/news/world

4 choses à savoir sur la mystérieuse hépatite infantile

Sick children in hospital

patarapong - stock.adobe.com

Plus de 150 cas dans une dizaine de pays, essentiellement en Europe: les hépatites aiguës touchant des enfants nourrissent des interrogations voire des craintes de nouvelle épidémie, mais l'origine de ces inflammations sévères du foie reste inconnue.

• À lire aussi: Mystérieuse hépatite infantile dans cinq pays d'Europe

• À lire aussi: Une hépatite d'origine inconnue chez des enfants au Royaume-Uni

Panorama 

Tout est parti du Royaume-Uni, qui compte le plus grand nombre de cas (114 désormais). Depuis, des cas ont aussi été rapportés en Espagne (13), au Danemark (6), en Irlande (moins de 5), aux Pays-Bas (4), en Italie (4), en France (2), en Norvège (2), en Roumanie (1), en Belgique (1), selon les données de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Hors d'Europe, Israël (12 cas) et les États-Unis (au moins 9 cas) allongent la liste.

Les enfants affectés étaient âgés d'un mois à 16 ans, mais la plupart avaient moins de 10 ans, et beaucoup moins de 5 ans. Aucun ne présentait de comorbidité.

Il y a eu 17 transplantations rénales, et un décès.

« Les investigations se poursuivent dans tous les pays rapportant des cas. Actuellement, la cause exacte de l'hépatite reste inconnue », selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC).

Pour l'instant, une cause infectieuse semble considérée comme la plus probable, mais aucun lien commun avec une alimentation contaminée ou un toxique n'a été identifié. 

«Il faut toujours prendre les choses au sérieux» et «surveiller de près», mais «pas non plus tomber dans la psychose», car «on ne sait même pas d'où ça vient» jusqu'alors, a déclaré Yazdan Yazdanpanah, chef du service des maladies infectieuses de l'hôpital Bichat à Paris et membre du Conseil scientifique français, dans une récente interview à l'Express.

Pourquoi c'est inhabituel 

Une hépatite est une inflammation du foie, en réaction à des virus, des toxiques (drogues, poisons, etc.), des maladies auto-immunes ou génétiques. Souvent d'évolution bénigne, ses principaux symptômes – fièvres, diarrhées, douleurs au ventre, jaunisses – se résorbent rapidement ou restent faibles. Plus rarement, ils peuvent déboucher sur une insuffisance rénale.

Une hépatite aiguë a été décelée chez les enfants malades.

«La hausse croissante du nombre d'enfants atteints d'une soudaine hépatite est inhabituelle et inquiétante», a indiqué au Science Media Center britannique Zania Stamataki, du centre de recherche sur le foie et l'appareil gastro-intestinal de l'université de Birmingham.

Le fait que certaines hépatites touchent de petits enfants, entre 1 et 5 ans, surprend encore plus les spécialistes, comme la nécessité, dans quelques cas, d'une transplantation.

Et les habituels virus à l'origine de l'hépatite virale aiguë (de A à E) n'ont été détectés dans aucun des cas, ont souligné l'ECDC et l'OMS.

Adénovirus, suspect potentiel mais incertain 

Parmi les pistes à l'étude, des «adénovirus» ont été décelés chez 74 enfants au moins, dont 18 d'adénovirus dit «de type 41». Plusieurs pays, notamment l'Irlande et les Pays-Bas, ont rapporté une circulation accrue de ces adénovirus.

Virus assez banals et connus, les adénovirus provoquent généralement des symptômes respiratoires (bronchites, pharyngites...), oculaires (conjonctivites), des troubles digestifs (gastro-entérites).

La transmission survient par voie oro-fécale ou respiratoire, avec des pics épidémiques souvent en hiver et au printemps, et plus souvent en communautés (crèches, écoles, etc.). La majorité des humains sont infectés avant leurs 5 ans.

Mais leur rôle dans le développement des hépatites mystérieuses n'est pas clair.

Si des enfants infectés par un adénovirus ont pu souffrir d'hépatite par le passé, c'étaient des enfants immunodéprimés. Et l'adénovirus 41 n'est pas connu comme une cause d'hépatite chez des enfants en bonne santé, observe l'OMS.

Une nouvelle souche d'adénovirus pourrait donc être en cause, selon certains scientifiques britanniques.

Ou d'autres infections et causes environnementales pourraient exacerber une inflammation adénovirale.

Interrogations sur la COVID 

La possibilité d'un lien avec la COVID-19, qui circule toujours, figure aussi dans les hypothèses.

La COVID-19 a été détecté chez 20 des enfants testés. Et 19 autres enfants ont montré une co-infection à la COVID et à un adénovirus.

Mais «si ces hépatites découlaient de la COVID, cela serait surprenant de ne pas les voir réparties plus largement vu la forte circulation du Sars-Cov2», a observé Graham Cooke, spécialiste des maladies infectieuses à l'Imperial College de Londres, auprès du Science Media Center.

Après plus de deux ans de pandémie et de gestes barrière, la question d'une «dette» immunitaire qui rendrait certains enfants plus fragiles est soulevée par certains scientifiques, sans certitude.

Enfin, un éventuel rôle des vaccins anti-COVID a été écarté: une grande majorité des enfants n'étaient pas vaccinés, selon l'OMS.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.