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Martin Fontaine dira adieu à Elvis

MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

En 2007, il avait fait à Elvis des adieux qui se voulaient sans appel, mais il était revenu sur sa décision six ans plus tard. Cette fois, Martin Fontaine annonce que les représentations d’Elvis Experience qu’il donnera cette année seront ses dernières. Tout porte à croire que ce sera le cas. À moins que...

En 1972, une petite année avant la diffusion de l’excellent spectacle Aloha From Hawaii, Elvis était dans une forme resplendissante. Un demi- siècle plus tard, sa version de An American Trilogy donne encore la chair de poule et tire les larmes. Cette même année sortait le film Elvis on Tour. C’est sur ces solides assises que s’appuie le concept Elvis Experience on Tour 1972, qui sera présenté à Gatineau, à Montréal, à Trois-Rivières et à Saguenay l’été prochain. Martin Fontaine a vu et revu Elvis on Tour. 

«En 1972, Elvis était en super forme. Ce film demeure ma plus grande inspira- tion pour créer mon personnage. Il m’a permis de saisir son beat et son énergie. Il était encore au sommet de sa forme.» Enfin! Presley quittait Las Vegas pour se produire ailleurs en Amérique du Nord. Une tournée qui, comme on le sait, ne s’est jamais arrêtée ici. «C’était un show vraiment rock. Toutes les tounes étaient sur les stéroïdes.» Martin, de concert avec 15 musiciens et 8 choristes, recréera cette magie et en préservera l’esprit. 

MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

«Elvis était cabotin et imprévisible. Évidemment, je chanterai systématiquement ses grands hits, comme Suspicious Minds, mais je ferai certaines autres chansons en alternance, comme je l’ai toujours fait. J’ai un répertoire tel- lement vaste que je ne fais jamais le même show. Ça nous permet de toujours garder le spectacle frais et le fun. Les musiciens sont sur le qui-vive. Il arrive même que je change une toune pendant le show. Elvis faisait ça aussi. C’est le fun pour le public et pour le band, et ça garde la spontanéité.»

Dernier tour de piste  

En 1972, Elvis avait 37 ans et, en 2022, Martin en aura 58. Il s’agira de son dernier tour de piste. «Nécessairement, j’ai moins d’énergie que j’en avais pour faire ces séries de shows-là, qui sont très demandantes. Ça prend une discipline de fer. Un jour, il faudra que je passe le flambeau. J’ai fait ce que j’avais envie de faire avec ce personnage- là. Je l’ai amené le plus loin que je le pouvais. Ça m’a fait vivre des choses merveilleuses.»

Au bout du compte, depuis 25 ans, Martin Fontaine aura défendu Elvis sur scène à plus de 2000 reprises. «J’ai eu des hauts et des bas avec mon personnage. Je n’étais pas toujours content de la façon dont ça se passait avec la production, mais on s’est parlé et on s’est com- pris. C’est comme une vieille blonde ou un vieux chum: on se chicane et on se perd de vue, puis on revient et on est content parce que le lien est profond et inconditionnel.»

Bien sûr, la crise sanitaire a bousculé les plans de Martin. En juillet 2020, quelques mois après l’éclatement de la pandémie, il donnait quatre représentations d’Elvis Experience à l’Amphi- théâtre Cogeco, à Trois-Rivières. Il avoue: «Ça faisait longtemps que je ne l’avais pas fait. J’étais très nerveux et je n’étais pas en forme. Ça s’était décidé vite et j’avais été pris par surprise. Mais ç’avait bien été et les gens étaient contents.» Mais ce n’est pas ce qui lui a fait le plus mal...

Memphis à Trois-Rivières  

Il y a quelques années, Martin préparait la vie après Elvis. C’est dans cet esprit que, le 7 sep- tembre 2018, il ouvrait les portes du Memphis Cabaret, à Trois-Rivières. Très tôt, l’engouement a engendré un taux d’occupation de 98 % pour les soupers-spectacles présentés dans cette salle qui peut accueillir 120 personnes. L’établissement avait le vent dans les voiles jusqu’en mars 2020. Puis... «Ce que j’ai trouvé de pire, c’est qu’on m’empêche de travailler et de gagner ma vie dignement. Je n’étais pas confortable de remplir les formulaires gouvernementaux pour l’aide aux entreprises. Le Memphis, je l’ai mis sur pied pour gagner mon indépendance, alors j’ai trouvé ça très dur. Ça faisait deux ans qu’on avait notre erre d’aller. Personne n’aurait pu prévoir ça dans un plan d’affaires.» Inévitablement, de graves ques- tions ont surgi: «On ferme ou pas? On va être capable de payer ou pas? Ce n’est pas comme quand on décide de prendre une année sabba- tique et qu’on s’organise en conséquence.»

