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Une garderie chez un trafiquant proche des Hells Angels

Un proche des Hells Angels condamné à de lourdes peines d’emprisonnement pour trafic de drogue et gangstérisme a pu accueillir une garderie dans sa résidence de Québec, avec l’aval du ministère de la Famille. 

Dave Blais Robitaille est propriétaire depuis août 2019 d’une maison unifamiliale dans l’arrondissement de Beauport, à Québec. Sa femme, Layla Cosatto, y tient un service de garde en milieu familial privé et non régi, aussi appelée PNR, qui peut accueillir jusqu’à six enfants.

Layla Cosat­to avec des enfants dans la garderie privée en milieu familial qu’elle exploitait à Québec.

Photo tirée de la page Facebook de Layla Cosatto

Layla Cosat­to avec des enfants dans la garderie privée en milieu familial qu’elle exploitait à Québec.

Blais Robitaille, 42 ans, a été arrêté dans le cadre de deux opérations antidrogue majeures. Il a écopé à partir de 2010 de peines totalisant 13 ans de détention pour avoir dirigé des réseaux de trafic de stupéfiants dans la capitale nationale (voir plus bas). 

Dave Blais Robitaille est en liberté conditionnelle totale depuis octobre 2018. Cela lui permet de purger une partie de sa peine, qui doit prendre fin en 2024, sous surveillance dans la collectivité, pourvu qu’il respecte certaines conditions.

Photo tirée de Facebook

Dave Blais Robitaille est en liberté conditionnelle totale depuis octobre 2018. Cela lui permet de purger une partie de sa peine, qui doit prendre fin en 2024, sous surveillance dans la collectivité, pourvu qu’il respecte certaines conditions.

Les autorités le considéraient alors comme un proche des Hells Angels, selon des documents judiciaires.

Or, pour être en activité, les PNR comme celui de Beauport doivent se conformer à huit conditions prévues par la loi, dont la vérification des antécédents judiciaires pour l’éducatrice et toutes les personnes majeures habitant dans la résidence.

Caméra cachée  

Notre Bureau d’enquête a pu se rendre dans la garderie avec une caméra cachée, en se faisant passer pour des parents à la recherche d’une place pour leur enfant.  

Lors de notre visite, Layla Cosatto a rapidement présenté des papiers certifiant « l’absence d’empêchements » pour elle et son époux.  

Lors de cette rencontre, l’éducatrice a affirmé à nos journalistes que ni elle ni son mari n’avaient de dossier judiciaire.

Photo Le Journal

Lors de cette rencontre, l’éducatrice a affirmé à nos journalistes que ni elle ni son mari n’avaient de dossier judiciaire.

« L’empêchement, c’est qu’on n’a pas de dossier criminel. Ça, c’est mon conjoint, ça, c’est moi ici », a-t-elle précisé en pointant les documents.

Dave Blais Robitaille ne travaille pas au service de garde, mais il était sur les lieux au moment de notre passage en fin d’après-midi. Sa conjointe nous a précisé qu’il occupait un emploi de nuit et qu’il était à la maison le jour. 

Le trafiquant Dave Blais Robitaille était présent lorsque notre Bureau d’enquête a visité la garderie, muni d’une caméra cachée.

Photo Le Journal

Le trafiquant Dave Blais Robitaille était présent lorsque notre Bureau d’enquête a visité la garderie, muni d’une caméra cachée.

L’homme pourrait-il remplacer son épouse et s’occuper des enfants, en cas d’absence ou de maladie de l’éducatrice ? Il pourrait « dépanner un parent qui serait en accord », nous a-t‐elle dit avec hésitation, rappelant toutefois que cette mesure n’est pas permise dans les PNR. 

Feu vert du ministère  

Invitée à s’expliquer dans les jours suivants sur les raisons qui l’ont poussée à nous cacher le passé criminel de son mari, l’éducatrice s’est défendue en affirmant que « cela remonte à 10 ans ».

Dans un échange de messages textes, elle a soutenu : « Le ministère est au courant de tout tout sur mon mari. Ils ont même communiqué avec son agente de libération conditionnelle ».

Le ministère nous a confirmé avoir reçu deux plaintes contre la garderie de Layla Cosatto depuis août 2020.

