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Des oiseaux meurent mystérieusement aux îles de la Madeleine

Selon les premières analyses, les oiseaux qui jonchent les plages de l’archipel des Îles-de-la-Madeleine ne seraient pas morts de la grippe aviaire, mais cela ne rassure aucunement deux élus qui appellent aussi les gouvernements à agir au plus vite pour nettoyer les plages.

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L’épidémie de grippe aviaire frappe de plein fouet le Québec. Selon L’Agence canadienne d'inspection des aliments, la maladie a été détectée dans quatre élevages commerciaux et trois petits élevages de la province depuis le 22 avril.

Les conséquences peuvent être terribles. Ainsi, Canard du Lac Brome a dû abattre au moins la moitié de ses 350 000 animaux. L’entreprise emploie 300 personnes.

La semaine dernière, deux cas de grippe ont été répertoriés chez des oiseaux sauvages en Gaspésie. Au même moment, les cadavres de nombreux oiseaux, principalement des fous de Bassan, commençaient à joncher les plages des Îles-de-la-Madeleine.

La situation ne semble pas se résorber et touche l’ensemble du territoire. Trois résidentes ont fait parvenir au Journal des photos d’oiseaux morts à l’île de Havre-Aubert, à Havre-aux-Maisons et à Grosse-Île.

Un oiseau mort à Grosse-Île.

Photo courtoisie, Janet Dube

Un oiseau mort à Grosse-Île.

«C’est comme cela partout. Je suis native des Îles. J’habite devant [la plage] depuis plus de 15 ans, je marche ici tous les jours et c’est la première fois que ça arrive. C’est très triste», a raconté Myriam Vigneau, d’Havre-aux-Maisons.

Pas d’explication  

«Depuis plus d’une semaine, on en dénombre plusieurs centaines sur les plages, morts ou agonisants. On en retrouve aussi le long des routes, même à une station-service. Un observateur du gouvernement estime qu’il y en a plus de 500 qui sont morts. D’autres espèces semblent aussi touchées, tels les cormorans, goélands, alcidés (macareux, guillemots) et canards», affirme Joël Arseneau, député des Îles-de-la-Madeleine pour le Parti Québécois.

Le cadavre d’un cormoran sur la plage du Bassin de l’île du Havre Aubert.

Photo courtoisie, Louise Matte

Le cadavre d’un cormoran sur la plage du Bassin de l’île du Havre Aubert.

Et si la grippe aviaire a immédiatement été soupçonnée, les premiers rapports ne vont pas dans ce sens.

«Le MAPAQ m’a dit aujourd’hui (lundi) que les analyses de premiers spécimens de fous de Bassan ne pointaient pas vers la grippe aviaire. C’est assez intrigant. Mais est-ce qu’on se base sur les oiseaux ramassés aux Îles-de-la-Madeleine ou sur ceux en Gaspésie?», se questionnait M. Arseneau, qui n’a pas encore obtenu toutes les réponses.

Le maire de la municipalité des Îles-de-la-Madeleine, Jonathan Lapierre, a aussi eu cette information.

«On a eu des échanges avec des biologistes que les quelques spécimens acheminés ne présentaient pas de signes de grippe aviaire. Est-ce quelque chose dans l’eau, dans la nature, un changement radical du climat? Il y a plusieurs hypothèses sous analyse», a-t-il révélé.

Craintes  

M. Lapierre s’étonne du nombre de fous de Bassan qui sont morts. «Nous n’avons pas de colonie importante à proximité des Îles. Elles sont plutôt à l’île Brion et aux Rochers-aux-Oiseaux. Et tout à coup on les retrouve ici [morts].»

Joël Arseneau souligne les préoccupations des gens de sa circonscription devant l’ampleur du phénomène.

«La population s’inquiète de la cause de la mortalité d’une part, et parce que le nettoyage n’a pas encore été fait. Les communications [des autorités] ne sont pas claires sur les risques sur les humains», regrette-t-il.

Le député a lu sur internet un message de désinformation selon lequel la grippe aviaire tuait entre 40% et 60% des personnes infectées.

Selon le site quebec.ca du gouvernement québécois, «la grippe aviaire représente un risque faible pour la population, le virus se transmet rarement des oiseaux aux humains. Il n’y a pas de transmission soutenue entre les personnes (...) Les symptômes d’un cas humain de grippe sont généralement semblables à ceux de la grippe saisonnière».

Aux États-Unis, le Centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC) a répertorié un unique cas chez l’humain comparativement à 38 millions d’oiseaux contaminés.

À qui la responsabilité?  

Malgré tout, le mot d’ordre des autorités est de ne pas s’approcher des carcasses.

«La grippe aviaire demeure une maladie à déclaration obligatoire en raison des effets sur les élevages. Et même s’il s’agissait d’une autre cause, il y a quelque chose qui se passe. Il faut faire le nettoyage pour des questions d’hygiène en raison de l’abondance de carcasses», souligne M. Arseneau.

Ce dernier s’inquiète notamment pour l’unique producteur d’œuf de sa circonscription si une contamination se propageait à son élevage.

La présence d’animaux domestiques et sauvages auprès des carcasses préoccupe aussi M. Arseneau qui, jusqu’à aujourd’hui (lundi), tournait en rond afin de faire nettoyer les plages.

«Ni le MAPAQ, le MFFP ou la Communauté maritime des Îles (l’équivalent de la MRC) n’entendent nettoyer les berges. Le ministère de l’Environnement pourrait aussi avoir un rôle à jouer, mais sa seule inspectrice est en arrêt de travail et n’est pas remplacée. Et le Réseau canadien de la santé de la faune n’a aucun répondant aux Îles-de-la-Madeleine», a-t-il d’abord expliqué lundi matin.

 Écoutez l'entrevue de Benoît Dutrizac avec Jonathan Lapierre sur QUB Radio:

Une réponse  

M. Arseneau a appris ensuite que le groupe Urgence-Environnement avait été mandaté pour le nettoyage.

«Je ne sais pas encore quand et comment. Le MAPAQ me l’a appris et le dossier est maintenant du ressort du MFFP», a expliqué le député.

Jonathan Lapierre a lui aussi rappelé les craintes dans la population. Et il s’est dit impuissant à nettoyer les berges dans le contexte actuel.

«La Santé publique demande aux citoyens de ne pas toucher aux oiseaux, on ne peut pas envoyer nos employés à l’aveugle sans savoir comment faire pour les récupérer. On a de la misère à trouver des employés pour ouvrir nos sites et entretenir nos routes. Nous sommes en pénurie de main-d’œuvre. On parle d’une vaste opération, de parcourir 300 km de plage et de ramasser chacun des oiseaux morts. C’est hors de la gestion des matières résiduelles normales», dit-il.

Et la disposition des carcasses et des éléments qui pourraient être contaminés cause aussi des maux de tête au maire.

«On les enterre? J’ai une nappe phréatique dans le sous-sol, il y a un danger de contamination? Nous n’avons pas d’incinérateur, on ne peut pas faire de feu à ciel ouvert. On a besoin de personnes expérimentées pour disposer de ces carcasses», estime M. Lapierre.

Mais l’élu veut d’abord et avant tout connaître la source de ces morts.

«Tous les jours, il y en a de plus en plus. À partir de demain (mardi), on va mettre de la pression sur le gouvernement pour déterminer la cause», a conclu Jonathan Lapierre.

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