les régions qui ont vu leur population augmenter   

Le nombre de Québécois qui ont choisi de changer de région administrative a augmenté de 19 pour cent en 2020-2021. 

Entre le 1er juillet 2020 et le 1er juillet 2021, 232 000 Québécois ont déménagé d’une région à une autre.  

Le phénomène remarqué depuis le début de la pandémie se confirme ainsi dans les données publiées par l’Institut de la statistique du Québec.  

«C’est un bilan qui s’inscrit dans un contexte pandémique, on peut penser que les déplacements qui ont eu lieu dans cette année là ont été décidés en contexte pandémique» confirme Martine St-Amour, démographe pour l’Institut de la statistique du Québec.  

Les régions administratives adjacentes à Montréal enregistrent les plus grands gains dans leurs échanges migratoires. La région des Laurentides est celle qui enregistre les plus forts gains dans ses échanges migratoires avec les autres régions du Québec pour cette période. Son gain net est de 12 700 personnes, soit l’équivalent de 2 % de sa population. «Ce résultat est le plus élevé pour la région depuis le début des années 2000», a précisé le rapport de l’ISQ.

L’Estrie connaît aussi les gains les plus élevés depuis une vingtaine d’années, avec un solde de 8600 personnes.

Les gains ont aussi fortement augmenté pour atteindre «un niveau record» en Mauricie, dans le Centre-du-Québec et dans la Chaudière-Appalaches.

Même les régions éloignées sont des destinations populaires

Dans les régions éloignées, la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, le Bas-Saint-Laurent et le Saguenay–Lac-Saint-Jean affichent leur bilan migratoire interrégional le plus élevé en 2020-2021. 

La Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine a augmenté son solde migratoire interrégional de 1,50% avec 1378 personnes. Le Bas-Saint-Laurent a gagné 0.81% de sa population avec les 1597 nouveaux arrivants.  

La Gaspésie et le Bas-Saint-Laurent ont réussi à renverser la vapeur dans les dernières années, puisqu’au début des années 2000, ces régions voyaient plutôt le phénomène inverse se produire.  

«Au début des années 2000, La Gaspésie perdait environ un village par année, et là cette année, les données nous apprennent qu’on vient de gagner un village» lance le directeur de Vivre en Gaspésie Danik O’Connor.  

La progression en Gaspésie s’est nettement accentuée dans les dernières années, un phénomène qui a probablement été accéléré par la pandémie «C’est sûr que la pandémie a servi de catalyseur, les gens qui pouvaient avoir des idées de projets à plus long terme ont décidé de réaliser ça vraiment plus rapidement» ajoute Danik O’Connor.  

Avec la collaboration de Félix Lacerte-Gauthier

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