Des inspections ont mené à l’émission d’un avis de non-conformité, en mars 2021, ainsi qu’à un avis préalable de fermeture, en mai 2021, puisque les attestations de vérification d’absence d’empêchement étaient manquantes pour la PNR.

En juillet 2021 toutefois, le ministère a estimé que la situation avait été régularisée. 

« Après analyse du dossier, nous en sommes venus à la conclusion que Dave Robitaille ne fait pas l’objet d’un empêchement », peut-on lire dans une lettre du ministère de la Famille.

Décision renversée hier  

Mais cette décision était « erronée », a reconnu le ministère, hier, après que notre Bureau d’enquête l’eut questionné sur ce dossier. 

Le ministre de la Famille a même parlé d’une « grosse » erreur (voir le texte plus bas).

« La décision a été renversée. [...] La PNR devra cesser ses activités au plus tard dans 15 jours », a affirmé Bryan St-Louis, directeur des communications du ministère. 

Dave Blais Robitaille

Photo courtoisie

Dave Blais Robitaille

Photo courtoisie

DAVE BLAIS ROBITAILLE
42 ans  

  • Arrêté en février 2010 dans le cadre de l’opération Chancelier en tant que tête dirigeante du plus important réseau de vente de cocaïne à Québec.        
  • Il est condamné en octobre 2010 à une peine de trois ans et demi de détention pour trafic et possession de stupéfiants, possession de biens criminellement obtenus et possession d’une arme prohibée avec munitions.                 
On le voit lors de sa première arrestation en 2010.

Photo d'archives

On le voit lors de sa première arrestation en 2010.

  • Arrêté en 2012 lors de la frappe policière Loquace. On lui reproche d’être fournisseur pour un réseau de distribution de cocaïne et de méthamphétamine à Québec.        
  • Il est condamné à près de 10 ans de pénitencier en 2014 pour gangstérisme, recel, trafic de stupéfiants et complot.         
  • Il est le cousin et l’homme de confiance du trafiquant Alain Côté, selon des documents judiciaires. Alain Côté travaillait pour Michel « Doune » Guérin, ancien prospect des Hells à Québec.        
  • En avril 2015, sa demande de semi-liberté est refusée, car il présente un risque de récidive élevé.        
  • Après avoir bénéficié de sorties avec et sans escorte, on lui accorde une semi-liberté en avril 2018, puis sa libération conditionnelle totale six mois plus tard.        
  • Sa peine majorée de 13 ans, 3 mois et 6 jours doit se terminer en janvier 2024, selon les Services correctionnels Canada.         
  • Il travaille aujourd’hui à la Ville de Québec, selon sa conjointe. Au moment de l’achat de sa résidence en 2019, il se présentait comme camionneur.                  

CE QUE LA COMMISSION DES LIBÉRATIONS CONDITIONNELLES A DIT À L’ENDROIT DE DAVE BLAIS ROBITAILLE 

« Vous étiez considéré comme la tête dirigeante d’une organisation criminelle reliée au trafic de stupéfiants (cocaïne). Vous êtes reconnu comme une relation des Hells Angels, chapitre de Québec. » - En 2012 

« En établissement, vous êtes un sujet d’intérêt pour le département de la sécurité préventive. Vous côtoyez des individus identifiés aux [groupes menaçant la sécurité], dont des membres des Hells Angels. » - En 2015 

« Selon les informations à votre dossier, votre criminalité est un choix de vie. Vos agirs délictuels sont structurés et planifiés. » - En 2015 

« Selon vos intervenants, vous maintenez un conformisme de surface, une double vie. [...] Actuellement, vous n’avez aucune motivation intrinsèque réelle pour changer et vous remettre en question. » - En 2015 

« Depuis 2016, vous semblez avoir changé vos fréquentations et décidé de vous détacher des individus reliés au crime organisé. » - En 2018 

« En établissement, vous avez toujours maintenu des emplois et offert un bon rendement. Vous vous êtes d’ailleurs vu octroyer un travail qui nécessite un niveau élevé de confiance. » - En 2018 

– Avec la collaboration de Philippe Langlois et de Marie Christine Trottier 

Québec ferme la garderie  

Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe

Photo d'archives

Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe

Le gouvernement n’aurait jamais dû donner le feu vert à la garderie qu’il a fermée hier, reconnaît le ministre de la Famille, qui justifie la situation par une « erreur humaine ».

