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Le numéro un mondial a les yeux rivés sur le Québec­­

La fortune du grand patron de Blackstone, Stephen Schwarzman (ici, à Davos, en Suisse, en 2018), est évaluée à plus de 33 milliards de dollars américains.

Photo REUTERS

La fortune du grand patron de Blackstone, Stephen Schwarzman (ici, à Davos, en Suisse, en 2018), est évaluée à plus de 33 milliards de dollars américains.

Partenariats avec Hydro-Québec et la Caisse de dépôt, rencontres avec nos premiers ministres, investissements dans nos entreprises... La firme américaine Blackstone, l’une des plus puissantes au monde, a étendu ses tentacules un peu partout au Québec et rien ne semble arrêter son appétit. 

Son nom est peu connu, mais le géant de Wall Street, dont les actifs dépassent 730 milliards de dollars américains, a une influence énorme dans l’économie. 

Par sa filiale TDI, Blackstone est le partenaire d’Hydro-Québec dans le gigantesque contrat d’électricité récemment conclu avec New York.  

En 2019, le premier ministre François Legault a d’ailleurs rencontré le grand patron de la firme, Stephen Schwarzman, qui est l’un des hommes les plus riches aux États-Unis. M. Legault craignait alors que l’entreprise ne dicte ses règles dans les négociations avec New York. L’accord a finalement été signé l’automne dernier. 

L’entreprise a aussi joué un rôle de premier plan dans la renégociation du libre-échange avec les États-Unis et le Mexique. Au début de 2017, M. Schwarzman, un proche de Donald Trump, s’était déplacé au Canada pour rencontrer l’ex-premier ministre Philippe Couillard et Justin Trudeau.

L’homme d’affaires a même déclaré dans un livre avoir été celui qui a convaincu M. Trudeau de faire des concessions sur le lait, dont la moitié des producteurs se trouvent au Québec. 

Mulroney au CA

Les liens avec le Québec sont encore plus profonds. L’ancien premier ministre Brian Mulroney siège au conseil d’administration de Blackstone depuis 2007. Quel rôle joue-t-il entre la firme et le Québec ? 

Blackstone n’a pas souhaité entrer dans les détails, mais affirme que les services de M. Mulroney apportent une meilleure compréhension « des questions économiques et commerciales » et que le Québec « est un marché en croissance et dynamique ».

« Nous nous engageons à être un investisseur responsable et à long terme au Québec », a estimé le fonds dans une déclaration écrite. 

En 2019, un autre membre du conseil de Blackstone, le milliardaire Jim Breyer, a à son tour rencontré François Legault et le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon pour présenter le projet de liquéfaction de gaz naturel mené par GNL Québec. 

À la fin de 2020, Stephen Schwarzman a aussi participé à la Conférence de Montréal en compagnie de Paul Desmarais III. 

Un allié de la Caisse

La proximité de Blackstone avec la Caisse de dépôt et placement n’est plus à démontrer. Depuis plusieurs années, l’entreprise est le plus important partenaire dans les secteurs du placement privé et de l’immobilier.

En 2020, la Caisse détenait pour 4,4 milliards $ d’investissements dans 25 fonds de Blackstone, soit 13 % de plus que deux ans plus tôt.

Le recours à des firmes comme Blackstone « nous donne beaucoup d’informations sur les marchés et les secteurs dans lesquels nous pouvons être appelés à investir », a indiqué au Journal un porte-parole de la Caisse, Maxime Chagnon.

La filiale immobilière de l’institution, Ivanhoé Cambridge, a par ailleurs réalisé plusieurs transactions avec Blackstone, dont l’achat d’un immense complexe résidentiel à New York pour 7,1 milliards de dollars et l’acquisition de la firme vancouvéroise PIRET pour 3,8 milliards de dollars.

