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De violentes bagarres sur internet pour devenir virale

Violente bagarre entre mineurs filmée en pleine rue à Montréal.

Capture d'écran tirée d'Instagram

Violente bagarre entre mineurs filmée en pleine rue à Montréal.

Les pages Instagram qui publient de violentes vidéos parfois sanglantes entre jeunes Québécois se multiplient, un phénomène inquiétant qui pourrait valoriser et même encourager ces agressions selon des expertes. 

Le Journal a trouvé au moins cinq pages Instagram consacrées aux bagarres entre jeunes. Sur certaines de ces séquences, il s’agit de banales altercations à la sortie d’école qui deviennent virales. 

Séquence où l’on voit un homme au sol après avoir reçu un coup de poing au visage.

Capture d'écran tirée d'Instagram

Séquence où l’on voit un homme au sol après avoir reçu un coup de poing au visage.

Mais d’autres vidéos donnent carrément froid dans le dos. Sur l’une d’elles, on voit un homme inconscient au sol à Shawinigan pendant qu’un autre lui vide les poches. Cette agression se termine par un violent coup de pied au visage.

Des ados forment un cercle et filment deux bagarreurs en action.

Capture d'écran tirée d'Instagram

Des ados forment un cercle et filment deux bagarreurs en action.

Dans la majorité des cas, les ados sur ces scènes sont à l’intérieur, dans un parc ou même à la vue de tous, en pleine rue. Cellulaires à la main, ils entourent les personnes qui se livrent à un furieux combat. 

 Écoutez l’entrevue de Nadia Seraiocco, chargée de cours en communication numérique à l’UQAM:

Rapidement viral   

Le compte «mtl_beef» a d’ailleurs vu sa popularité monter en flèche en exposant des Québécois qui se bagarrent. En moins d’une semaine, il comptait près de 10 000 abonnés. 

«Envoyez-moi vos beefs [batailles]», martelait l'administrateur de la page. Cette dernière a finalement été fermée. 

«Il y a toujours deux thématiques qui emballent les jeunes sur les réseaux sociaux, le sexe et la violence. On est encore là-dedans ici. [...] Est-ce que ça légitimise les agressions? Bien sûr. On valorise la violence avec ces vidéos qui peuvent se transposer ensuite dans le réel», analyse la criminologue et sociologue Maria Mourani. 

Nadia Seraiocco, chargée de cours en communication numérique à l’UQAM, compare ces vidéos aux nombreux défis auxquels participent les internautes.  

«Ça encourage [la violence] dans la mesure où à partir du moment où le contenu est viral, il y a des gens qui vont tenter de le reproduire», fait valoir Mme Seraiocco.

«Randoms» et «gangsters»  

Selon elle, le phénomène aurait gagné en popularité en 2005 lorsque le site web «WorldStarHipHop» captait l’attention de centaines de milliers de personnes en publiant des vidéos choquantes.

«Ça devenait toujours des contenus viraux et ça l’est encore, précise Mme Seraiocco. Des médias comme TikTok et Instagram accélèrent beaucoup la circulation de ces contenus-là.»

Pour Maria Mourani, il existe deux types d’individus qui propagent des vidéos violentes sur le web. 

«Le premier créneau, c’est sont des jeunes randoms qui se bagarrent et se filment. Ils veulent se mettre de l’avant sur les réseaux sociaux. Le second, ce sont des personnes liées aux gangs de rue», explique la présidente et fondatrice de Mourani-Criminologie. 

Que font les policiers?   

Appelée à commenter, la Sûreté du Québec (SQ) dit déclencher des enquêtes si des vidéos incitent à commettre des actes criminels, par exemple.

«C’est quelque chose sur quoi on travaille avec les jeunes dans les écoles», a fait savoir la sergente Catherine Bernard, porte-parole de la SQ. 

De son côté, le Service de police de la ville de Montréal a indiqué ne pas faire de vigie sur les réseaux sociaux. Ils sont consultés entre autres après avoir reçu des plaintes ou des signalements.

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