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Décès d’aînés en CHSLD: des décennies de politiques défaillantes

Le rapport d’enquête de la coroner Kamel, publié lundi, attribue l’hécatombe causée par la COVID-19 dans les CHSLD a des décennies de politiques publiques défaillantes qui étaient déjà connues.

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«Il aura sans doute malheureusement fallu cette urgence sanitaire sans précédent dans l’histoire du Québec pour réunir les acteurs autour d’une même table et débuter cette nécessaire discussion sur l’avenir de nos aînés», peut-on lire dans le rapport d’enquête de la coroner Géhane Kamel.

L’enquête s’est penchée sur les 53 décès survenus en CHSLD et en RPA entre le 12 mars et le 1er mai 2020, au début de la crise sociosanitaire.

La coroner a entendu plus de 220 témoins concernant les circonstances de ces 53 décès considérés comme étant violents, obscurs ou possiblement liés à de la négligence.

Dans son rapport, elle met en lumière des soins de base déficients, des CIUSSS et CISSS qui n’avaient ni le personnel ni de plan d’urgence adapté à une telle crise.

Elle déplore que l’agilité des dirigeants a également été mise à rude épreuve. Les communications étaient multiples et ne tenaient pas toujours compte de la réalité terrain.

«Les gens ont fait leur gros possible, mais cela a-t-il été suffisant? Force est de constater que non. Les maisons des aînés seront confrontées aux mêmes réalités si ce n’est la vétusté des lieux en moins», peut-on lire dans le rapport qui émet de nombreuses recommandations au milieu de la santé.

Me Géhane Kamel demande au ministère de la Santé et tous les organismes qui en dépendent d’analyser ces éléments pour y apporter une solution pratique.

«Il est temps d’agir à l’interne pour simplifier les structures et donner à chaque établissement les pouvoirs nécessaires pour réagir à une crise. Nous sommes à la croisée des chemins. Cette tragédie qui aura malheureusement marqué l’histoire du Québec doit nous pousser à innover et à sortir des paradigmes institutionnels», écrit la coroner.

Voici ses principales conclusions et recommandations:

Recommandations      

Au gouvernement du Québec 

- Revoie le rôle du directeur national de santé publique afin que ses fonctions soient exercées en toute indépendance et sans contrainte politique. 

- Évalue la possibilité de mettre en place un service civique volontaire d’urgence qui serait chapeauté par le ministère de la Sécurité publique, tout comme cela se voit parfois en cas de catastrophe naturelle. 

- Revoie rapidement l’offre de service à nos aînés en convertissant tous les CHSLD privés en CHSLD privés conventionnés. 

- Augmente l’offre de service pour le maintien à domicile de nos aînés. 

- S’assure d’une politique inclusive en temps de crise pour permettre qu’au moins deux proches aidants puissent visiter la personne hébergée de façon sécuritaire. 

- Implante des ratios sécuritaires professionnels en soins/résidents dans les CHSLD. 

- Rehausse, lorsque requis, le nombre de gestionnaires en CHSLD pour s’assurer de couvrir tous les quarts de travail (pouvoirs délégués de soir et de nuit.) 

- Prévoie des discussions avec les instances syndicales afin de revoir ou d’ajouter, le cas échéant, des clauses de conventions collectives permettant une disponibilité et un délestage accrus du personnel lors d’une urgence sanitaire. 

- Planifie les nouvelles infrastructures ou les rénovations des milieux d’hébergement en s’assurant que les milieux puissent répondre aux exigences requises en matière de soins de santé notamment en temps de crise sanitaire. 

- S’assure que les milieux d’hébergement puissent offrir des chambres individuelles aux résidents. 

Au ministère de la Santé et des Services sociaux

- Introduise le principe de précaution au centre de toute démarche d’évaluation et de gestion des risques. 

- Assure une plus grande imputabilité des gestionnaires des CISSS/CIUSSS et du ministère de la Santé et des Services sociaux quant aux soins prodigués aux personnes âgées en perte d’autonomie par le suivi d’indicateurs et une obligation d’intervention en cas de problèmes dans la qualité des soins. 

- S’assure de maintenir en tout temps l’approvisionnement nécessaire en équipements de protection en plus de prévoir des réserves pour subvenir aux besoins en cas de crise. 

- Définisse quels soins de confort les installations en CHSLD doivent minimalement être en mesure d’offrir. 

- Établisse un plan national afin de doter tous les CHSLD des équipements nécessaires pour donner ces soins. 

- Revoie les formations techniques afin que les infirmières en CHSLD et, le cas échéant, les infirmières auxiliaires soient en mesure d’effectuer les techniques nécessaires aux soins de base (soins respiratoires, accès veineux et souscutanés, utilisation des pompes volumétriques, etc.). 

- Développe un outil avec des mises en situation afin que les résidents et/ou leurs tuteurs puissent bien comprendre les implications d’un choix de niveau de soins. 

- Assure une gestion dans les CHSLD qui réunissent un gestionnaire responsable, une direction des soins infirmiers et une direction médicale. 

Aux CISSS et CIUSSS 

- Assurent dans les CHSLD la présence suffisante d’infirmières spécialisées en PCI afin que celles-ci puissent être présentes dans les opérations quotidiennes et qu’ils en assurent la pérennité. 

- S’assurent de planifier des simulations en lien avec les plans de pandémie de manière triennale. 

- Offrent de la formation quant à la tenue des dossiers médicaux et fassent des suivis périodiques. 

- S’assurent de l’encadrement nécessaire justifiant le recours aux protocoles de détresse et à la sédation palliative dans un contexte de soins aigus. 

Au Collège des médecins du Québec

- Revoie les pratiques médicales individuelles des médecins traitants des CHSLD Herron, des Moulins et Sainte-Dorothée, notamment quant à leur décision de poursuivre les soins en téléconsultation malgré le besoin de soutien et le très grand nombre de décès.

Conclusion      

- «La crise de la COVID-19 illustre des décennies de politiques publiques défaillantes concernant les CHSLD et qui étaient déjà connues.»

- «La capacité hospitalière québécoise réduite en comparaison des autres pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE),combinée à la fragilité préalable des CHSLD, a poussé les autorités à avoir pour premier réflexe de protéger notre capacité hospitalière en évitant notamment le transfert des résidents vers les hôpitaux.» 

- «Cette protection des milieux hospitaliers avait certes sa raison d’être, mais il me semble maintenant évident que les causes systémiques préexistantes devront être revues et des correctifs devront être apportés.»

Source: rapport d'enquête du Bureau du coroner

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