Dans le passé, Blackstone a toutefois été accusée d’exploiter les locataires et de favoriser les évictions. « Blackstone et d’autres firmes d’investissements alimentent la crise en achetant des logements abordables en les rendant moins abordables, et ce, dans le but d’augmenter leurs profits », a souligné Leilani Farha, ex-rapporteuse spéciale pour le droit au logement à l’Organisation des Nations unies, lors d’une entrevue avec Le Journal. 

Blackstone se défend et affirme qu’il s’agit d’une totale invention. 

« Notre objectif a été d’apporter des capitaux indispensables pour rénover et construire des logements dans le monde entier », a souligné l’entreprise dans un courriel. 

Encore de l’immobilier

La firme américaine ne s’arrête pas là. Elle est récemment passée en mode attaque dans l’immobilier au Québec. 

Avec Canderel et Mach, Blackstone participe au rachat des actifs de l’entreprise québécoise Cominar, une transaction record de 5,7 milliards $. Blackstone mettra ainsi la main sur 190 immeubles industriels situés au Québec.

À peu près au même moment, Blackstone a fait une première percée dans le secteur canadien des résidences pour aînés. La firme a investi une somme non précisée dans le Groupe Sélection, une entreprise québécoise.  

Blackstone en bref    

  • Plus importante firme d’investissement privé au monde 
  • Fondée en 1985 par Stephen Schwarzman et Peter Peterson 
  • Siège social : New York 
  • Nombre d’employés : 3165 
  • Présence dans plus de 30 pays 
  • Actifs sous gestion de 731 milliards $ US au 30 septembre 2021 
  • Stephen Schwarzman : 19e fortune aux États-Unis selon Forbes avec une valeur nette de 33,3 milliards $ US    

Présence de Blackstone au Québec  

  • Acquisition de 190 immeubles industriels de Cominar  
  • Coentreprise avec le Groupe Sélection visant 13 résidences pour aînés  
  • Acquisition de trois usines de l’ex-Papiers Rolland 
  • Partenariat avec Hydro-Québec pour le contrat d’exportation d’électricité vers New York 
  • Investissement de 3 milliards $ dans Invernergy, une firme américaine d’énergie renouvelable dont la Caisse de dépôt est le principal actionnaire   

Deux des plus grandes filiales installées ici  

C’est au Québec que le géant de l’investissement Blackstone a choisi d’établir deux de ses cinq principales entités d’exploitation, a constaté Le Journal.

Dans le plus récent rapport annuel de Blackstone, on peut lire que Blackstone Holdings III L.P. et Blackstone Holdings IV L.P. sont des sociétés en commandite constituées au Québec en vertu du Code civil. Selon le registre des entreprises du Québec, les deux entreprises ont leur siège social dans les bureaux du cabinet d’avocats Gowlings à la Place Ville-Marie, à Montréal.

Dans l’organigramme de Blackstone, reproduit dans le rapport annuel de cette dernière, on constate que les deux sociétés en commandite québécoises font partie des cinq entités d’exploitation du groupe, aux côtés de trois autres entités constituées au Delaware, un État américain prisé des grandes entreprises en raison de son cadre juridique jugé favorable aux investisseurs.

Pas d’explication

Plusieurs investissements de Blackstone ont transité par le biais de ses deux entités québécoises, dont ceux effectués dans Paysafe, une firme de paiements présente à Montréal, et dans Falcon Minerals, une pétrolière américaine.

« Il y a de multiples avantages à l’établissement d’une société en commandite » au Canada pour les investisseurs étrangers, stipule une analyse de l’avocat Dan Giantsopoulos, publiée sur le site du cabinet torontois Blaney McMurtry.

Contactée par Le Journal, Blackstone n’a pas voulu expliquer pourquoi elle avait choisi de localiser deux de ses principales filiales au Québec.

« Nous ne recevons aucun avantage fiscal » grâce à ces entités, a toutefois assuré une porte-parole de la firme, Paula Chirhart, dans un courriel.

