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Décès en CHSLD : La coroner Géhane Kamel clôt une enquête «hors du commun»

La coroner Géhane Kamel a clos son enquête «hors du commun» par son ampleur, jeudi, avec un message aux familles de victimes décédées en CHSLD lors de la première vague, au printemps 2020, durant laquelle des milliers d’aînés ont perdu la vie dans ces établissements.

Elle a dit souhaiter que son rapport soit déposé «avant l’été 2022».

Après une «longue traversée», un an et demi, 60 jours d’audiences et 220 témoins plus tard, Géhane Kamel a d’abord tenu à remercier son équipe : «certains nous ont traités de fous, moi je vous dis qu’il faut surtout être de grands passionnés pour rêver ce monde».

Devoir de mémoire

Puis elle s’est adressée aux familles de victimes : «vous qui avez perdu un être cher, merci de nous avoir fait confiance et d’avoir participé à cette enquête, aussi douloureuse qu’elle ait été», a-t-elle déclaré avant de nommer les 63 personnes auxquelles elle s’est intéressée dans le cadre de son investigation.

«Cette enquête doit être un devoir de mémoire, nous avons l’obligation de graver l’histoire afin de réaliser la seule chose qui importe : donner un sens à ces décès pour les familles et rendre aux défunts ce qu’ils ont cruellement perdu, leur dignité.»

La coroner a ensuite précisé que son enquête possède des «limites évidentes quant à son étendue légale», mais considère qu’elle les a tout de même «atteintes».

Monde idéal

Même si le système de santé québécois avait été «parfait», la COVID-19 y aurait tout de même causé des dommages, avait fait valoir, en matinée, l’avocat de plusieurs CISSS et CIUSSS.

Au dernier jour des représentations, étape ultime où les différentes parties font part de leurs recommandations à la coroner, Me Luc de la Sablonnière, du cabinet Morency, Société d’avocats, a rappelé les «nombreuses données» manquantes au début de la crise.

«On n’avait pas de connaissance [du virus], on n’avait pas de médicaments, on n’avait pas de vaccins», a rappelé celui qui représente également l’Institut national de santé publique (INSPQ). «Je ne pense pas qu’on peut se limiter à dire que c’est la faute du système», a-t-il poursuivi.

Vision biaisée

Me de la Sablonnière a ensuite dénoncé l’idée selon laquelle le réseau de la santé n’a rien fait pour se préparer à l’arrivée de la COVID-19.

Certes, le gouvernement s’est concentré les services de «courte durée» comme les hôpitaux en mettant de côté les milieux de «longue durée», dont font partie les CHSLD, mais «c’est vraiment la vision que nous avions que le virus entrerait au Québec, qui était certainement biaisé», a-t-il expliqué.

«Ce qui se passe en ce moment, c’est ce qu’on craignait en janvier et en février 2020», a-t-il ensuite exposé, alors que la province enregistre un nombre d’hospitalisations jamais vu depuis le début de la crise.

«Est-ce qu’on avait les ressources pour attaquer les deux fronts? Faire ce qu’on a fait dans les centres hospitaliers aussi dans les CHSLD ? Je ne sais pas, et la preuve ne nous a pas amenées là», a-t-il également souligné.

Travailleurs dévoués

Le juriste a conclu en rappelant qu’aucun travailleur de la santé s’est «assis à ne rien faire» durant la première vague en citant l’exemple d’une employée du CHSLD René-Lévesque, à Longueuil, restée au front 57 jours d’affilé, au péril de sa propre santé.

«Je n’ai pas entendu de preuve ici que quelqu’un savait que ça s’en venait en CHSLD et a négligé cette information-là. On ne l’a peut-être pas vu, mais ce n’est pas volontaire. Il n’y a pas personne qui volontairement s’est assis et a dit : moi je ne fais rien», a-t-il affirmé.

En détail, le cabinet Morency, Société d’avocats, représente les CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal et de la Mauricie-Centre-du-Québec, les CISSS de Chaudière-Appalaches, de la Montérégie-Est, de Lanaudière, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et de la Direction de la santé publique de Montréal.

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