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Charlotte Cardin aurait-elle triomphé aux Junos en français?

Charlotte Cardi a remporté, samedi dernier, trois Junos à Toronto, l’équivalent des Félix au Québec, dont celui de l’Artiste de l’année. Voilà qui est plus que rarissime. En effet, les Junos récompensent la plupart du temps des chanteurs anglophones du Canada, enfin pour ce qui est des prix les plus prestigieux.  

Charlotte Cardin est une jeune auteure-compositrice-interprète de talent, une artiste charismatique, aimée du public québécois. Sans être un fan, je dois reconnaître que ses chansons sont envoûtantes et possèdent tout ce qu’il faut pour conquérir le monde entier. Je peux donc dire, sans me tromper, que Charlotte a tout pour devenir une artiste de calibre international. 

Si elle a triomphé aux Junos, c’est sans doute que ses chansons sont originales, voire peut-être même innovatrices. Mais c’est aussi parce que son matériel est constitué majoritairement de chansons écrites en anglais avec, çà et là, quelques-unes en français. Des chansons fort bien ficelées. 

Mais la question qu’on est peut-être en droit de se poser est la suivante: Si tous les textes de chansons de la Québécoise Charlotte Cardin avaient été écrits en français, aurait-elle reçu le même triomphe aux Junos de Toronto? Je n’en suis pas certain. 

L’anglais, langue universelle  

Mais je peux toujours me rassurer, ou me consoler, en me disant qu’après tout la musique est universelle, peu importe la langue. Mais force est de constater que la langue anglaise semble plus universelle que les autres et particulièrement dans le domaine de la chanson. 

Pour ma part, je fus bercé à mon adolescence par la musique des Beatles, de Genesis, ou encore de Pink Floyd. Mais j’ai découvert et appris à aimer la chanson québécoise et française à l’âge adulte. Je suis devenu amoureux de l’œuvre de Félix Leclerc et d’une pléthore d’autres auteurs-compositeurs de langue française. À titre de professeur de français langue seconde auprès d’anglophones provenant de différentes provinces du Canada, j’ai mis à l’étude des textes de Félix, de Vigneault, de Lelièvre, etc. 

Le Québécois, que je suis, continue tout de même, parallèlement, à écouter de la musique anglophone. Et particulièrement des auteurs-compositeurs du Canada, dont Bruce Cockburn, Joni Mitchell et Neil Young, par exemple. Tout simplement parce qu’ils ou elles font de la bonne musique. 

Je ne les boycotterai pas parce qu’ils chantent en anglais. 

Écoutez l’entrevue de Sophie Durocher avec Yvan Giguère sur QUB radio :

Mais hélas pour les anglophones du ROC, et même pour les Anglos du Québec, la chanson québécoise n’existe pas, ou si peu. Ah si, seulement si des auteurs-compositeurs francophones du Québec écrivent leurs chansons presque toutes en anglais. Tout comme le fait Charlotte Cardin, sans rien enlever à son talent. 

D’ailleurs je ne m’empêcherai pas de l’écouter pour autant. Et je suis tout de même heureux pour elle, pour son succès remporté aux Junos. Je trouve seulement dommage qu’elle n’écrive pas plus de chansons en français! Après tout, elle use d’une belle plume dans les deux langues. 

Yvan Giguère, Professeur de français langue seconde

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