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Douze personnes enlevées en Haïti où l'insécurité redouble

On était sans nouvelles lundi de douze personnes, dont huit citoyens turcs, enlevées dimanche après-midi par un gang en Haïti, un nouveau rapt près de la capitale Port-au-Prince où l'activité crapuleuse des gangs a, depuis début mai, aggravé encore une situation sécuritaire déjà critique.

Parti de la capitale Saint-Domingue à 9h du matin et à destination de Port-au-Prince, le bus comptait «un chauffeur dominicain, une hôtesse haïtienne et dix passagers», selon les indications fournies lundi par Michaelle Durandis, représentante de la compagnie d'autobus Metro. 

«Parmi les dix passagers, il y avait huit Turcs et deux Haïtiens», a-t-elle précisé au micro de la radio haïtienne Vision 2000, ajoutant n'avoir eu aucun contact avec ses collègues après le passage de la frontière en milieu d'après-midi.  

Les jeunes ressortissants turcs, cinq hommes et trois femmes, enlevés à l'est de la capitale, entre les communes de Croix-des-Bouquets et de Ganthier, sont âgés entre 20 et 26 ans, a annoncé à l'AFP lundi, Hugues Josué, consul honoraire de Turquie en Haïti.

«Pendant leur rapt, pendant qu'ils débarquaient du bus dans lequel ils se trouvaient, ils ont eu le temps de contacter leur organisation», a-t-il précisé . «Ce sont des coopérants pour une organisation de promotion de l'éducation», a-t-il ajouté.

L'association haïtienne pour la promotion de l'éducation (Ashape), dont ils sont membres, travaille depuis 2019 dans le pays et fournit des cours de langues et d'enseignement religieux musulman, selon son site internet.

Rapts contre rançon

En marge de la présentation de son bilan semestriel à la presse lundi midi, Frantz Elbé, directeur général de la police haïtienne, a seulement indiqué que son institution était «informée et (qu') elle travaillait sur ce cas», sans fournir davantage de détails sur ce qu'il considère être «un dossier sensible».

Depuis plusieurs années, l'un des plus puissants gangs d'Haïti, appelé «400 mawozo», contrôle la zone située entre la République dominicaine et Port-au-Prince, où les ressortissants turcs ont été enlevés. 

En avril dernier, cette bande armée avait séquestré dix personnes, dont deux religieux catholiques français.

À l'automne, un groupe de 17 missionnaires nord-américains et des membres de leurs familles, dont cinq enfants, âgés de 8 mois à 15 ans, avait été gardé otage de ce gang pendant plusieurs semaines.

Depuis des décennies, les bandes armées sévissent dans les quartiers les plus pauvres de Port-au-Prince, mais elles ont drastiquement accru leur emprise sur la capitale haïtienne et le pays ces dernières années, multipliant assassinats et enlèvements crapuleux.

Plus d'une vingtaine de rapts contre rançon ont été commis par les gangs depuis le début du mois de mai dans l'aire métropolitaine de Port-au-Prince.

Fermeture d'hôpitaux

Lundi, deux hôpitaux caritatifs de la capitale ont annoncé qu'ils fermaient leurs activités «jusqu'à nouvel ordre» suite à l'enlèvement d'une de leurs pédiatres ce jeudi.

«Sans la présence des personnels de santé, victimes à maintes reprises, incapables de se rendre en toute sécurité au niveau des structures sanitaires, les soins de santé ne peuvent être délivrés», précise la note publique signée par Richard Fréchette, président de la fondation Nos petits frères et sœurs, présente en Haïti depuis plus de 30 ans.

Des barricades de pneus enflammés ont, par ailleurs, été dressées dans le centre de la capitale lundi, à proximité de la direction générale des impôts, signe de la colère des employés et riverains suite à l'enlèvement, près de son domicile dimanche, d'un membre de la direction de l'administration publique.

Cette recrudescence des cas d'enlèvements intervient après deux semaines de violents affrontements entre gangs, dans la banlieue nord de Port-au-Prince, poussant plus de 9000 habitants à fuir ces quartiers.

Au moins 75 civils ont été tués, dont des femmes et des enfants, lors de ces violences entre deux bandes rivales, a annoncé vendredi l'ONU, qui a rapporté l'existence, citant des sources locales, d'«actes de violence sexuelle, y compris le viol collectif d'enfants âgés d'à peine 10 ans, pour terroriser et intimider les populations locales».

Trois semaines après le début de ces violences, le gouvernement haïtien ne s'est pas encore exprimé sur cette situation ni sur la recrudescence d'enlèvements, un contexte qui plonge les habitants de Port-au-Prince dans une peur constante.

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