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La Moldavie, pays pauvre au grand coeur

Irina Martea (à gauche sur la photo) héberge des familles ukrainiennes quelques nuits avant qu’elles ne repartent vers leur destination finale, souvent chez des amis ou de la famille. Des milliers de Moldaves ont fait de même depuis le début de la crise des réfugiés.

Photo Pascal Dumont

Irina Martea (à gauche sur la photo) héberge des familles ukrainiennes quelques nuits avant qu’elles ne repartent vers leur destination finale, souvent chez des amis ou de la famille. Des milliers de Moldaves ont fait de même depuis le début de la crise des réfugiés.

Des Moldaves ont ouvert leur coeur et la porte de leurs maisons à des milliers de purs inconnus qui n’avaient nulle part où aller après avoir fui la guerre via leur pays, l’un des plus pauvres d’Europe. 

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Irina Martea héberge ainsi des familles de réfugiés ukrainiens dans son petit 3 et demi à Chisinau, la capitale de la Moldavie, tous les soirs depuis le début de l’invasion russe en Ukraine il y a 3 semaines.

«Je vais les chercher au terminal d’autobus, je leur fais visiter l’appartement, et après je leur sers un grand verre de vin moldave», résume-t-elle en russe assise sur le lit escamotable ouvert au milieu de son salon exigu.

Grâce au bouche-à-oreille, jusqu’à huit personnes ont dormi chez elle en même temps, leurs sacs de couchage occupant à peu près toute la superficie de son appartement construit à l’époque soviétique.

Lors de la visite du Journal, c’est Natali Nikolaeva et son fils de 13 ans, Maksim, qui la remerciaient pour son hospitalité après avoir fui les bombardements de Chernihiv, en Ukraine.

« L’accueil d’Irina a été extraordinaire, alors qu’on était des étrangers », dit la mère de 39 ans visiblement éprouvée par sa fuite de 800 kilomètres.

Légendaire hospitalité 

Même si la Pologne a reçu près de 2 millions de réfugiés ukrainiens depuis le début de l’invasion russe en Ukraine, c’est la Moldavie qui en a accueilli le plus par capita, et de loin.

Au moins 350 000 personnes comme Natali y sont entrées dans les dernières semaines, et 100 000 s’y trouvent toujours.

Les Moldaves, reconnus pour leur légendaire hospitalité, leur sont venus en aide autant à la ville qu’à la campagne.

Et ce, alors que le PIB par habitant tourne autour de 6000$ par année et que l’eau courante n’était disponible que dans 54 % des maisons du pays en 2017.

«Les gens ont accueilli les réfugiés à bras ouverts, même sans avoir les meilleures conditions de vie», souligne Dumitru Cozlovschi, le maire de Palanca, tout près du poste frontalier le plus achalandé du pays pendant la crise.

Pris de court 

Dès le premier jour, les échos du bombardement d’une base militaire près d’Odessa, à 60 km de là, sont parvenus aux oreilles des 1900 habitants de ce petit village aux portes de l’Ukraine.

Peu après, des milliers d’Ukrainiens ont afflué à la frontière pour trouver refuge, alors que ce sont habituellement les touristes moldaves qui y transitent en été pour profiter des plages ukrainiennes de la mer Noire.  

Pris de court par leur arrivée, le maire de Palanca a recensé dans l’urgence les places disponibles chez l’habitant en attendant que la logistique gouvernementale s’organise.

Et mardi dernier, 65 familles hébergeaient toujours 244 personnes, dont 96 enfants, détaille fièrement M. Cozlovschi en consultant les notes manuscrites éparpillés sur son bureau.

«Les Moldaves ont démontré une générosité phénoménale envers leurs semblables qui ont traversé la frontière», souligne Joe Lowry, porte-parole de l’Organisation internationale pour les migrations des Nations Unies pour la Moldavie.

La solidarité entre les ex-républiques de l’URSS est souvent évoquée par les Moldaves pour justifier toute cette solidarité.

Solution temporaire 

À demi-mots, certains travailleurs humanitaires s’inquiètent néanmoins que la générosité de la population s’essouffle, alors que les réfugiés, eux, continuent de fuir le conflit.

La presse locale ne dénombrait cette semaine que 4000 lits pour les réfugiés dans la centaine de centres d’hébergement mis sur pied par le gouvernement, d’où leurs inquiétudes.

Depuis le 28 février, Ivghenia Stan, enceinte de six mois, son mari et ses quatre enfants vivent dans un stade converti en centre pour réfugiés à Chișinău. Ils dorment tout habillés, car il n’y a pas de chauffage et la température descend à -5 degrés la nuit. La mère de famille rom raconte que sa maison, située dans la région d’Odessa, en Ukraine, a été pulvérisée par une bombe.

Photo Pascal Dumont

Depuis le 28 février, Ivghenia Stan, enceinte de six mois, son mari et ses quatre enfants vivent dans un stade converti en centre pour réfugiés à Chișinău. Ils dorment tout habillés, car il n’y a pas de chauffage et la température descend à -5 degrés la nuit. La mère de famille rom raconte que sa maison, située dans la région d’Odessa, en Ukraine, a été pulvérisée par une bombe.

Et même ces endroits ne sont pas idéaux pour héberger tous ces gens.

«Le pire, c’est la nuit», souffle Ivghenia Stan, dont le manteau cache son ventre de femme enceinte de 6 mois.

Le stade de Manej, où sont éparpillés quelques centaines de lits de camp, n’est pas chauffé, alors que la température peut atteindre -5 degrés la nuit en mars à Chișinău.

Ses quatre enfants dorment tout habillés, recouverts par de minces couvertures.

Et force est de constater que ceux et celles qui se retrouvent dans de tels centres sont les réfugiés les moins privilégiés : les Ukrainiens issus des communautés rom et azerbaïdjanaise...  

Les entreprises aussi 

Tandis que les autorités moldaves s’efforcent d’améliorer leur accueil et que le financement de l’étranger commence à arriver, des entreprises locales contribuent comme elles peuvent.

«C’est la seule chose à faire avec tous ces gens qui arrivent. Des mères, des enfants, des chiens... C’est tellement choquant», témoigne Antonina Botnari, administratrice de Purcari, l’un des vignobles les plus connus du pays.

Depuis les premiers jours, la compagnie ravitaille en nourriture et en dons un ancien orphelinat transformé en centre pour réfugiés dans le petit village de Popeasca, près de la capitale.

Les dortoirs austères de 10 lits par chambre servent aujourd’hui à héberger des exilés séparés de leurs proches par la guerre plutôt que des orphelins de parents.

Olia Rodoslavova, sa mère, sa belle-soeur et son neveu y dorment depuis le 4 mars dernier, après avoir échappé de peu à une attaque de missiles russes dans la région d’Odessa.

«Les enfants sont tellement plus heureux ici, au moins ils peuvent jouer dehors», laisse tomber la quarantenaire. Sa famille songe à inscrire Kostya, 5 ans et demi, à l’école du coin, même si l’éducation est en roumain.

De son côté, elle occupe ses journées à attendre que le temps passe. À attendre que la guerre finisse.

– Avec la collaboration de Ruxanda Spatari

Ce reportage a été réalisé grâce à une bourse du Fonds québécois en journalisme international

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