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Nouveau revers judiciaire pour un cimentier lié au clan Desmarais

La cimenterie Lafarge de Jalabiya, en Syrie, inaugurée en 2010, peu avant le début de la guerre civile. Elle est au cœur d’une affaire de crimes contre l’humanité.

Photo AFP

La cimenterie Lafarge de Jalabiya, en Syrie, inaugurée en 2010, peu avant le début de la guerre civile. Elle est au cœur d’une affaire de crimes contre l’humanité.

Un géant du ciment relié à la famille québécoise Desmarais qui est mêlée à un scandale de financement du terrorisme en Syrie a échoué une nouvelle fois à faire annuler de possibles accusations de crimes contre l’humanité.

• À lire aussi: Crimes contre l’humanité : tout sur le dossier Lafarge

La Cour d’appel de Paris a confirmé hier l’inculpation pour «complicité de crimes contre l’humanité» du cimentier français Lafarge concernant ses activités jusqu’en 2014 en Syrie. 

Le groupe désormais filiale d’Holcim est soupçonné d’avoir versé en 2013 et 2014, via sa filiale syrienne Lafarge Cement Syria (LCS), plusieurs millions d’euros à des groupes terroristes, dont l’organisation État islamique (ÉI), ainsi qu’à des intermédiaires, afin de maintenir l’activité d’une cimenterie en Syrie à Jalabiya alors que le pays s’enfonçait dans la guerre.  

L’enquête a évalué que ces versements pourraient avoir atteint entre 4,8 et 10 millions d’euros pour le seul groupe ÉI. 

Lafarge est également suspectée d’avoir vendu du ciment de l’usine à l’ÉI et d’avoir payé des intermédiaires pour s’approvisionner en matières premières auprès de factions djihadistes. 

Le groupe avait investi 680 millions d’euros dans la construction du site de Jalabiya, achevé en 2010. 

Un Desmarais administrateur

Le Québécois Paul Desmarais Jr. (actuel président du conseil de Power Corporation), a été, de 2008 à 2020, un des administrateurs de Lafarge.

Paul Desmarais Jr a été un des administrateurs de Lafarge de 2008 à 2020.

Photo d'archives, Ben Pelosse

Paul Desmarais Jr a été un des administrateurs de Lafarge de 2008 à 2020.

En 2017, notre Bureau d’enquête avait rapporté qu’un holding des Desmarais détenait 9,4 % des actions de Lafarge, ce qui en faisait le deuxième actionnaire en importance. Des bureaux de GBL, un holding des familles Frère et Desmarais, ont été perquisitionnés dans cette affaire. 

Lafarge tente depuis longtemps de faire écarter les soupçons de complicité de crime contre l’humanité dans le cadre de l’enquête des autorités françaises ouverte en 2017.

Décision annulée

Un tribunal avait accédé à une demande du groupe en ce sens en 2019, mais en septembre dernier, la Cour de cassation avait annulé cette décision.

L’entreprise a indiqué dans un communiqué n’être pas d’accord avec la décision rendue hier et avoir l’intention d’en appeler. Deux des qualifications retenues contre Lafarge, «complicité de crimes contre l’humanité» et «financement d’une entreprise terroriste», sont très lourdes. 

Dans un interrogatoire de novembre révélé mardi par Le Parisien, le président du conseil d’administration d’Holcim, Beat Hess, a accusé les anciens dirigeants de Lafarge d’avoir «caché» leurs activités en Syrie lors de la fusion de 2015. Holcim a été «trahie», a-t-il asséné.

– avec l’AFP

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