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En fuite au Congo, Mukendi pourrait continuer d'échapper à la justice

Paul Mukendi donnant une séance de prières au Québec le 15 août dernier, quelques jours avant de s’enfuir en République démocratique du Congo.

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Paul Mukendi donnant une séance de prières au Québec le 15 août dernier, quelques jours avant de s’enfuir en République démocratique du Congo.

Ridiculisé par l’agresseur sexuel Paul Mukendi depuis maintenant cinq mois, le Directeur des poursuites criminelles et pénales du Québec nous a rappelé, cette semaine, qu’il faisait tout en son pouvoir pour le rattraper. Mais le pasteur risque d’avoir semé notre justice pour de bon s’il reste au Congo.

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« On essaie toutes les démarches possibles auprès des autorités compétentes pour que M. Mukendi soit traduit et purge ses peines. Le message qu’on souhaite lancer c’est qu’on a entrepris toutes les démarches qu’on peut faire », a indiqué Me Audrey Roy-Cloutier, porte-parole du Directeur des poursuites criminelles et pénales du Québec (DPCP).

Paul Mukendi, un pasteur de la ville de Québec, a fui le Canada le 18 août 2021 vers son pays d’origine, la République démocratique du Congo, alors qu’il devait se rendre aux autorités canadiennes deux jours plus tard pour purger sa peine de dix années de détention.

L’homme de 44 ans avait été reconnu coupable de deux agressions sexuelles, dont une sur une mineure.

Extradition ? 

Depuis son évasion, le pasteur ne se cache pas et il provoque même la justice en expliquant dans certains médias congolais qu’il a « fui l’injustice au Canada ».

Le pasteur faisant la promotion d’une soirée organisée pour le Nouvel An sur les réseaux sociaux, pour ses fidèles du Québec.

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Le pasteur faisant la promotion d’une soirée organisée pour le Nouvel An sur les réseaux sociaux, pour ses fidèles du Québec.

Il multiplie aussi les vidéoconférences sur internet avec ses fidèles depuis Kinshasa, la capitale du pays. 

Mais, pour le moment, il reste difficile d’attraper celui qui se cache à plus de 10 000 km du Québec, notamment parce que le Canada n’a pas de traité d’extradition avec le Congo, rappelle le ministère de la Justice du Canada par courriel.

« Comme poursuivant, on a une directive qui traite des procédures et de ce que peut faire le DPCP pour obtenir l’extradition du Canada d’un criminel qui a fui. Ces démarches-là sont difficiles à commenter parce qu’on ne veut pas que la personne qu’on recherche soit au courant de ce qui est entrepris », indique Me Audrey Roy-Cloutier.

Selon le professeur de droit à l’Université McGill Frédéric Mégret, il faut s’attendre à ce qu’on n’entende plus jamais parler de Paul Mukendi.

« Comme nombreux avant lui, il peut tirer parti du système international pour s’échapper. Cependant, la seule chose qui pourrait se passer serait qu’il voyage et qu’il se retrouve dans un pays qui lui bénéficie d’un traité d’extradition avec le Canada », affirme-t-il.

Des exemples 

C’est notamment ce qu’a fait comme erreur Meng Wanhzou, de la société Huawei, qui s’est arrêtée au Canada, qui avait un traité d’extradition avec les États-Unis.

« Elle avait à peine posé les pieds à Vancouver que la machine s’était mise en place et qu’une demande d’extradition avait été envoyée par les Américains », ajoute-t-il.

Même chose pour Arthur Porter, le médecin accusé d’avoir reçu des millions en pot-de-vin pour la construction du CUSM à Montréal, qui avait fui aux Bahamas.

C’est finalement en voyageant au Panama qu’il avait pu être arrêté en 2013, puisque le Canada a une entente d’extradition avec le gouvernement panaméen.

Adorateur de Donald Trump  

Sur ses réseaux sociaux, Paul Mukendi fait aussi l’apologie de la future application de l’ancien président américain Donald Trump, Truth Social. Selon lui, cette nouvelle plateforme en sera une où « les gens pourront s’exprimer en toute liberté et où la Parole de Dieu pourra être prêchée sans tabou ». Il invite notamment tous ses fidèles à rejoindre le futur réseau social, dès qu’il sera disponible. Paul Mukendi semble admirer Donald Trump, qui défend selon lui les valeurs chrétiennes et familiales.

« Persécuté » par les médias canadiens  

Depuis qu’il a trouvé refuge au Congo, son pays natal, le pasteur Mukendi n’hésite pas à déblatérer contre les médias canadiens et québécois qui le persécutent, selon lui. Sur sa page Facebook, suivie par plus de 330 000 personnes, l’homme de 44 ans a notamment indiqué qu’il donnerait une conférence de presse en direct de Kinshasa, capitale du pays, pour que les médias ne puissent plus « rapporter des choses fallacieuses délibérément et faire avaler n’importe quoi à [leurs] lecteurs ». Il s’est même engagé à offrir le voyage aux journalistes qui souhaitent y assister. Toutefois, ni Paul Mukendi ni personne de son bureau n’a répondu aux demandes d’entrevues du Journal.

« Acharnement judiciaire »  

Plusieurs médias non conventionnels congolais semblent encenser Paul Mukendi, qui leur donne des entrevues. Selon ces sites, par exemple, les condamnations d’agressions sexuelles portées contre le pasteur seraient « injustes », « instrumentalisées par les lobbies d’homosexuels », et l’homme de 44 ans s’est « exfiltré » pour refuser de faire de la prison. Il serait également victime d’« acharnement » de la part de la justice québécoise. Depuis que Mukendi s’est enfui vers le Congo, plusieurs dizaines d’articles le présentant comme une victime du système canadien ont été publiés sur des sites comme CongoBuzz.tv ou encore ScoopRDC.

Écoutez l'entrevue de Richard Martineau avec Frédéric Mégret sur QUB radio:

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