« C’est une erreur humaine qui n’aurait pas dû se produire, bien honnêtement », a réagi le ministre Mathieu Lacombe en entrevue, hier.

Le comité chargé d’examiner le dossier avait estimé que les antécédents judiciaires de Dave Blais Robitaille n’étaient pas compatibles avec l’exploitation d’une garderie à sa résidence.

Mais une gestionnaire aurait par la suite ignoré cette recommandation et délivré une attestation d’absence d’empêchement en juillet 2021.

Grosse erreur  

« On n’est jamais à l’abri de faire des erreurs. Dans ce cas-ci, c’en est une et c’en est une grosse. C’est clair qu’il n’y a personne de bonne humeur de voir ça », a commenté le ministre.

Face à la situation, la sous-ministre a demandé une nouvelle analyse de toutes les décisions qui ont été rendues dans les dernières années afin de s’assurer qu’il n’y a pas d’autres situations semblables. 

Elle a également demandé à ce que le processus soit revu afin de resserrer les mécanismes en place.

Le ministère de la Famille a analysé 540 dossiers visant à lever un empêchement en lien avec des PNR, entre mai 2018 et décembre 2021.

Vérifications en amont  

Pour le ministre Lacombe, cet « incident » réitère la pertinence d’adopter son projet de loi sur les services de garde. 

Ce dernier forcera tous ceux qui souhaitent tenir un service de garde à la maison à montrer patte blanche avant de commencer leurs activités. Des inspections se tiendront aussi annuellement.

Actuellement, les PNR doivent respecter huit conditions prévues par la Loi sur les services de garde éducatifs à l’enfance pour pouvoir opérer. Le ministère ne vérifie pas si ces règles sont respectées avant l’ouverture et n’intervient que si une plainte est déposée.

Le ministre Lacombe ne s’en cache pas : cette manière de fonctionner le préoccupe. 

« Ça m’inquiète parce qu’actuellement, n’importe qui peut décider d’offrir des services de garde à la maison sans obtenir de permis tant et aussi longtemps qu’ils répondent à quelques critères minimaux de sécurité », déplore-t-il. 

NOMBRE DE PLAINTES CONTRE LES PNR AU MINISTÈRE DE LA FAMILLE 

2020-2021 : 1391

2019-2020 : 1456

2018-2019 : 1145 

Source : Ministère de la Famille 

Une garderie dans la propriété d’un pédophile  

Rien dans la loi ne lui interdisait jusqu’à récemment de s’y trouver

L’immeuble d’Ahcene Ramdane Pacha accueille une garderie au sous-sol. En mortaise, l’homme à son arrestation en 2020.

Photos Pierre-Paul Poulin et d'archives

L’immeuble d’Ahcene Ramdane Pacha accueille une garderie au sous-sol. En mortaise, l’homme à son arrestation en 2020.

 

Un pédophile propriétaire d’un immeuble qui accueille une garderie a été encore arrêté et est en attente de procès pour contacts sexuels sur un mineur. 

Kathryne Lamontagne, Bureau d’enquête

Ahcene Ramdane Pacha a été intercepté en janvier 2020 par la police de Longueuil et accusé de contacts sexuels sur un jeune de moins de 16 ans. Les gestes reprochés se seraient déroulés entre le 1er et le 19 janvier 2020, à Brossard, selon l’acte de dénonciation.

Celui qui se faisait aussi appeler « Bruno Pacha » n’en est pas à sa première offense en la matière. En 2001, il écopait d’une peine d’un an d’emprisonnement en société pour production, possession et distribution de pornographie juvénile. Il a depuis obtenu un pardon judiciaire pour cette infraction.

En 2014, une enquête de l’émission J.E révélait que l’individu, aujourd’hui âgé de 56 ans, travaillait de façon étroite avec sa sœur dans la gestion de sa garderie.

La dame réside dans un logement à Longueuil appartenant à Ahcene Ramdane Pacha. C’est à cet endroit qu’elle exploite son service de garde en milieu familial privé et non régi, aussi appelée PNR.

Selon ce qu’a pu découvrir J.E, Ahcene Ramdane Pacha était impliqué dans les activités administratives de la garderie, où il se rendait souvent, et ce de façon tout à fait légale.

