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«Convoi pour la liberté»: l’air d’Ottawa pollué par les centaines de poids lourds

Des centaines de camions ont envahi les rues d’Ottawa depuis vendredi, augmentant les risques pour la santé liés à la pollution atmosphérique en raison des émanation de diesel.

Photo Agence QMI, Maxime Deland

Des centaines de camions ont envahi les rues d’Ottawa depuis vendredi, augmentant les risques pour la santé liés à la pollution atmosphérique en raison des émanation de diesel.

La présence d’un nombre anormalement élevé de poids lourds à Ottawa pourrait exposer les citoyens de la ville à plus de pollution atmosphérique, si bien qu’il leur est recommandé de porter un masque... à l’extérieur

« Quand on fait une manifestation contre les mesures de la COVID, mais qu’en même temps on se retrouve à augmenter la pollution de l’air qui cause des problèmes liés à la COVID, on est au bout de l’illogisme », dénonce André Bélisle, président de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique.

Il estime que l’arrivée à Ottawa de centaines de poids lourds dont les conducteurs viennent manifester contre les mesures sanitaires depuis vendredi constitue une « menace » pour la qualité de l’air.

D’autant plus que plusieurs d’entre eux ont l’intention de rester dans la capitale fédérale plusieurs jours, parfois en dormant dans leur camion qu’ils doivent chauffer pour contrer le froid polaire.

« Pas une bonne idée »

Pour Jean-Pierre Blanchet, professeur au département des sciences de la Terre et de l’atmosphère de l’UQAM, il ne fait aucun doute que le nombre « inhabituel » de gros camions qui brûlent du diesel à Ottawa fera « augmenter la pollution ».

« Mettre ces véhicules au même endroit, c’est impressionnant, mais ce n’est vraiment pas une bonne idée, soutient-il. S’il n’y a pas une certaine organisation pour éviter que tout le monde fasse fonctionner son moteur tout le temps, ça va causer une quantité extrême de pollution. »

Si, samedi après-midi, il n’y avait pas d’impact visible avec les outils de mesure de la qualité de l’air, le risque de pollution que pose cette manifestation est réel et pourrait prendre des jours avant de se mesurer, fait savoir Éric Lavigne, épidémiologiste et professeur à l’Université d’Ottawa.

Les moteurs au diesel « émettent des particules ultra-fines comparativement à celles de moteurs normaux », explique-t-il, en soulignant que cela peut se répercuter sur la santé des gens. Les personnes asthmatiques ou souffrant d’autres problèmes de santé pourraient ainsi voir certains de leurs symptômes être exacerbés, selon M. Lavigne.

« Dans un contexte avec le COVID-19, on ne veut pas que ces gens-là se retrouvent à l’hôpital », souligne-t-il.

Ils n’y ont pas pensé

M. Blanchet estime qu’ironiquement, les plus exposés aux impacts de cette pollution seront les manifestants eux-mêmes puisqu’ils se retrouvent près des camions, signe selon lui que les organisateurs n’ont pas réfléchi à l’impact environnemental de leur événement.

Quant aux résidents d’Ottawa, M. Blanchet leur recommande carrément de porter un masque de procédure lorsqu’ils seront à l’extérieur dans les prochains jours afin de filtrer les particules émises par le diesel.

« J’éviterais de passer par l’endroit [où il y a les camions], conseille pour sa part Éric Lavigne. Les niveaux polluants, dans les 100-150 mètres, c’est là qu’ils vont être le plus concentrés. »