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«Ça m’a rentré dedans pas mal»: deux Montréalais viennent en aide à un homme itinérant par grand froid

Si vous voyez une personne en situation d’itinérance en détresse, il faut agir, surtout par grand froid: c'est le message que tiennent à envoyer deux Montréalais, qui se sont retrouvés dans cette situation jeudi.

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«Pour être honnête, ça fait deux jours que je ne dors pas. Ça m’a rentré dedans pas mal», indique d’entrée de jeu Dom Massi.

Celui-ci est humoriste - connu entre autres pour sa participation au podcast des Pic-Bois -, mais la scène à laquelle il a assisté dernièrement n'a rien de drôle.

Jeudi vers 16h30, lui et son ami Julien Bernatchez (aussi humoriste) se promenaient sur le Plateau-Mont-Royal quand ils ont aperçu, au coin des rues Sherbrooke et Plessis, un homme dans la cinquantaine, à genoux dans un banc de neige. Avec la température des derniers jours - qui mène à des records de froid et qui a causé au moins deux décès de personnes itinérantes -, c'était inquiétant.

En l’interpellant pour savoir s'il avait besoin d'aide, les deux amis ont compris que quelque chose clochait. Ils ont demandé à l'homme, assez grand et costaud, s'il voulait aller avec eux à l'hôpital Notre-Dame, situé tout juste à côté.

«Le monsieur ne nous répondait pas avec des mots, mais avec des sons, en marmonnant», explique Dom Massi.

Lorsqu’ils ont tenté de soulever l’homme, Dom et Julien ont compris que celui-ci était très mal en point. Vu son état général et son poids, il était difficile de le soulever jusqu'à l'hôpital : l'un des deux amis s’est alors mis à courir en direction de l’urgence, qui se trouvait à peine à 30 secondes à pied de là.

Après le départ de Julien, Dom a pris l’homme dans ses bras pour tenter de le réchauffer. Il a rapidement compris que la situation devenait critique. «J’ai senti qu’il ne respirait plus», s'attriste-t-il, se rappelant à quel point il se sentait impuissant. «Son regard était mort», a-t-il ajouté.

À l'hôpital, Julien a dû attendre quelques minutes avant de pouvoir repartir avec une chaise roulante et des professionnels. «Chaque minute, c’est comme une heure», image Julien pour résumer la situation, soulignant à quel point elle aurait été dramatique s'il avait été encore plus loin d'un hôpital.

Le personnel soignant est parti en coup de vent avec l’homme dans la chaise roulante. Comme les deux amis ne savaient ni son nom ni son âge, ils n'ont pas pu savoir ce qui était advenu de lui.

«J’ai rappelé à l’hôpital, mais ils ne pouvaient pas le retracer. À [Notre-Dame], ils sont débordés par la COVID. On le saura jamais s’il est mort ou non», précise Dom qui dit être hanté par ce fait.

Les deux hommes ont partagé leur récit sur Facebook, pas pour se faire féliciter, soulignent-ils, mais pour rappeler aux gens à quel point c'est important d'être attentif et d'aider son prochain.

D'ailleurs, comme la scène se déroulait dans un endroit passant, tout près du parc La Fontaine, des passants ont tenté de prêter main-forte quand ils ont vu les deux hommes en action, en se précipitant aussi à l'hôpital et en appelant une ambulance.

Mais quelques minutes auparavant, plusieurs taxis étaient stationnés tout près de l’homme, et personne n'était en train d'agir.

Écoutez la chronique de Carl Marchand sur QUB radio:

Deux personnes décèdent 

Cette situation n’est pas sans rappeler la mort de deux personnes en situation d’itinérance survenue depuis le début de l’hiver dans des conditions de froid extrême. Le 11 janvier dernier, un homme de 74 ans a été retrouvé sans vie dans un boisé du quartier Notre-Dame-de-Grâce.

Puis, une deuxième personne, une femme de 64 ans, Stella Stosik, a été retrouvée morte dans le froid extrême vendredi à l’intersection des rues Saint-Denis et du boulevard de Maisonneuve Est, tout près de la station de métro Berri-UQAM.

L’ouverture des édicules de métro... une solution ? 

En période de froid extrême, plusieurs organismes revendiquent l’ouverture des édicules de métro pendant la nuit afin d’offrir une solution supplémentaire aux personnes dans la rue.

C’est le cas du Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal, qui affirme que ça pourrait notamment profiter à certaines personnes intoxiquées qui sont refusées dans les refuges.

La Société des transports de Montréal (STM) n’entend toutefois pas ouvrir les édicules de sitôt. «La STM ne peut accueillir les gens pour des raisons de sécurité», écrit Amélie Régis, relationniste pour la STM.

Elle indique toutefois que la société a parfois ouvert, en situation de dernier recours, un édicule à Berri-UQAM, Langelier et Atwater.

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