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L'OTAN envoie 30 000 soldats pour un exercice, le Canada fournit 10 militaires

Ces soldats préparent l’exercice Cold Response 2022 à la base militaire de Harstad, au nord de la Norvège. Le navire américain MV Cape Race arrive derrière eux en vue du début des opérations, le 10 mars. Les Britanniques, eux, y enverront 900 personnes.

Photo courtoisie Helene Sofie Thorkildsen, Norvegian Armed Forces

Ces soldats préparent l’exercice Cold Response 2022 à la base militaire de Harstad, au nord de la Norvège. Le navire américain MV Cape Race arrive derrière eux en vue du début des opérations, le 10 mars. Les Britanniques, eux, y enverront 900 personnes.

La Défense canadienne enverra seulement dix personnes pour participer au plus important exercice de défense de l’Arctique de l’OTAN, qui réunira plus de 30 000 militaires dans les prochains jours en Norvège.

«C’est ridicule, s’insurge le député conservateur Pierre Paul-Hus. C’est la démonstration de notre désengagement dans le Nord.» 

Ce grand rassemblement militaire baptisé Cold Response a lieu tous les deux ans. Cette année, il réunira plus de 30 000 soldats venus de 23 pays de l’OTAN, et plusieurs observateurs. 

Par le passé, le Canada a envoyé d’importantes délégations à Cold Response : 500 militaires en 2012 et près de 400 en 2016, rappelle M. Paul-Hus. Lui-même ex-militaire, il explique que ce type d’exercice est essentiel pour assurer que tous les membres de l’OTAN se comprennent et apprennent à se coordonner.

Autres exercices en cours 

L’objectif est « d’accroître leur interopérabilité aux niveaux tactique, opérationnel et stratégique », confirme le département des communications de la Défense, qui explique prioriser les exercices auxquels les forces participent « selon les besoins ».

Le département indique que le Canada a envoyé 2000 personnes à un autre exercice de l’OTAN en Norvège, en 2018, et 400 ces jours-ci à d’autres exercices en Alaska aux côtés de l’armée américaine.

Mais M. Paul-Hus s’inquiète de l’image que l’on envoie à nos alliés en boudant le plus important exercice nordique de l’OTAN. 

«Qu’un grand pays nordique comme le Canada fasse ça, c’est une grande claque au visage de nos alliés», dit-il.

«Le Nord c’est notre territoire et on se fie sur nos voisins pour nous défendre », déplore un ex-capitaine de la marine qui a parlé au Journal sous couvert de l’anonymat. 

Manque de personnel 

Il souligne qu’en plus de manquer de matériel pour couvrir pleinement cette région difficile, l’armée manque de personnel, un problème que les scandales des derniers mois touchant l’état-major ont empiré.

Cold Response est planifié depuis des mois. L’exercice n’a donc pas de lien avec la guerre en Ukraine qui se déroule présentement. 

Mais l’armée russe a indiqué, peu après avoir lancé l’invasion, qu’elle ne participera pas comme observatrice au déploiement, contrairement à son habitude. 

Elle a plutôt lancé son propre entraînement dans le secteur.


L’exercice Cold Response en bref  

  • Qui : 30 000 soldats provenant de 27 pays d’Europe et d’Amérique du Nord sur terre, en mer et dans les airs   
  • Où : Norvège et mers environnantes   
  • Quand : Mars et avril   
  • Pourquoi : Préparer les alliés à travailler ensemble dans des conditions nordiques      

Sources : OTAN et Forces armées norvégiennes

La Russie est au Nord pour défendre ses intérêts  

L’Arctique représente l’avenir économique de la Russie. C’est pourquoi Vladimir Poutine y masse un tiers de ses forces nucléaires : il y défend des ressources naturelles et des routes maritimes stratégiques.

« L’économie russe est basée sur le pétrole et le gaz et la plupart des gisements conventionnels au sud du pays sont en voie d’être épuisés. Ce qu’il reste à la Russie se trouve en Arctique », explique Rebecca Pincus, du US Naval War College, au Rhode Island.

Ces ressources sont de plus en plus accessibles en raison du réchauffement climatique, indique la professeure Pincus. Le mois dernier, l’Arctique était globalement 4 degrés Celsius plus chaud qu’en février 1980.

Routes maritimes

La fonte des glaces ouvre aussi de nouvelles routes maritimes : le passage du Nord-Ouest, le long des côtes canadiennes, et celui du Nord-Est, le long des côtes russes, mais aussi le passage Transpolair.

Cette ligne droite, aussi appelée passage du centre, est gelée pour le moment, mais la Chine prévoit qu’elle sera libre l’été d’ici 2050.

Grâce à ces trois nouvelles routes maritimes, le fret entre l’Asie et l’Europe devrait être réduit de deux à trois semaines par rapport à la route actuelle qui dépend du canal de Suez.

En massant des troupes dans le secteur, Moscou s’assure de contrôler le trafic le long de ces corridors. Sa présence est donc à première vue défensive.

« Mais c’est la Russie, souffle Mme Pincus. S’ils avaient gonflé leurs forces sans attaquer l’Ukraine, il n’y aurait pas lieu de s’inquiéter, mais maintenant on ne peut pas ignorer ce qu’il se passe. »

Développer le Nord

Pour Andrea Charron, du Center for Defense and Security Studies, à l’Université du Manitoba, le Canada doit s’assurer d’avoir des communautés nordiques solides, afin de faire face aux Russes.

« C’est trop cher de construire des infrastructures dans le Nord seulement pour qu’elles soient à usage unique, militaire ou civil », dit-elle. Elle souligne que l’accès à internet haute vitesse, des logements et des services de santé bénéficieraient à tous et permettraient d’occuper le territoire.

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