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Une diplomate catalane exige la vérité sur l'espionnage des indépendantistes

La Catalogne, nation non souveraine d'Espagne, effectue un retour en relations internationales, et chez nous, cela se traduira bien concrètement par l'ouverture, à l'automne, d'une Délégation à Québec et d'une antenne commerciale à Montréal.

«Retour», expliquait hier avec enthousiasme, au bout du fil, Victòria Alsina Burgués, ministre de l’Action extérieure catalane, puisqu'en 2017, le gouvernement central espagnol l'en avait carrément privé!

Madrid «avait alors fermé tout le réseau de délégations que nous avions autour du monde en utilisant l'article 155 de la constitution espagnol, article qui suspend temporairement l'autonomie d'une région», explique celle qui a terminé vendredi une mission de quelques jours au Québec.

C'est évidemment l'organisation du référendum sur l'indépendance de la Catalogne, le 1er octobre 2017, qui avait suscité l'ire du gouvernement espagnol, et son invocation de 155, une première depuis l'introduction de cet article dans la loi fondamentale en 1978.

Aux yeux du gouvernement central, cette consultation (le « oui » l'avait emporté à 90 %; la participation n'avait été que de 42,4%) était illégale, sans effet puisqu'elle portait «gravement atteinte à l’intérêt général de l’Espagne». Le parlement catalan fut dissous.

L'effet de 155 tomba après la tenue d'élections législatives dans les années subséquentes. D'où le «retour» de la Catalogne sur la scène mondiale.

Langue distinctive, désir d'autonomie: les parallèles entre la Catalogne et le Québec sont légion. Sans avoir été interdit de relations internationales, le Québec a peiné à en développer depuis 1960. Un des livres racontant les tentatives du Québec en ces matières s'intitule L'Art de l'impossible (par Claude Morin, 1987).

Espionnage

Autre fascinant parallèle récent: l'espionnage, par les services secrets de l'État central, des militants et politiciens indépendantistes.

En 1973, la GRC mène «l'opération Ham»: elle vole la liste des membres du Parti québécois. Plusieurs personnages clés du mouvement seront mis sur écoute. Peu de temps après son arrivée au pouvoir, le gouvernement Lévesque lancera la Commission Keable sur des opérations policières en territoire québécois. Le fédéral lui mit des bâtons dans les roues; répliquera avec sa propre enquête, la Commission Macdonald.

Non sans paradoxe, c'est à Toronto, le 18 avril dernier, que fut dévoilé le «Catalangate», scandale qui n'est pas sans résonance avec certaines opérations de la GRC à l'endroit des «séparatistes», jadis. C'est le Citizen Lab de l’Université de Toronto qui a révélé l'espionnage, à l'aide du logiciel israélien Pegasus, des téléphones de quelque 65 militants et personnages politiques catalans.

«Ils ont espionné les quatre derniers présidents catalans, y compris celui qui est en fonction actuellement!», s'indigne la diplomate.

Le «plus grave» selon elle: les avocats des prisonniers politiques catalans ont été «infectés» par Pegasus, au moment où ils préparaient la défense des accusés, lesquels avaient été arrêtés après le référendum. C'est, s'indigne-t-elle, «une violation claire non seulement des droits politiques, mais de droits civiques fondamentaux!»

Dans tous les pays civilisés, insiste-t-elle, le secret des rapports entre l'avocat et son client est sacré. Elle tient donc à dénoncer ces violations «sur la scène internationale». Notamment en demandant au Parlement européen de se pencher sur l’utilisation des logiciels espions dans l’Union.

De plus, le parlement catalan lancera sa propre commission d'enquête sur cette affaire. Sur quelque 65 cas d'espionnage des indépendantistes, Madrid en a reconnu une vingtaine, affirme la diplomate. Mais le gouvernement central «soutient que c’était légal».

Au dire d'Alsina Burgués, les Catalans exigent que le gouvernement espagnol enquête à son tour sur cette affaire. C'est même une condition sine qua non pour toute reprise de pourparlers sur l'avenir de la Catalogne entre la Région et Madrid.

«Vous pouvez imaginer que le niveau de confiance, à l'endroit d’un gouvernement qui vous espionne, alors que vous négociez avec lui, est plutôt bas!»

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