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Les commerces de détail frappés par la pénurie de main-d’œuvre

Les besoins de main-d’œuvre représentent tout un défi pour les commerces de détail, obligeant certains commerçants du Saguenay–Lac-Saint-Jean à se tourner vers l’international ou faire appel aux retraités.

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Selon Statistique Canada, 29 515 emplois étaient à combler au dernier trimestre de 2021 dans ce secteur au Québec.

Avec 11 magasins et plus de 550 employés, l’entreprise Mode Choc aurait besoin de dénicher 60 personnes pour combler des postes disponibles.

«Être capable de combler les postes vacants et de trouver de la main-d’œuvre, des employés qui ont envie d’être fidèles, de travailler dans le commerce de détail, c’est difficile», a affirmé la copropriétaire de Mode Choc, Jessika Roussy.

L’entreprise est en réflexion pour innover dans les façons de faire afin que des tâches soient exécutées et permettent d’enlever une pression sur les épaules des employés.

«Des grosses chaînes comme nous, il va falloir qu’on fasse le travail, mais avec moins. Donc, intégrer des technologies et automatiser certaines choses. La qualité d’emploi est beaucoup plus intéressante pour les employés. De toute façon, ce ne sont pas des emplois qu’on est capable de combler actuellement», a ajouté Mme Roussy.

Les salaires ont déjà été ajustés pour s’assurer de trouver et de garder le personnel.

«L’intégration de nouvelles formes de rémunération comme les primes de soir, primes de week-end, dans les moments très achalandés. On n’est plus capable d’assumer une masse salariale aussi imposante avec l’augmentation du salaire minimum, avec l’inflation de la vie et les demandes des gens», a-t-elle expliqué. «On sent vraiment que les jeunes ne s’orientent pas vers ça. Donc, on est en grand manque de gestionnaires au niveau du commerce de détail.»

Autre exemple, la Boulangerie-Pâtisserie Le Viennois, dans l’arrondissement de Chicoutimi, à Saguenay.

«Pour nous, la pénurie de main-d’œuvre, ça fait longtemps que ça existe», a souligné la copropriétaire, Vicky Tremblay.

Le défi est de trouver deux boulangers supplémentaires et l’affaire est loin d’être dans le sac.

«C’est un métier qui est super passionnant, mais il faut être passionné. C’est se lever à 4h le matin», a ajouté Mme Tremblay. «C’est déjà une pénurie de main-d’oeuvre dans ce domaine-là. C’est déjà difficile de recruter.»

Un boulanger français avait accepté de rejoindre l’équipe, mais il est retourné en France après six mois.

«Ça a pris autant de temps le faire venir que le temps qu’il est resté ici. Ce n’est pas tellement motivant à recommencer», a reconnu Vicky Tremblay. «C’est sûr que la bureaucratie à faire venir des travailleurs étrangers ne donne pas vraiment envie de retenter l’expérience. De ne pas être capable d’être accompagné quand on appelle au gouvernement. Ça, je trouve ça dommage. Ce n’est pas attrayant après ça de vouloir recommencer.»

Résultat des courses, il n’y a plus de pain cuisiné le dimanche pour donner un répit au groupe de 30 employés.

«On a des gens qui sont là depuis des années. On veut faire attention à ces gens-là. On les apprécie beaucoup. Donc, on ne veut pas non plus les surmener», a expliqué la copropriétaire.

Troisième commerce, autre réalité Chez Chasse et Pêche Chicoutimi. Ici, la pénurie était palpable il y a quelques mois, mais la solution a été trouvée avec les retraités.

Par exemple, à 76 ans, Carol Tremblay a gardé la flamme pour travailler. «On se fait du fun. On se taquine un peu. Moi, il m’appelle le capitaine», dit-il.

Ce retraité a travaillé 30 ans chez Alcan. Le «capitaine» est toujours prêt à aider. «Je travaille une journée ou trois jours par semaine, normalement. C’est assez. Je ne veux pas travailler plus que ça.»

Le propriétaire du commerce, Éric Lapointe, a remarqué que les employés plus âgés sont plus disposés à collaborer. «Lorsque j’ai des besoins qui sont plus ponctuels, les retraités sont les premiers à lever la main.»

Carol Tremblay le confirme. «C’est donnant-donnant aujourd’hui. C’est donnant-donnant. Il ne faut pas que tu t’assoies et que tu dises, c’est toujours du même bord.»

Éric Lapointe apprécie cet effort de ceux qui ont eu une carrière auparavant.

«Je leur dis, vous n’avez pas besoin de moi. Vous travaillez par choix. Pour les fidéliser, eux, ils ont besoin de sentir qu’ils sont importants. On est encore dans ces valeurs-là.»

«Par contre, pour les plus jeunes, maintenant, on n’a pas le choix dans le marché pour faire de la rétention. Ça se bonifie et ça se parle en dollars. Il faut monnayer les conditions pour garder les plus jeunes entre guillemets qui en valent la peine. Prendre dix jeunes pour en trouver un solide, j’ai vu ça dans les dernières années. C’est difficile de trouver des employés qui ont de la rigueur. Des jeunes employés qui ont de la volonté. Un sentiment d’appartenance. Donc, on s’est tourné vers la clientèle les plus indépendantes qui travaillent parce qu’elle a le goût», a-t-il précisé.

Pour Carol Tremblay, sa paie, c’est le contact amical avec la clientèle et les autres membres du personnel.

«C’est bien plus l’entre-gens des gens que j’aime avoir ici. Tu rencontres des clients, des personnes. Je veux lui rendre service parce qu’il est bien "smatt"», a-t-il conclu en parlant de son patron.

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