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REM de l’Est: on évite une «erreur historique» selon Plante

La prise de contrôle du projet du Réseau express métropolitain (REM) de l’Est par le gouvernement et l’abandon de son tronçon au centre-ville permettra d’éviter une «erreur historique» selon la mairesse Valérie Plante, une opinion partagée par de nombreux experts.

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«Dans le centre-ville, on était dans une impasse. Le tronçon aérien au centre-ville, c’était une erreur historique qu’il absolument éviter de faire», a déclaré lundi la mairesse de Montréal, Valérie Plante, lors d’une conférence de presse confirmant le retrait de ce projet des mains de CDPQ Infra, la branche dédiée aux grandes infrastructures de la Caisse de dépôt et placements du Québec.

«Sage» décision   

Professeure à l’UQAM et spécialiste sur la question des transports collectifs, Florence Junca-Adenot estime aussi qu’il s’agit d’une «sage» décision.

À ses yeux, le projet ne répondait pas adéquatement aux besoins des résidents de l’Est et il aurait dû être «intégré aux systèmes de transports existant», afin de, potentiellement, convaincre plus de gens d’abandonner l’auto solo.

«Un deuxième écueil, c’est qu’on a choisi le mode avant d’avoir défini les besoins et le tracé. Le train électrique autonome est un mode qui est mal adapté pour des centres-villes», a-t-elle résumé.

De son côté, Jean-Philippe Meloche, professeur à l’Université de Montréal, rappelle que l’attitude intransigeante de la CDPQ Infra n’a en rien aidé sa cause.

«Quand on se fait présenter un projet à prendre à laisser, je dis toujours que si le projet n’est pas bon, il faut le laisser. Mais ça laissait les gens de l’Est de Montréal dans une bien drôle de situation, d’être obligé d’attraper un mauvais projet plutôt qu’être non servi», a-t-il expliqué.

Pour lui, rien n’empêcherait cependant la Caisse de dépôt de participer à la construction de nouvelles infrastructures. «Ce n’est pas son travail de faire la planification, mais la réalisation, pourquoi pas», a-t-il lancé.

Quel tracé?   

Maintenant que le projet est repris par Québec et Montréal, en collaboration avec la Société de transport de Montréal (STM) et l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM), les différents intervenants devront s’entendre sur un nouveau tracé qui exclut le centre-ville.

«Dans le passé, il y a eu plusieurs excuses pour retarder des projets. On veut qu’il se réalise le plus vite possible. C’est crucial pour le développement de l’Est», a d’ailleurs plaidé le premier ministre du Québec, François Legault, sans toutefois préciser d’échéancier.

Lors de son annonce en 2020, le REM de l’Est devait être inauguré en 2029 pour relier le centre-ville aux extrémités nord et est de l’île.

Dans la nouvelle mouture, le tronçon au centre-ville sera retiré du REM de l’Est, qui partirait plutôt à l’est de la rue Dickson. Ses branches vers le nord de la métropole et vers sa pointe Est resteront toutefois en place, mais seront connectées au réseau de métro.

«La décision d’aujourd’hui est courageuse, parce qu’on fait la bonne chose. On garde ce qui fonctionne pour desservir des populations qui manquent cruellement de transport collectif, et on met de côté ce qui n’avait pas d’acceptabilité sociale», a expliqué Mme Plante.

Outre le retrait du tracé au centre-ville, trois autres modifications majeures seront apportées au projet. Première de celle-ci, le gouvernement souhaite que le REM de l’Est soit mieux arrimé au réseau du métro. Il souhaite également revoir l’intégration urbaine dans le secteur de Souligny.

Le gouvernement envisage également de le prolonger la pointe Est vers la région de Lanaudière, et la branche Nord jusqu’à Laval.

L’échéancier du projet et son coût n’ont pas encore été évalués, le gouvernement indiquant que ce sont des questions sur lequel le comité devra se pencher.

La CDPQ Infra évaluait à 10 milliards $ les investissements nécessaires pour le réaliser.

«En enlevant tout le tronçon au centre-ville, il y a des économies importantes qui vont être faites. Par contre, en ajoutant possiblement des tronçons vers Lanaudière et Laval, il y a des coûts qui vont s’ajouter. Il y aura des coûts pour se brancher au métro», a expliqué M. Legault, sans pouvoir toutefois chiffrer pour le moment.