Aucune loi  

En effet, aucune loi ni règlement ne l’empêchait à l’époque de se trouver dans la garderie de sa sœur, puisqu’il s’agit d’une PNR et non pas d’un service de garde ou d’un CPE régi par le gouvernement.  

Depuis 2017, la Loi sur les services de garde éducatifs à l’enfance prévoit désormais la vérification des « absences d’empêchement » – donc des antécédents judiciaires – pour les responsables des PNR et les personnes majeures qui résident avec eux.

Le propriétaire du bâtiment où est situé le lieu de garde est aussi visé par cette mesure « s’il est présent en même temps que les enfants, même occasionnellement », confirme le ministère. 

Condition du tribunal  

Impossible de savoir si Ahcene Ramdane Pacha a demandé et obtenu une attestation d’absence d’empêchement puisque cette information est tenue confidentielle par le ministère. 

Cela importe peu aujourd’hui, puisque le tribunal lui a interdit de se trouver dans une garderie. 

En effet, à la suite de son arrestation pour contacts sexuels envers un jeune de moins de 16 ans, le délinquant a été remis en liberté sous plusieurs conditions, dont celle de ne pas se trouver dans une garderie.

Le procès d’Ahcene Ramdane Pacha pour contacts sexuels sur un mineur de moins de 16 ans est prévu pour février, au palais de justice de Longueuil.  

La fille d’un mafieux veut s’affranchir  

Propriétaire de deux garderies, la fille d’un mafieux réclame le droit d’exploiter ses entreprises et assure que sa famille n’a aucun lien dans la gestion de ses services de garde.

Nicolas Saillant, Le Journal de Québec

En 2015, Le Journal révélait que Polisena Delle-Donne était impliquée dans la direction de quatre garderies non subventionnées de la région de Montréal. La femme de 49 ans était la conjointe de Giuseppe Torre, un trafiquant de cocaïne qui a été condamné à 14 ans de prison en 2009 pour l’importation de cocaïne pour le clan Rizzuto.  

Polisena Delle-Donne s’est graduellement départie de ses intérêts dans les garderies, mais l’une d’elles, la garderie éducative Léger, à Montréal-Nord, appartient depuis 2019 à sa fille Alessia Torre. 

Elle achète le bâtiment  

Néanmoins, en septembre dernier, Polisena Delle-Donne a acheté le bâtiment qui abrite la garderie de 54 places. 

« Le monsieur voulait vendre le bâtiment, moi je n’étais pas capable de l’acheter, j’ai demandé à ma mère de l’acheter », explique Mme Torre.  

En 2020, Alessia Torre est devenue propriétaire d’une seconde garderie privée de 80 places, le service de garde Belles Aventures, à Saint-Jean-sur-Richelieu. La jeune femme de 24 ans assure que ses parents ne sont aucunement impliqués dans ses entreprises. 

« Zéro, zéro. C’est moi », dit-elle.  

« Je suis une personne honnête, je vais à l’école, je travaille, mes garderies sont toutes en règle », a plaidé Alessia Torre. 

Ses parents sont séparés et elle était jeune lors de l’arrestation de son père. 

« J’étais une enfant quand ces choses-là sont arrivées, j’avais six ans », plaide celle qui veut s’affranchir de ses liens familiaux.  

L’épouse d’un Hells passe à autre chose  

La conjointe du défunt Hells Angels Louis « Melou » Roy s’est départie des garderies subventionnées qu’elle exploitait depuis longtemps. 

L’émission Enquête de Radio-Canada révélait en 2015 les liens entre Rosalba Guerrera et quatre garderies à Laval, Montréal et Saint-Sulpice. Elle s’était déjà départie de deux des garderies.  

Elle a récemment vendu la garderie Au petit champignon, en janvier 2021. Elle s’est aussi départie de La petite étoile, à Montréal, en novembre 2018. 

Rappelons que « Melou » Roy a disparu en juin 2000 et se serait fait passer dans un moulin à viande d’un abattoir d’après les confidences que le défunt chef mafieux Andrew Scoppa a faites dans le livre La Source, de notre Bureau d’enquête.

– Marie Christine Trottier, Agence QMI

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