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Trois policiers jugés pour avoir «regardé mourir» l’Afro-Américain George Floyd, sans bouger

Ils « ont regardé un homme mourir et ont décidé de ne rien faire »: trois policiers restés passifs lors du meurtre de l'Afro-Américain George Floyd ont été étrillés par l'accusation lundi, à l'ouverture de leur procès devant la justice fédérale.

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Seconds rôles d'un drame qui a bouleversé le monde entier, Tou Thao, Alexander Kueng et Thomas Lane comparaissent libres devant un tribunal fédéral à Saint Paul, dans le nord des États-Unis, pour « violation des droits civiques » du quadragénaire noir.

Le 25 mai 2020, ils « ont regardé l'agonie lente et douloureuse de M. Floyd », a soutenu la procureure Samantha Trepel. Ce dernier, qui étouffait sous le genou de leur collègue Derek Chauvin, a « répété 25 fois +je ne peux pas respirer+ pour les alerter », mais ils ont sciemment « choisi » de ne pas intervenir, a-t-elle assené.

« +Sous ta garde+, cela implique +sous ta responsabilité+: c'est un principe de base enseigné à chaque policier », a-t-elle ajouté. Mais « pendant 9 minutes et 29 secondes, les accusés ont ignoré leur formation », leur responsabilité et leur serment.

Les avocats des trois hommes ont, en retour, contesté qu'ils aient « délibérément » décidé de laisser George Floyd mourir. Pour eux, ils ont logiquement fait confiance à Derek Chauvin, le « meneur de jeu » aux 19 ans de carrière, dans une situation « complexe ».

Faux billet

Le jour du drame, Alexander Kueng et Thomas Lane, deux nouvelles recrues de la police de Minneapolis, avaient été appelés par un commerçant qui soupçonnait George Floyd d'avoir utilisé un faux billet de 20 dollars pour payer un paquet de cigarettes.

Alors qu'ils peinaient à faire entrer dans leur véhicule cet homme à la stature imposante, ils avaient été rejoints par deux agents expérimentés. 

Les quatre avaient rapidement plaqué l'Afro-Américain au sol, menotté. Derek Chauvin s'était agenouillé sur son cou, les deux nouveaux à ses côtés, tandis que Tou Thao gardait les passants, affolés, à distance. 

Ils n'avaient plus bougé malgré les râles du quadragénaire et sa perte de conscience.

La scène, filmée et mise en ligne, avait déclenché d'immenses manifestations contre le racisme et les violences policières dans tous les États-Unis et au-delà, et continue de nourrir une réflexion sur le passé raciste de l'Amérique.

En juin, Derek Chauvin a été reconnu coupable de meurtre et condamné à 22 ans et demi de prison par la justice de l'État du Minnesota. Ses trois collègues seront jugés dans ce cadre à partir du 13 juin pour « complicité de meurtre ».

« Une tragédie »

En parallèle, les procureurs fédéraux ont inculpé les quatre agents pour « violation des droits civiques » de George Floyd, notamment à la liberté et à la sécurité. Ces doubles poursuites sont autorisées aux États-Unis, mais relativement rares, et reflètent l'importance de ce dossier hors norme.

En décembre, Derek Chauvin a plaidé coupable dans ce volet fédéral, admettant pour la première fois une part de responsabilité dans le drame.

Ses trois collègues plaident, eux, non coupable. Ils sont tous accusés de ne pas avoir apporté les secours nécessaires au quadragénaire malgré les signes de détresse médicale. 

Tou Thao et Alexander Kueng se voient également reprocher de ne pas être intervenus pour dissuader Derek Chauvin d'« exercer une force déraisonnable ». Thomas Lane, qui avait à deux reprises suggéré de positionner l'Afro-Américain sur son flanc, n'est pas visé par ce chef d'inculpation.

Lundi, leurs avocats ont reconnu la gravité des événements. Mais « une tragédie n'est pas un crime », a souligné Robert Paule, qui défend Tou Thao.

Ils ont particulièrement insisté sur l'absence d'expérience des agents Kueng et Lang, déployés sur le terrain depuis quelques jours seulement et qui, au total, n'avaient pas cinq patrouilles à leur actif.

Derek Chauvin avait participé à la formation d'Alexander Kueng, a ajouté l'avocat de ce dernier. « Les preuves vont montreront qu'il avait pris le contrôle de la scène le 25 mai 2020 », a ajouté Me Thomas Plunkett, en le qualifiant de « meneur de jeu ».

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