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Loi 101 au cégep: Roberge vit dans l’esprit des années 1970

Le 9 janvier dernier, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a défendu le projet de loi 96 du gouvernement du Québec en affirmant qu’il était inutile d’étendre la loi 101 au collégial. Selon ses propres mots, « la solution, ça se passe au primaire et au secondaire », afin de renverser le recul du français. 

Cette formule est fausse : toutes les études sérieuses qui portent sur la situation du français au Québec démontrent que l’attractivité du cégep anglais a pour conséquence d’angliciser une partie importante des jeunes allophones et francophones. 

Nombreux sont les grands intellectuels du Québec à adjurer le gouvernement d’appliquer la loi 101 au cégep, une mesure hautement nécessaire à la survie du Québec français. 

Un choix de vie 

M. Roberge vit encore dans l’esprit des années 1970, où, en plein débat sur la loi 101, les concepteurs de la loi phare du Québec croyaient que l’obligation de faire un parcours scolaire au primaire et au secondaire en français pour les non-anglophones suffirait à garantir l’avenir du français. 

La société québécoise a évolué depuis toutes ces décennies : l’école postsecondaire a pris une place grandissante dans la formation professionnelle des nouvelles générations. La langue dans laquelle un jeune étudie après l’école secondaire influence considérablement son choix de langue pour son insertion professionnelle. 

Le chercheur Frédéric Lacroix l’a bien montré : la langue choisie au cégep est un choix de vie. Nous savons aujourd’hui que, malgré l’effort sincère de leurs concepteurs, la loi 101 fut un échec, car elle n’a pas réussi à établir le français comme langue de convergence. Bien au contraire, le Québec contemporain voit sa langue nationale reculer année après année de manière structurelle, de telle sorte que le point de basculement vers la folklorisation de la langue française approche à grands pas. 

Pas de demi-mesures 

Nous n’avons plus le luxe des demi-mesures. Le gouvernement du Québec bénéficie d’une majorité parlementaire confortable et d’un appui populaire très large pour le renforcement des dispositions législatives sur le français. 

Un homme d’État a le devoir de gouverner selon une certaine vision qu’il porte de sa civilisation et de sa nation. Le Québec porte en lui l’histoire de ces Français d’Amérique qui ont refusé de capituler. Plus encore, à l’heure du rouleau compresseur de l’uniformisation culturelle, les Québécois forment une résistance admirable à la défense des petites nations. 

Le parti au pouvoir à Québec a prouvé sa capacité à faire des gestes d’affirmation collectifs qui marquent leur empreinte sur les consciences. Encore faut-il que ces derniers s’inscrivent dans l’histoire longue d’un Québec qui se lève de sa torpeur et de ses éternels complexes de minoritaire. 

La responsabilité qui pèse sur les épaules de nos gouvernants est présentement immense : peut-être ne l’a-t-elle jamais autant été. La décision finale qu’ils prendront aura des conséquences lourdes sur le seul « foyer lumineux de l’Amérique française ». 

Reculeront-ils vraiment par peur de subir les foudres des journaux canadiens-anglais qui entretiennent la paranoïa de « l’apartheid anglophone » ? 

René Lévesque nous a laissé ces mots d’une justesse incommensurable : « Il est un temps où le courage et l’audace tranquilles deviennent pour un peuple aux moments clés de son existence la seule forme de prudence convenable. S’il n’accepte pas alors le risque calculé des grandes étapes, il peut manquer sa carrière à tout jamais, exactement comme l’homme qui a peur de la vie. » 

Espérons que nos élus en prennent note.

Philippe Lorange
Étudiant à la maîtrise en sociologie – UQÀM

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