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Le directeur général de la STM va quitter ses fonctions

Photo d'archives Agence QMI, TOMA ICZKOVITS

Le directeur général de la Société de transport de Montréal (STM), Luc Tremblay, a annoncé son départ mercredi matin et en a profité pour dénoncer la gestion «dysfonctionnelle» du transport en commun dans la région métropolitaine.

Sa démission survient alors que la société de transport fait face à un déficit de 43 millions $ pour son budget 2022, malgré de nombreuses coupures. M. Tremblay avait d’ailleurs lancé un cri du cœur au début janvier à propos des problèmes structurels auxquels fait face la STM, lors d’une présentation à la commission sur les finances et l’administration de la Ville.

«La structure de financement actuelle, qui date des années 90, est totalement déconnectée des nouveaux besoins pour notre secteur. Les ambitions pour les transports collectifs ne sont tout simplement plus en adéquation avec les ressources disponibles», a-t-il réitéré mercredi, en qualifiant la gouvernance métropolitaine de «dysfonctionnelle».

Pour lui, il serait nécessaire de revoir en profondeur la façon dont est financé le transport collectif. «On n’a pas les moyens de nos ambitions pour aller plus loin afin de développer le transport collectif», a-t-il clamé en révélant que la STM faisait face à des déficits structurels bien avant la pandémie.

Il pointe en particulier l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM), qui ne remplit pas ses objectifs et demande trop d’énergie. «Il faudra qu’on revoie la gouvernance métropolitaine. On avait beaucoup d’attente avec l’ARTM, mais malheureusement, on reste sur notre faim», a-t-il dénoncé.

Une longue carrière

Outre ces critiques, M. Tremblay juge que le moment est bien choisi pour passer à autre chose.

«Après 28 ans, et près de huit ans comme directeur général, il faut savoir passer le flambeau», a-t-il confié au cours d’une entrevue téléphonique avec l’Agence QMI. «2022 est une année de relance, et on doit aussi faire notre plan stratégique où on se projette pour les 10 dernières années. Je me suis dit que c’était le meilleur moment pour qu’il y ait un nouveau directeur général.»

Il se dit particulièrement fier du virage client amorcé sous son mandat, et de l’augmentation du taux de satisfaction envers la STM.

Au cours des prochaines années, la STM devrait inaugurer son service rapide par bus (SRB) Pie-IX, ainsi que le prolongement de la ligne bleue.

«Quand je suis entré à la STM, on n’était pas dans un mandat de développement, on était dans une décroissance. 28 ans plus tard, de voir que des projets de cette envergure sont en développement, c’est génial», s’est-il enthousiasmé.

À l’emploi de la STM depuis 1994, M. Tremblay a occupé plusieurs postes de gestion au sein de la STM, avant d’en devenir le directeur général en 2014. Il a indiqué mercredi matin qu’il ne souhaitait pas renouveler son contrat, qui en était à sa dernière année. Son départ sera effectif à compter du 2 avril prochain.

Le conseil d’administration de la STM indique qu’elle entamera un processus d’embauche pour le remplacer.

«M. Tremblay peut partir la tête haute avec le sentiment du devoir accompli. Travailleur infatigable, il aura mené la STM à travers plusieurs transformations importantes, en plus de la guider au cours de la pandémie», a déclaré le président du conseil d’administration de la STM, Éric Alan Caldwell, qui siège également au conseil municipal de la Ville.

Le départ de M. Tremblay arrive peu après celui de du précédent président, Philippe Schnobb, qui a quitté la STM en septembre dernier après avoir occupé le poste pendant huit ans.

Un travail remarqué

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a tenu à remercier M. Tremblay pour ses bons et loyaux services. «Nous allons continuer d’appuyer la STM et de travailler avec tous les paliers pour assurer du transport collectif performant, durable et sécuritaire», a-t-elle ajouté.

Du côté de l’opposition officielle à Montréal, on se dit peu surpris du départ de M. Tremblay, quelqu’un «avec un grand calibre».

«Selon nous, Luc Tremblay voit l’administration Plante embarquer dans le mauvais wagon depuis des années. Il l’a vu faire dérailler la STM en présentant un budget déficitaire et n’a probablement pas voulu être associé à une telle gestion», a réagi Aref Salem, chef d’Ensemble Montréal.

Une bonne gestion

«C’est quand même un employé qui a fait près de 30 ans à la STM. Le moment de la retraite arrive, et c’est le privilège de chacun de choisir le moment quand il veut quitter», a relativisé François Pépin, président de Trajectoire Québec.

Il estime que c’est surtout l’implantation des mesures sanitaires et sa bonne gestion de la pandémie dont on va se rappeler. Pour lui, son legs est indissociable de celui de M. Schnobb, alors que le tandem a mené la STM au cours des huit dernières années.

«[M. Tremblay] a toujours été très vigoureux au niveau de la gestion des finances. Par contre, du côté innovation et développement, à cause de la situation financière, ça a peut-être été moins ambitieux que ça l’a déjà été», a-t-il pondéré.

Il rappelle à cet effet que les problèmes de financements du transport collectif datent à de nombreuses années.

«Tant que la structure de financement du transport collectif ne sera pas améliorée avec de nouvelles sources de revenus pour vraiment développer le transport collectif avec les nouveaux besoins qu’on connaît, ce sera un cul-de-sac», a-t-il expliqué.

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