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Pourquoi j’ai décroché des mesures sanitaires

Je suis vacciné trois fois, malgré le fait que j’ai contracté la covid en mars 2020. J’appartiens à ces très rares exceptions, selon le gouvernement, de contamination reliée à une école. «Les écoles ne sont pas un moteur de transmission», ne cessent pas de répéter les autorités publiques pour justifier la récente réouverture des classes. Qu’elles aillent le répéter à mes collègues qui sont actuellement en isolement parce qu’un de leurs enfants a attrapé cette cochonnerie à la maternelle. Qu’elles aillent aussi le répéter à tous ces cas similaires dont je prends connaissance depuis des mois. En décembre 2021, plus de 40% des éclosions survenaient dans les écoles. Un hasard.  

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À cause de la nature même de mon travail, j’ai toujours su que la question n’était pas de savoir si j’allais attraper la covid, mais quand. Et ma stricte observance des mesures sanitaires visait à espérer être vacciné (parce que la science nous a bien montré l’efficacité de cette forme de prévention) mais aussi à m’assurer de ne pas surcharger un système de santé défaillant par des décennies de gestion incompétente. 

Mais voilà : au fil des décisions contradictoires et des déclarations empreintes d’euphémisme de notre gouvernement, quand ce n’est pas de mensonge, je dois me rendre à l’évidence : sans être un complotiste, je doute. Je doute de tout ce qu’on me raconte, de toutes ces justifications alambiquées pour soutenir une chose et son contraire. Pas de masque, masque. Couvre-feu, plus de couvre-feu. 

C’est le regard que je porte sur la situation dans les écoles, un domaine où j’œuvre comme enseignant, qui me trouble le plus. Contrairement aux belles paroles de notre ministre de l’Éducation, rien ou presque n’a été fait pour corriger quoi que ce soit en ces lieux. On a beau demander à M. Roberge où exactement ont été dépensé les 432 millions $ destinés aux écoles et versés par le gouvernement fédéral, celui-ci se contente de servir des réponses creuses comme s’il s’estimait au-dessus de son obligation ministérielle de justifier les dépenses de son ministère et qu’il n’était pas redevable à la population. Pourquoi une telle opacité au sein d’un gouvernement qui ne cesse de clamer qu’il est transparent? 

Par ailleurs, comment peut-on déclarer que les écoles sont sécuritaires alors qu’on n’a testé – avec des évaluations reconnues comme étant plus que douteuses - qu’une partie des classes? L’installation tardive et hasardeuse des détecteurs de CO2, selon un protocole qu’on ne connait pas, révèle d’ailleurs à plusieurs enseignants ce dont ils se doutaient bien depuis années à force d’être victimes de rhumes et de problèmes respiratoires : la ventilation dans certaines écoles est une véritable catastrophe. Dans certains cas, de récentes mesures indiquent des taux de CO2 de 1290, 1400 et même 1600 PPM dans certaines classes... Or, d’après le ministère de l’Éducation lui-même, un taux de CO2 supérieur à 1000 PPM nuit à la réussite éducative, même s’il nous demande de tolérer des mesures allant jusqu’à 1500 PPM. Ça fait donc des années que la ventilation des écoles nuit à l’apprentissage des jeunes et rien ne changera si on se base sur la situation actuelle. 

En fait, plus de deux ans après le début de cette pandémie, au Québec, on en est encore à suggérer d’ouvrir les fenêtres pour ventiler une classe. Comme si on voulait faire des économies au détriment de la santé et des apprentissages des élèves. Pendant ce temps, en Ontario, faut-il le souligner, plus de 53 000 unités de filtration HEPA autonomes et autres dispositifs de ventilation ont été installés. 

Bien sûr, le ministre Roberge suggérera aux centres de services scolaires de demander l’installation d’un appareil approprié pour améliorer la qualité de l’air dans certaines classes, appareil qu’ils obtiendront après un long parcours bureaucratique. S’il a fallu plus de six mois pour s’assurer de la présence de simples détecteurs de CO2, combien en faudra-t-il pour une opération assurément tout aussi complexe... Après tout, il parait qu’il faut des spécialistes pour installer un purificateur d’air dans une classe, nous a-t-on déjà dit le plus sérieusement du monde en conférence de presse quand est venu le temps de refuser des initiatives semblables mises de l’avant par des parents bénévoles et des enseignants. 

Le ministre de l’Éducation vient de demander aux enseignants de faire preuve de discernement dans l’ouverture des fenêtres par temps froid. Certains lui souligneront qu’on ne vivrait pas cette situation absurde si lui-même n’avait pas fait preuve d’un peu d’empressement et d’organisation. 

Parce que je suis un professionnel respectueux de mon travail et des enfants qui me sont précieusement confiés, je continuerai à favoriser l’application des mesures tel qu’on nous le demande. Et il y a aussi, encore et toujours ce réseau de la santé essoufflé que je ne tiens pas à surcharger par des comportements inadéquats. Puis-je seulement indiquer que, quelque part, comme des milliers de Québécois, ce gouvernement m’a perdu en chemin avec toutes ces tergiversations et ses fausses excuses? Si, comme enseignant, j’ai été l’espace d’un moment trop bête pour savoir porter correctement un masque N95, je ne le suis pas assez cependant pour accepter passivement que, parfois, on nous dise un peu n’importe quoi. 

Le déni systématique de reconnaitre la transmission de ce virus par aérosols, une vaccination chez les 5-12 ans molle et peu encouragée comparée à celle des élèves du secondaire ainsi que le retard quant à une troisième vaccination ou quant à la distribution de tests rapides dans nos écoles sont des indicateurs nets que nos dirigeants ont mal géré cette cinquième vague. 

Leur refus de reconnaitre leurs erreurs et leur changement brutal de stratégie sans même vouloir nommer celle-ci (vivre – et laisser mourir – avec le virus) montrent bien qu’on répond à cette époque trouble en tenant parfois peu compte des considérations scientifiques. Un peu moins d’orgueil et un peu plus de leadership humble. Un peu moins de politique et un peu plus de vérité. Voilà ce qui m’aurait davantage rassuré. La CAQ lit les sondages parait-il. Voilà ce que j’aurais dit à M. Léger. Comme bien des enseignants.

Luc Papineau

Enseignant de français

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