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Guerre en Ukraine: quel sort pour les prisonniers de guerre?

Quel sort attend les soldats arrêtés dans le conflit ukrainien? Russes ou Ukrainiens, ces combattants sont protégés par une des conventions de Genève sur les prisonniers de guerre, rappellent les défenseurs des droits de l’Homme et les spécialistes.

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La Russie a toutefois indiqué qu’elle considérait les combattants du régiment Azov, une unité ultranationaliste ukrainienne que le Kremlin qualifie de « néonazie », comme des « terroristes » et qu’elle entendait les juger comme des criminels et non en tant que prisonniers de guerre. 

Quant à l’Ukraine, elle a été épinglée par plusieurs ONG pour violation de la convention de Genève, pour avoir diffusé des vidéos de combattants russes se livrant à un repentir.

Tour d’horizon des questions entourant la problématique des prisonniers de guerre : 

Combien sont-ils?   

Comme dans tout conflit, les données en provenance du terrain sont souvent parcellaires et difficilement vérifiables de manière indépendante. Le nombre de prisonniers de guerre ne fait pas exception. 

Aucun chiffre n’a été fourni à ce stade.

Sur Marioupol, le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou a fait état de « 3 826 prisonniers », dont « 2 439 Ukrainiens faits prisonniers lors de la reddition d’Azovstal » et « 1 387 Marines » faits prisonniers précédemment.

L’ambassadeur à Moscou de la république séparatiste de Lougansk, Rodion Mirochnik a donné jeudi selon l’agence Tass le chiffre de 8 000 Ukrainiens prisonniers pour les deux territoires séparatistes, « et chaque jour des centaines s’y ajoutent ».

Côté Ukrainien, aucun chiffre de prisonniers russes n’a été donné malgré les sollicitations de l’AFP.

Sur Azovstal, le Comité international pour la Croix-Rouge (CICR) a indiqué avoir enregistré des « centaines de prisonniers de guerre ukrainiens ».

Quel statut ?   

Les soldats de l’armée régulière qui tombent « au pouvoir de l’ennemi » sont considérés comme des « prisonniers de guerre » dont le statut est défini par la IIIe convention de Genève de 1949, qui s’applique aussi dans les cas où la guerre n’a pas été officiellement déclarée.

Ce statut concerne « les membres des forces armées ou les miliciens qui font partie de ces forces armées », précise William Schabas, professeur de droit international à l’université Middlesex de Londres. 

Ces prisonniers, poursuit-il, ont des droits et doivent notamment être protégés contre tout acte de violence ou d’intimidation, contre les insultes et la curiosité publique. 

Or, selon les ONG, certains de ces droits ont été bafoués depuis le début du conflit. En mars, Human Rights Watch avait demandé à l’Ukraine de cesser de mettre en scène les prisonniers de guerre russe qui se repentaient devant les médias. 

L’initiative de Kyïv lui avait aussi valu un rappel à l’ordre du Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

HRW a également appelé les autorités ukrainiennes à enquêter sur de potentiels « crimes de guerre » envers les prisonniers russes, après la diffusion d’images semblant montrer des soldats ukrainiens leur tirant dans les jambes.

Plus récemment, Amnesty International s’est ému du sort réservé « aux prisonniers de guerre ukrainiens d’Azovstal », présentés dans les médias russes « de manière déshumanisante » comme des « néonazis ».

Dans ce contexte, le processus d’enregistrement par le CICR joue un rôle clef, souligne Julia Grignon, chercheuse à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (Irsem). « C’est une garantie, ça veut dire qu’ils ne vont pas disparaître parce qu’on peut ensuite demander des comptes ».

Quid des échanges?   

Devenu une pratique courante, l’échange de prisonniers n’est pas régi par le droit international et prend la forme d’un accord de gré à gré.

Depuis le début de l’invasion, plusieurs échanges de militaires et de civils ont déjà eu lieu entre Ukrainiens et Russes, sans être systématiquement confirmés par les deux parties.

La demande, formulée par Kiev, d’échange d’un proche de Vladimir Poutine, l’oligarque Viktor Medvedtchouk, contre des Ukrainiens capturés par la Russie est elle toujours en suspens. Le négociateur russe, Léonid Sloutski, a fait savoir récemment que Moscou allait étudier cette possibilité.

« Il peut y avoir des échanges qui sont proportionnés à l’importance qu’on va donner à certaines personnes. Gilad Shalit, un prisonnier israélien, était tellement emblématique que les Israéliens ont libéré 1 027 Palestiniens pour obtenir sa libération », rappelle Mme Grignon.

Peuvent-ils être jugés?   

« Les prisonniers de guerre ne peuvent pas être jugés pour le simple fait d’avoir pris part au combat », souligne la spécialiste française. « En revanche, des soldats qui auraient commis des crimes pendant les affrontements peuvent faire l’objet de poursuites ».

En Ukraine, le premier soldat russe jugé pour crime de guerre depuis le début de l’offensive a été condamné à la prison à perpétuité lundi à Kiev pour le meurtre d’un civil. 

Côté russe, les autorités ont laissé entendre qu’elles jugeraient les combattants Azov comme des « criminels nazis ». 

« Cela ne serait pas conforme au droit humanitaire, on ne peut pas les labelliser nazis ou terroristes, il faut les poursuivre pour les actes qu’ils seraient soupçonnés d’avoir commis », selon Mme Grignon.

« Il est clair pour tous que les combattants Azov sont des membres des forces armées ukrainiennes, et ils doivent donc être considérés comme des prisonniers de guerre », abonde M. Schabas. 

Quant aux membres de la société privée russe Wagner, avec lesquels Moscou dément tout lien, ils peuvent être considérés comme des prisonniers de guerre s’ils sont capturés en étant incorporés aux forces russes. Dans le cas contraire, ils sont considérés comme des civils prenant part aux hostilités et ne peuvent pas bénéficier de ce statut, soulignent les spécialistes.

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