/news/society

À la recherche des engins de pêche fantômes

PHOTO COURTOISIE: Comité ZIP des Îles-de-la-Madeleine

Depuis son lancement en 2019, le Programme pour les engins fantômes de Pêches et Océans Canada (MPO) a permis la récupération d’environ 739 tonnes d’agrès perdus ou abandonnés en mer sur les côtes atlantique et pacifique. 

Ce bilan a coûté plus de 15 millions $ en investissements dans 63 projets différents.

Le volume récupéré correspond au poids de 231 véhicules Zamboni, a souligné le ministère par voie de communiqué. Et, parmi ces débris qui nuisent aux pêches commerciales, il y avait plus de 118 kilomètres de cordage, soit l’équivalent de la distance entre Fredericton et Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick.

PHOTO COURTOISIE: Les Cultures du Large

Quatre des projets de récupération ont été menés aux Îles-de-la-Madeleine, dont l’un était dirigé par le Comité ZIP (zone d'intervention prioritaire) local. 

La mission a été menée à l’aide d’une caméra sous-marine et deux plongeurs. 

Elle a permis de récupérer 3,7 tonnes d’agrès de pêche en 16 jours, dont 63 casiers à homard, plus de 440 mètres de cordage et de fil de fer, une drague à plie et une drague à pétoncle.

Émie Audet-Gilbert, biologiste au Comité ZIP des Îles, précise que 61 homards adultes pesant pour la plupart plus de deux livres, dont 17 femelles de plus de 120 mm de longueur de carapace, incluant deux qui étaient œuvées, étaient pris dans les casiers. 

«Quand on sait qu’une femelle de plus de 127 mm de longueur de carapace peut avoir jusqu’à 35 000 œufs, contre 8000 œufs pour une femelle de moins de 80 mm, ça peut avoir un bon impact sur la population», soutient-elle.

PHOTO COURTOISIE: Comité ZIP des Îles-de-la-Madeleine

Pour sa part, l’entreprise Les Cultures du Large, spécialisée dans l’élevage des huitres, a développé un système de grappin afin de nettoyer un ancien site aquacole sur lequel gisaient plus de 200 filières abandonnées.

Dans le cadre d’un troisième projet, le centre d'innovation de l'aquaculture et des pêches du Québec Merinov a caractérisé les engins de pêche usagés en vue d’en recycler les composantes.

Puis, le Centre de recherche sur les milieux insulaires et maritimes (CERMIM) s’est quant à lui distingué par l’utilisation d’un robot sous-marin télécommandé et d’un sonar à balayage latéral qui ont permis de localiser plusieurs centaines de casiers à crabe perdus dans le golfe du Saint-Laurent, jusqu’à 95 mètres de profondeur; une première au Canada.

Cependant, bien qu’il applaudisse à toutes ces initiatives, le président de l’Association des pêcheurs propriétaires des Îles, Mario Déraspe, voit quand même un paradoxe dans la stratégie du fédéral en matière de pêcheries qui, d’un côté, prévoit la récupération des engins de pêche fantômes et, d’un autre côté, imposera à compter de 2023 des cordages à faible maillage pour les casiers à crabe et à homard afin de protéger les baleines noires menacées d’extinction.

«En affaiblissant nos cordages, on va perdre de plus en plus nos engins de pêche, déplore-t-il. Il y a un paradoxe là: affaiblissez vos cordages pour perdre des engins et mettez des budgets pour aller chercher les engins perdus!»

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.