Martin, qui fait équipe avec Marie-Claude, sa conjointe, dans tout ce qu’il entreprend a trouvé le coup très dur à encaisser. «On a vécu quelque chose de difficile avec la pandémie, et ça a favo- risé une grosse remise en question. J’ai été séden- taire pendant quasiment un an et demi. Comme beaucoup de monde, je me demandais si j’allais prendre ma retraite ou faire autre chose. En juillet 2020, quand j’ai refait Elvis Experience, ça m’a remis sur la piste et redonné le goût de jouer. J’ai compris mon rôle dans l’Univers: il faut que je sois sur une scène. Dans ce temps-là, mon cerveau se remet en place et je ne doute plus. Ces quatre spectacles ont replacé les choses.»

Sur le plan personnel, Martin et Marie-Claude, sa compagne depuis 40 ans, ont déménagé de Blainville à Prévost, dans les Laurentides. «Durant la pandémie, on a fait de gros moves personnels. Le déménagement a aussi été difficile parce qu’il n’était pas dans nos plans. Ç’a été comme un retrait préventif. On plaçait nos pions pour être prêts à toute éventualité. Je l’ai vécu comme un projet, et je suis heureux de l’avoir fait.»

Père de Passe-Carreau  

Martin et Marie-Claude sont inséparables, tant dans leur vie personnelle que dans leur vie profes- sionnelle. «Elle travaille avec moi depuis les débuts d’Elvis Story. Elle est chanteuse et musi- cienne, et on a fait des productions de shows ensemble. Depuis le début du Memphis Cabaret, elle s’occupe des médias sociaux et du marketing. Elle est aussi photographe et elle est excellente en arts visuels.» En souriant, il ajoute: «Contrairement à moi, elle est très à l’aise avec les nouvelles tech- nologies. On forme une bonne équipe!»

L’équipe Fontaine-Lapointe a deux filles qui ont de qui tenir! Depuis 2019, qu’on regarde ou non Passe-Partout, on connaît tous Gabrielle Fontaine, l’interprète de Passe-Carreau. «Je ne suis plus le gars qui fait Elvis, je suis rendu le papa de Passe-Carreau, précise Martin en riant. Je viens de monter d’une coche! Je suis telle- ment fier d’elle! Elle est à sa place. C’est une grande passionnée, curieuse de tout et travail- lante. Certains disent qu’elle a du père dans le nez, mais... pas du tout! Elle est moi à la puis- sance 1000! Quand je serai grand, je veux être comme elle; c’est mon idole! Gabrielle, c’est un soleil, une boule de lumière.»

De 18 mois sa cadette, Camille a une person- nalité complètement différente. «Elle est aussi magnifique. Elle chante, elle danse et dessine merveilleusement bien, mais elle garde ça pour elle. Elle ne veut pas avoir les projecteurs bra- qués sur elle. C’est notre rebelle. (rires)»

D’ici à ce que soient offertes les représenta- tions d’Elvis Experience on Tour 1972 — à compter de juillet à Gatineau, puis à Montréal, Trois-Rivières et Saguenay —, Martin se concen- trera sur les activités du Memphis Cabaret.

Mais la question demeure: pourquoi la ville de Québec, où tout a commencé en 1995 avec Elvis Story, n’est-elle pas inscrite à l’agenda? Martin se fait vague, mais il reconnaît: «Ce serait quand même logique que ça se termine là où ça a com- mencé... Mais c’est certain que ce ne sera pas durant la tournée d’été 2022.» Martin Fontaine fera donc ses adieux à Elvis Presley dans quatre villes importantes sauf Québec. Et pourquoi pas une cinquième en 2023?

Pour connaître les dates de la tournée Elvis Experience on Tour 1972: elvisexperience.com. Pour être au fait des activités et des spectacles présentés au Memphis Cabaret: lememphis.com.

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