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J’ai mal à ma langue

Photo d'archives

Les tumultueux débats sur l’imposition de cours de français aux élèves des cégeps anglophones qui n’ont pas les compétences linguistiques suffisantes m’ont amené à pondre cette réflexion.

Je ne m’attarderai ni sur les allophones, ni sur les anglophones, mais bien sur nous, francophones peureux.

Sur nous, francophones craintifs. 

Sur nous, francophones, incapables de parler le français et encore moins capables de défendre cette si belle langue.

Le francophone est à blâmer

Il est à blâmer pour son incompétence linguistique. 

Il est à blâmer pour sa fermeture d’esprit. 

Il est à blâmer pour son incapacité à défendre sa langue ; à en faire la promotion ; à la faire aimer et la faire connaître. 

Le francophone est fautif de la piètre qualité de son français dans ses SMS, dans ses courriels, sur les médias sociaux, et sur ses pancartes « Libarté ».

Si le francophone ne sait ni parler ni écrire, l’allophone n’y est pour rien. 

Si le francophone perpétue un mauvais langage, l’anglophone n’y est pour rien. 

Si le francophone ostracise tous ceux qui ne parlent pas le français aussi mal que lui, eh bien, le francophone devrait être le premier à se faire ostraciser. 

Le premier à se faire corriger. Le premier à se faire dire qu’il devrait continuer de suivre des cours de français, au moins jusqu’à sa retraite.

Le francophone raciste ou le francophone unilingue n’a aucune leçon à faire aux allophones qui comprennent très bien la valeur d’une langue, sa complexité, son utilité et sa beauté.

Cela étant dit, si le francophone moderne adopte souvent une position néandertalienne, pour ne pas dire colon, il n’est pas le seul fautif. 

Le francophone moyen, incapable d’écrire trois mots sans faire d’erreurs ou incapable d’accorder son participe passé, est le produit d’un système qui a échoué.

Responsabilité de nos gouvernements

Tous les gouvernements qui se succèdent depuis 50 ans sont à blâmer. Toutes les refontes des programmes scolaires ne sont que de lamentables et perpétuelles tentatives infructueuses voulant corriger des programmes de français de piètre qualité. Tous les projets de loi qui se sont succédé au fil des années ne sont que des constats inavoués d’échecs. Le ministre Simon Jolin-Barrette et son projet de loi 96 en sont le parfait exemple. 

Qu’importe leurs âges et leurs origines, francophones, allophones et anglophones sont les victimes du système. 

Quoique la langue officielle du Québec soit le français, les Québécois parlent des dizaines de langues différentes. Les Québécois n’ayant pas le français comme langue maternelle ne craignent pas de parler leur langue et de la faire vivre et évoluer. Pourquoi, nous, Québécois ayant le français comme langue maternelle, devons-nous faire différemment ?

Le français est une langue compliquée, tant à l’oral qu’à l’écrit, et à voir comment le Québécois francophone moyen s’exprime, il est facile de constater à quel point cette langue est complexe. Le Québécois francophone est le premier à s’en plaindre et le premier à demander que nous puissions revoir, simplifier et minorer les exigences linguistiques et les règles grammaticales. Non pas pour l’allophone ou l’anglophone, mais bien pour le francophone à la demande d’un gouvernement francophone échouant lui-même ses propres examens et ses propres standards.

Le francophone n’a aucune leçon de morale à donner. Le francophone a plutôt besoin de leçons de français pour augmenter sa crédibilité.

C’est à nous, francophones, de faire découvrir et aimer notre langue, notre musique, notre littérature et notre culture, car si nous ne le faisons pas, personne ne le fera pour nous, sauf peut-être un système sempiternellement inefficace. 

Photo courtoisie

Kévyn Gagné, CRIA, M. Sc., directeur des ressources humaines, Montréal

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