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Coupes forestières: un rapport scandaleux selon les Atikamekw

Les Atikamekw qui manifestaient sur un chemin forestier à Manawan, mardi, ont jugé scandaleux le rapport tant attendu mené par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP).

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Le document a mis en lumière que l'entente d'harmonisation n'a pas été respectée. Le MFFP ainsi que la scierie St-Michel inc. se sont déchargés de toute responsabilité. Aucune compensation ni pénalité n'ont été prévues pour les coupes dans l'érablière.

«L'orientation de ce rapport nous prouve que nos droits sont effectivement traités en seconde ligne», a déploré Glen Dubé, conseiller élu de Manawan et responsable du dossier forestier.

Pendant trois mois, les Atikamekw ont monté la garde jour et nuit au km 60 après des coupes jugées illégales dans l'érablière familiale.

Dans le rapport du MFFP, dont TVA a obtenu une copie, on apprenait qu'au départ, l'entente d'harmonisation devait protéger non seulement l'érablière du chantier Naule, mais aussi des montagnes pour le ravage d'orignaux. Les discussions «d'harmonisation» se sont échelonnées sur 18 mois et quatre cartes du secteur visé par les coupes ont été produites pour s'assurer de respecter les demandes de la famille Dubé. Mais au bout du compte, l'entreprise forestière a tout de même construit un chemin forestier de 500 mètres en plein cœur de l'érablière. Pourquoi?

18 mois de discussions, quatre cartes, une entente.... et un changement de dernière minute 

Dans le document d'une vingtaine de pages, on pouvait lire que «la préoccupation de la famille Ottawa-Dubé à l'égard du peuplement d'érables était claire et a été prise en considération par le ministère par le retrait complet du peuplement de la planification du chantier» et que «l'entreprise Scierie St-Michel inc. était représentée à chacune des cinq rencontres d'harmonisation et a pu entendre les préoccupations de la famille.»

Or, après ce long processus soldé par une entente, la scierie a modifié le plan des travaux forestiers en y ajoutant un chemin forestier. Le Centre de ressources territoriales (CRT) atikamekw a reçu un courriel, mais n'y a pas donné suite, se fiant à l'entente officielle. Le MFFP a donné son aval au nouveau plan de coupes et conclut que «cet événement est le résultat involontaire de manquements successifs de la part des intervenants impliqués, le MFFP, la Scierie St-Michel et le CRT.»

Ces conclusions ont suscité la colère chez les autochtones directement touchés. «Au lieu de saisir les occasions de placer les traditions autochtones au service de l'aménagement durable de la forêt, c'est comme si le gouvernement n'y voyait que des contraintes au confort de l'industrie», a commenté Annette Dubé, porte-parole de la famille.

Pas de pénalité  

À la toute fin du rapport, comme le ministère a autorisé la construction du chemin dans l'érablière, aucune pénalité en lien avec un non-respect de la planification n'a été envisagée. Le MFFP a suggéré de tenir des discussions afin d'atténuer les impacts de ces coupes. Chez les Atikamekw, la réponse a été vive: «les dommages sont réels, les causes relèvent d'une négligence récurrente des considérations autochtones dans le cadre des activités forestières.»

Rencontre réclamée avec le ministre  

La famille Dubé a demandé une rencontre avec le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs. Dans une lettre adressée à Pierre Dufour, elle a réitéré que la pratique du «fait accompli» est symptomatique, tant de la part du ministère que de l'industrie forestière. Pour elle, des décennies seront nécessaires pour redonner à l'érablière son état initial.

Vendredi dernier, les Atikamekw de Manawan ont pris la décision de poursuivre la manifestation au km 60. Le moratoire sur les coupes forestières est aussi demeuré en vigueur sur le Nitaskinan, territoire ancestral atikamekw.

Le Conseil des Atikamekw de Manawan a aussi indiqué qu'aucun passage d’équipements forestiers ne sera autorisé au km 60 sur le chemin Manawan.

Quant à la scierie St-Michel et au Groupe Champoux, ils ont affirmé avoir l'intention de reprendre leurs activités forestières le 6 juin prochain, en évitant le secteur protégé par la famille Dubé.

La Loi sur l'aménagement durable du territoire forestier doit prendre en compte les intérêts, les valeurs et les besoins des communautés autochtones.

Elle prévoit un processus de consultation pour assurer la prise en compte de leurs intérêts, de leurs valeurs et de leurs besoins dans l'aménagement durable des forêts ainsi que la gestion du milieu forestier, et les accommoder, s'il ya lieu.

À Manawan, tous les chefs de territoire, incluant la famille Dubé, revendiquent un meilleur respect de leurs droits et une application réelle de la Loi sur l'aménagement durable du territoire forestier en ce qui concerne les obligations envers les Premières Nations.

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