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Action collective pour un pensionnat oublié d’Abitibi

Jimmy Papatie a été envoyé au Pavillon Notre-Dame-de-la-Route après la fermeture du pensionnat pour enfants autochtones d’Amos.

Photo courtoisie, Paul Brindamour

Jimmy Papatie a été envoyé au Pavillon Notre-Dame-de-la-Route après la fermeture du pensionnat pour enfants autochtones d’Amos.

Une autre demande de recours collectif contre Ottawa sera entendue pour tenter de faire reconnaître un pensionnat autochtone oublié qui a été en activité près de Val-d’Or jusqu’en 1991, sous la direction d’un prêtre pédophile.

L’endroit situé dans le village forestier de Louvicourt était nommé « Pavillon Notre-Dame-de-la-Route ». 

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De 1975 à 1991, il a logé les enfants de Kitcisakik, une communauté anicinapek de 350 personnes située dans la réserve faunique de La Vérendrye, à cinq heures au nord de Montréal.

Mais il a été exclu de la Convention de règlement des pensionnats indiens (CRRPI), qui a établi un fonds de plusieurs milliards de dollars pour aider les anciens élèves à guérir les blessures de leur enfance. Les ex-pensionnaires de Louvicourt n’ont donc eu droit à aucune compensation.

« Ne pas reconnaître la résidence, c’est nous condamner à rester dans le noir. Le pays continue de nier ce qu’on a vécu là », souffle l’ex-pensionnaire Jimmy Papatie.

Pour corriger la situation, sa communauté a déposé une demande de recours collectif. Mais les avocats du fédéral ont tenté de faire avorter les procédures pendant des mois, avant de finalement abandonner il y a quelques jours.

Les ex-pensionnaires pourront donc finalement se présenter au tribunal dans les prochaines semaines pour tenter de convaincre un juge d’écouter leur histoire.

Prédateur sexuel aux commandes  

« On restait là 10 mois par année. Les surveillants couchaient avec les jeunes garçons. Ils nous frappaient avec des ceintures, des règles, des bâtons, ils nous humiliaient », raconte M. Papatie.

Il a séjourné un an et demi à Louvicourt après avoir été au pensionnat Saint-Marc-de-Figuery, à Amos, où il a été enfermé dès l’âge de 6 ans. Le pavillon Notre-Dame-de-la-Route a été ouvert à la fermeture du pensionnat.

Financé par l’État, l’endroit était dirigé par le père Edmond Brouillard, un « prédateur sexuel » reconnu coupable en 1995 d’attouchements sur des enfants, rappellent les documents de cour.

M. Papatie a vu l’oblat à l’œuvre, pénis en érection sur les fesses des petits garçons qu’il tripotait en les prenant sur ses genoux où il les avait attirés avec du maïs soufflé rose, de la gomme ou de la liqueur. 

L’Anicinapek a ensuite été lui-même agressé par une des victimes du prêtre, qui a tenté de le violer.

Un pensionnat sans classe  

Aucune classe n’était dispensée à Louvicourt. Les enfants y résidaient et étaient transportés tous les jours à l’école Amik-Wiche, dans la communauté voisine de Lac-Simon. 

C’est pourquoi l’établissement a été exclu de la CRRPI, contrairement au pensionnat d’Amos.

Pourtant, les enfants y subissaient « l’essentiel de l’expérience » des pensionnats, écrivent les avocats de la communauté, Mes David Schulze et Marie-Alice D’Aous.

Pour eux, l’établissement faisait « partie intégrante du système d’enseignement primaire et secondaire géré par le gouvernement fédéral ».

À 57 ans, M. Papatie ne se bat pas pour lui, mais pour les plus jeunes pensionnaires qui n’ont connu que Louvicourt.

« Quand nous on a été compensés pour Amos, eux ils nous ont dit “et nous ?”. Ils ont passé leur enfance là. Maintenant, ils sont jeunes parents et ils n’arrivent pas à connecter avec leurs enfants. Ils sont placés. On va se battre jusqu’au bout pour eux », dit-il.

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