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«Tu fais quoi pour la fête des mères?» «Je cherche mes enfants»

Guadalupe Caramarena, 61 ans, sait déjà ce qu'elle va faire pour la fête des mères, qui tombe ce mardi au Mexique: «chercher mes enfants».

«Ce sont cinq chaises vides. Ici il n'y a rien à fêter», ajoute cette femme de ménage de San Pedro de Tlaquepaque dans l'État du Jalisco, le plus frappé par le drame des disparitions forcées au Mexique.

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D'une voix posée pour contenir ses larmes, cette mère de neuf enfants raconte son calvaire. Son fils Lucero a disparu en 2016 après s'être rendu à un entretien d'embauche. Ses quatre frères ont disparu en 2019.

Sur leur route, ils ont été arrêtés par la police municipale. Bien que deux agents soient accusés de disparition forcée, aucune opération de recherche n'a été lancée.

Des milliers de Mexicains offriront des bouquets de fleurs à leur mère ce mardi. Des milliers de femmes seront aussi dans la rue pour manifester et pour continuer la recherche de leurs enfants portés disparus.

À lui seul, l'État du Jalisco enregistre 14 498 des 95 121 personnes portées disparues au Mexique, selon les chifffres officiels diffusés en novembre dernier, lors d'une visite d'une délégation des Nations unies.

Plus d'une centaine de personnes aurait disparu «pendant notre séjour», avait relevé une des membres du Comité, qui est resté dix jours au Mexique.

Dans ses conclusions, le comité de l'ONU contre les disparitions forcées a parlé d'une «tragédie humaine» sur fond d'«impunité absolue» des ravisseurs, membres du crime organisé ou des forces de sécurité.

Les mères-courage continuent leur recherche dans des États victimes de la narco-violence comme Jalisco.

Araceli Hernández, 50 ans, parcourt les rues de Guadalajara pour coller des affiches de ses enfants. «C'est ma mission. Je les aime».

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Vanessa a été enlevée en 2017. Deux jours plus tard, Alejandro a disparu alors qu'il cherchait sa soeur.

Rosaura Magaña, 61 ans, a perdu la trace de son fils Carlos Eduardo il y a cinq ans.

«Je n'ai jamais pensé avoir ce projet de vie : passer de la retraite à la recherche de mes enfants», dit cette femme, qui dénonce l'inaction des autorités.

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Azulema Estrada, 49 ans, s'est formée au droit et aux techniques de fouille pour retrouver Iván Alfredo, qui a été enlevé par des hommes armés avec son compagnon en 2020, à 30 ans.

Sans espoir de le retrouver vivant, elle pense qu'il serait enterré dans l'État du Sonora. Mais les fouilles sont dangereuses : les «faucons « - vigies des criminels - surveillent les lieux.

Le gouvernement recense 37 000 cadavres non identifiés dans les services médico-légaux, mais les organisations de la société civile en dénombrent jusqu'à 52 000. Ces chiffres s'ajoutent aux 340 000 personnes tuées dans des actes de violence liés au crime organisé depuis 2006.

Le Congrès vient d'approuver fin avril la création d'un «Centre national d'identification humaine», pour assurer le suivi de la recherche des disparus ou l'identification de leurs restes.

Les premières disparitions au Mexique remontent aux années 1960 et 1980. Mais les cas sont montés en flèche après la militarisation de la guerre contre la drogue, il y a 16 ans.

«Le crime organisé reste une des causes principales des disparitions», note Laura Atuesta du Centre d'enquête et d'expertise économique (Cide), en allusion au trafic de drogue, de migrants ou de carburant prélevé frauduleusement («Huachicol»).

Les autorités évoquent aussi «la corruption des forces policières liées au crime organisé», comme l'a rappelé mi-novembre le sous-secrétaire d'État aux droits de l'Homme, Alejando Encinas.

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