Bien que pour l’instant, le gouvernement prévoit utiliser la même technologie, aucune option n’est «complètement exclue» pour l’instant.

Gouvernance   

Jusqu’alors, le projet était développé par CDPQ Infra, la filiale dédiée aux grandes infrastructures de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ).

Au mois de mars dernier, la CDPQ Infra a déclaré qu’elle mettrait le projet sur pause sans un appui clair de l’administration Plante. Celle-ci avait répliqué en demandant que la Caisse se prononce «clairement et publiquement» à savoir si elle voulait, ou non, collaborer avec la Ville.

Depuis sa réélection, la mairesse Valérie Plante demandait que la Ville ait un siège à la table décisionnelle afin qu’elle puisse avoir son mot à dire sur le projet. Une demande mainte fois rejetée par la CDPQ Infra, qui estimait que la participation de la Ville à divers comités consultatifs était suffisante.

Bien qu’elle ait perdu le contrôle du projet de REM de l’Est, CDPQ Infra est toujours aux commandes du REM de l’Ouest, reliant Deux-Montagnes au centre-ville, dont la première branche devrait être inaugurée à l’automne.

La CDPQ Infra a confirmé, par le biais d’un communiqué, que son mandat dans le dossier du REM de l’Est prenait fin, soulignant le travail qu’elle a accompli et les nombreuses étapes qui ont été franchies.

Peu de détails   

À l’opposition officielle à l’hôtel de ville de Montréal, on indique prendre acte de cette décision.

«Avec ce retour à la table à dessin et les discussions à entamer avec les nouveaux partenaires, force est de constater que les Montréalais de l’Est et du Nord-Est devront patienter avant de voir ce projet de transport collectif se réaliser», a déclaré Aref Salem, chef d’Ensemble Montréal.

Il a ajouté avoir «hâte» de connaître les détails du projet, vu le peu d’informations avancées.

Écoutez l'entrevue de Philippe-Vincent Foisy avec Valérie Plante sur QUB radio : 

Trajectoire Québec estime également qu’il s’agit d’une excellente nouvelle, d’autant qu’il y a une volonté claire que le projet puisse se faire le plus rapidement possible.

«Depuis le début de l’annonce de ce projet, on avait une préoccupation par rapport à la gouvernance et l’absence de rôle joué par l’ARTM», a noté Sarah V. Doyon, directrice générale de l’organisme.

Elle espère maintenant que le projet pourra être bonifié au bénéfice des usagers, notant toutefois le peu de détails disponibles pour l’instant.

Critiques   

Depuis son annonce, le projet de REM de l’Est suscite de nombreuses controverses en raison de son tracé aérien, qui défigurera, aux yeux de nombreux groupes, le centre-ville de la métropole, de même que le parc Morgan, à valeur patrimoniale dans le quartier d’Hochelaga.

À travers une note interne qu’a pu obtenir l’Agence QMI, la Société de transport de Montréal (STM) s’était également montrée critique face au projet du REM de l’Est.

Selon celle-ci, la grande majorité des futurs usagers utiliseraient déjà le transport en commun, si bien que le REM viendrait cannibaliser les infrastructures déjà existantes. Elle calculait également que les dépenses d’exploitation à assumer par la Ville augmenteraient «en flèche».

L'ARTM avait également dévoilé les grandes lignes d’un rapport, qui concluait que le REM de l’Est entraînerait de nombreux désagréments et que d’autres options devaient être envisagées, rejoignant les conclusions auxquelles était arrivée la STM.

Exo, qui gère le réseau de train de banlieue, avait également soulevé ses propres inquiétudes, dans une sortie publique en février dernier.

Le projet en résumé   

- Annoncé en 2020, le REM devait être inauguré en 2029, au coût de 10 milliards.

- Une longueur de 32 km, à partir du centre-ville, et comportant 23 stations. Dans l’est, une branche devait bifurquer vers Montréal-Nord, pendant qu’une autre se rendait vers Pointe-aux-Trembles.

- Le projet aurait fonctionné avec des, des trains électriques automatisés, donc sans conducteur, circulant chaque deux minutes 30 dans les heures de pointe.

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