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Des travailleurs se tournent les pouces chaque soir à l'hôpital Lachine

MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

Des travailleurs de l’hôpital Lachine déplorent de se tourner les pouces chaque soir avec la fermeture de l’urgence alors que le réseau de la santé est sur le point d’exploser.

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« À partir de 21 h jusqu’à un peu avant minuit, on est tous assis : quatre infirmières, un médecin, à se regarder, à chercher des formations à suivre et à se rouler les pouces. Alors on se sent mal », laisse tomber la Dre Fahimy Saoud, une médecin qui travaille à l’urgence de l’hôpital Lachine, dans l’arrondissement du même nom à Montréal.

Depuis le 8 novembre 2021, le service d’urgence de l’établissement est fermé de 19 h 30 à 7 h le lendemain matin. Selon le Centre universitaire de santé McGill (CUSM), c’est le manque de personnel, et notamment des inhalothérapeutes, qui a forcé la fermeture du service, indique Dre Saoud.

Pas de réouverture

Avec assez de personnels pour offrir des soins sécuritaires, le service devait reprendre le 10 janvier dernier. Cependant, une éclosion a changé les plans et forcé le service à rester fermé, ajoute la docteure. La réouverture était repoussée au 24 janvier, mais l’urgence n’ouvrira finalement toujours pas par faute de lits, réquisitionnés pour soigner des patients positifs à la COVID-19 d’un CHSLD avoisinant, ont appris les employés lundi.

« Notre personnel infirmier de l’urgence est mandaté pour fournir les soins à ces patients qui sont tous relativement stables », indique Dre Saoud et plusieurs de ses collègues de l’urgence de l’Hôpital Lachine dans une lettre ouverte.

Selon eux, il vaudrait mieux les isoler ces patients dans leurs unités, comme le font la plupart des établissements de soins de longue durée.  

« Toutes les équipes en place, pleine d’espoir, se préparaient à enfin pouvoir apporter leur contribution au combat actuel contre le tsunami COVID en soignant cette population à laquelle elles sont dévouées et attachées depuis de nombreuses années », explique le collectif.

Impacts

Pour la Dre Saoud, la fermeture de l’urgence a déjà des impacts importants pour la communauté, notamment pour les personnes âgées et les personnes vulnérables.

Mardi soir, par exemple, une patiente âgée de 70 ans se présente à l’urgence pour une possible crise cardiaque. Vers 19 h le diagnostic tombe. La femme, âgée de 70 ans qui vit à Lachine, a bien fait une crise du cœur, explique Dre Saoud qui s’en occupait. 

« J’ai dû lui expliquer que je n’avais pas les moyens de la garder [à l’hôpital]. Je suis médecin, je suis formée pour ça, mon personnel est là, mes moniteurs cardiaques sont là, mais je ne pouvais pas la garder. Il fallait que je la transfère au centre-ville. Au début, [la patiente] dit non, parce que le centre-ville est loin », raconte Dre Saoud qui, avec plusieurs collègues, a signé une lettre ouverte pour demander à rouvrir l’urgence de l’Hôpital Lachine.

Outre les patients, c’est aussi l’hôpital qui est en train de perdre des employés, affirme la médecin de famille.

« On ne voit pas le bout, alors on essaie d’aider ailleurs, comme dans les centres de vaccinations. On essaie de faire taire notre sentiment de culpabilité. On a plusieurs employés qui s’en vont ! Des infirmières postulent à des postes ailleurs, des médecins commencent aussi à regarder ailleurs », déplore la Dre Saoud.

En fin de journée, le Centre universitaire de santé McGill n’avait pas encore répondu aux questions du Journal.

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