Les quatre principaux secteurs d’activité de Blackstone sont l’immobilier, les placements privés, le crédit et les fonds de couverture. 

Rendements discutables

En 2020, le professeur Ludovic Phalippou de l’Université d’Oxford a publié Une réalité qui dérange : les rendements des placements privés et l’usine à milliardaires

L’étude concluait qu’en dépit de leurs frais élevés, les firmes d’investissement privé ne généraient pas de meilleurs rendements que les marchés boursiers, ce que Blackstone a nié. 

– Sylvain Larocque, Le Journal de Montréal

Le contrat à New York très lucratif pour Blackstone  

Si le contrat est historique et lucratif pour Hydro-Québec avec la ville de New York, son partenaire Blackstone trouvera lui aussi son compte.  

C’est lors de l’appel de propositions lancé en 2021 par l’État de New York qu’Hydro a décidé de choisir Blackstone. Sa filiale TDI avait travaillé pendant dix ans afin d’obtenir les permis nécessaires pour aller de l’avant. 

La société d’État n’a toutefois pas souhaité donner de détails au sujet de l’entente avec son partenaire. 

« À ce stade-ci, l’entente sur les frais de transport [...] est confidentielle en raison des informations commercialement sensibles qu’elle contient », a souligné Lynn Saint-Laurent, porte-parole de la société d’État lors d’une entrevue avec Le Journal.  

Les détails seront dévoilés au cours de l’année qui précédera la mise en service de la ligne entre le Québec et New York. 

Environ 10 G$

Mais selon des sources gouvernementales consultées par Le Journal, Blackstone touchera environ 10 milliards de dollars en revenus sur 25 ans, soit le tiers du contrat global de 30 milliards de dollars. 

Par ailleurs, Hydro-Québec ne se formalise pas que l’entreprise détienne des investissements dans les énergies fossiles. 

Pas de problème, dit Hydro

Ce qui est important pour la société d’État, c’est que Blackstone consacre « des milliards de dollars à des investissements qui supportent la transition » écologique. 

« C’est un projet [celui avec la ville de New York] qui, rappelons-le, fera diminuer les émissions de carbone de 37 millions de tonnes, soit l’équivalent de retirer de la circulation plus d’un demi-million de voitures », conclut Mme Saint-Laurent.   

– Olivier Bourque, Le Journal de Montréal

Un géant discret qui cultive ses liens politiques 

En 2019, le premier ministre François Legault avait rencontré Jim Breyer, fondateur de Breyer Capital et membre du CA de Blackstone (à gauche), à Davos, au sujet d’Énergie Saguenay de GNL-Québec, un immense projet d’exportation de gaz naturel liquéfié qui est depuis tombé à l’eau.

Capture d'écran tirée d'Internet

En 2019, le premier ministre François Legault avait rencontré Jim Breyer, fondateur de Breyer Capital et membre du CA de Blackstone (à gauche), à Davos, au sujet d’Énergie Saguenay de GNL-Québec, un immense projet d’exportation de gaz naturel liquéfié qui est depuis tombé à l’eau.

À Calgary, en 2017, le premier ministre Justin Trudeau avait rencontré le grand patron Stephen Schwarzman qui le conseillait sur la renégociation de l’ALENA.

Photo tirée de Twitter

À Calgary, en 2017, le premier ministre Justin Trudeau avait rencontré le grand patron Stephen Schwarzman qui le conseillait sur la renégociation de l’ALENA.

L’ex-premier ministre Philippe Couillard, accompagné de l’ancien patron d’Hydro-Québec, Éric Martel, avait eu une rencontre avec des représentants de Blackstone en mars 2017.

Photo tirée de Twitter

L’ex-premier ministre Philippe Couillard, accompagné de l’ancien patron d’Hydro-Québec, Éric Martel, avait eu une rencontre avec des représentants de Blackstone en mars 2017.

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