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Épiceries: gros prix, gros profits

« Oui, je trouve ça choquant. Mais ça ne m’étonne pas. On voit bien que les seuls qui s’enrichissent pendant la crise, ce sont les plus grosses fortunes, pas les plus pauvres », a lancé Xavier Brechaire, croisé à la sortie d’une épicerie de la rue Saint-Hubert, à Montréal.

Photo Martin Alarie

« Oui, je trouve ça choquant. Mais ça ne m’étonne pas. On voit bien que les seuls qui s’enrichissent pendant la crise, ce sont les plus grosses fortunes, pas les plus pauvres », a lancé Xavier Brechaire, croisé à la sortie d’une épicerie de la rue Saint-Hubert, à Montréal.

Si les clients sortent du IGA, du Metro ou du Loblaws avec moins d’argent en poche, c’est tout le contraire qui se passe pour les détaillants. En regardant de plus près, on constate que la marge d’exploitation des grandes chaînes de supermarchés est en progression.

« C’est sûr que quand il y a beaucoup d’inflation comme présentement, il y a des compagnies qui en profitent pour augmenter davantage leurs prix », avance Bruno Larue, professeur au Département d’économie agroalimentaire et sciences de la consommation de l’Université Laval. 

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Le coût des aliments augmente et le consommateur doit en payer une partie. Mais les chiffres indiquent que les épiciers font un peu plus de profit qu’avant sur chaque transaction réalisée. 

« C’est plus facile dans une période inflationniste d’augmenter le prix. C’est un climat propice à ce genre de comportement », ajoute l’économiste. 

De 2020 à 2021, les trois géants du secteur ont donc tous amélioré leurs marges d’exploitation. 

Chez Metro, le bénéfice net a bondi de 3,6 % et le chiffre d’affaires, de 1,5 %. La marge d’exploitation est passée de 9,4 % à 9,5 %.

Chez Loblaws, le bénéfice net a augmenté de 65,8 % et le chiffre d’affaires, de 0,8 %. La marge d’exploitation est ainsi passée de 9,3 % pour le secteur du détail à 10,2 %. 

Chez Empire, propriétaire des chaînes IGA et Sobeys, le bénéfice net s’est accru de 20 % et le chiffre d’affaires de 6,3 %. La marge d’exploitation est passée de 7,1 % à 7,6 %.

Sur un panier d’épicerie de 100 $, Metro empoche donc 9,50 $ au lieu de 9,40 $, Loblaws en garde 10,20 $ au lieu de 9,30 $, et chez IGA, c’est 7,60 $ au lieu de 7,10 $. 

Cette tendance à la hausse s’est poursuivie au cours du ou des premiers trimestres de l’année fiscale en cours, indiquent les rapports financiers de ces trois entreprises. 

Clientèle captive

Deux facteurs expliquent en partie cette gourmandise pour les profits des grandes chaînes d’alimentation. 

Le manque de concurrence dans le secteur en est un.

« Il y a relativement peu de joueurs, avec Loblaws, Metro, puis IGA. Même si le consommateur regarde ailleurs pour de meilleurs prix, il n’y a pas beaucoup d’options », indique Bruno Larue. 

La concurrence vient essentiellement de Costco et de Walmart, qui, devant la hausse observée dans les grandes chaînes, « sont tentées de le faire aussi ». 

Il y a aussi le fait que beaucoup de personnes vont à l’épicerie la plus proche, ce qui crée un genre de clientèle captive. 

« C’est relativement facile pour les détaillants d’augmenter leurs prix et de garder leur clientèle », illustre le professeur. 

En effet, on ne magasine pas la nourriture comme on le fait pour un ordinateur ou un meuble, et « ce n’est pas tout le monde qui va éplucher les circulaires et comparer les prix pour sauver un peu d’argent ». 

Les autorités aux aguets

L’expert pointe également le doigt vers les États-Unis pour illustrer que ce ne sont pas juste les détaillants qui augmentent les prix en raison du manque de concurrence. Les transformateurs le font aussi. 

« Visiblement, il y en a qui en profitent tout le long de la filière », dit-il. 

Tyson Foods, le plus important transformateur de viande aux États-Unis, a d’ailleurs accepté de payer 221,5 millions de dollars, en janvier, pour régler à l’amiable des accusations de fixation des prix du poulet. 

Même chose pour JBS USA, une filiale du géant brésilien JBS, qui a allongé 52,5 millions $ US (environ 66,8 millions $ CAD), en février, pour régler une poursuite à l’amiable. L’entreprise était accusée d’avoir conspiré pour fixer les prix du bœuf.

Ni Tyson ni JBS n’ont toutefois reconnu leur responsabilité.

Et la Maison-Blanche prend la situation au sérieux. En janvier, elle a alloué 1 milliard $ US (environ 1,2 milliard $ CAD) afin de subventionner l’entrée de nouveaux acteurs dans l’industrie de la transformation de la viande.  

De ce côté-ci de la frontière, « c’est sûr que certains organismes réglementaires vont commencer à regarder ça d’un peu plus près ». 

« Il y a toujours des limites avec ce genre de comportements là », lance le professeur Larue. 


PROFITS DE LOBLAWS EN 2021  

1,98 milliard $  

En hausse de 65 %   

REVENUS DE LOBLAWS EN 2021  

53,17 milliards $  

En hausse de 0,8 %   


PROFITS DE METRO EN 2021   

825,7 millions $  

En hausse de 3,5 %   

REVENUS DE METRO EN 2021   

18,28 milliards $  

En hausse de 1,5 %   


PROFITS D’EMPIRE (SOBEYS, IGA) EN 2021   

701,5 millions $  

En hausse de 20,2 %   

REVENUS D’EMPIRE EN 2021   

28,27 milliards $  

En hausse de 6,3 %   


PROFITS DE DOLLARAMA POUR LES TROIS PREMIERS TRIMESTRES DE L’EXERCICE 2022  

668,9 millions $  

Une hausse de 13,5 %   

CHIFFRE D’AFFAIRES DE DOLLARAMA POUR LES TROIS PREMIERS TRIMESTRES DE L’EXERCICE 2022   

3,1 milliards $  

Une hausse de 6,3 %   

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