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Loi sur la laïcité de l’État: la Fédération autonome de l’enseignement devrait revoir sa position

Joël Lemay / Agence QMI

La Fédération autonome de l’enseignement (FAE) tiendra son congrès 2022 à la fin juin. Ce sera sans doute l’occasion de revenir sur son intervention juridique contre la Loi sur la laïcité de l’État (Loi 21), telle que dénoncée par plusieurs de ses membres. 

Voici, pour alimenter le débat, un bref rappel des éléments soulevés lors de la contestation de la Loi 21 à la Cour supérieure quant à l’importance de la laïcité de l’État dans nos écoles.

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Pour le projet éducatif de l’école publique 

L’apprentissage des connaissances universelles et scientifiques, de même que le développement d’un esprit critique et rationnel, voilà le fondement du projet pédagogique québécois. Le mandat des enseignantes et des enseignants est clair, c’est ce type d’apprentissage qu’elles et qu’ils doivent transmettre pour former les citoyens de demain, capables de trouver des solutions aux défis qui nous entourent, tels les changements climatiques ou les pandémies. C’est donc dans ce contexte très précis qu’un devoir de réserve s’impose concernant l’affichage des opinions politiques et des choix idéologiques du corps professoral. C’est aussi pour cette raison que les écoles publiques ont été déconfessionnalisées, que les crucifix ont été retirés des salles de classe, et qu’on a interdit la publicité dans les écoles et les manuels scolaires.

Pour Jacques Beauchemin, spécialiste en sociologie du Québec et en éthique sociale venu témoigner à la Cour supérieure, «l’ostentation d’un signe religieux dévoie la mission de l’école publique québécoise qui est de créer un espace neutre, à l’abri des tensions idéologiques et théologiques». En défendant l’affichage de signes religieux pour les enseignantes et enseignants, la FAE semble faire peu de cas de l’éthique professionnelle du milieu scolaire et être en contradiction avec le projet éducatif de l’école publique devenue laïque. 

L’intérêt de l’enfant 

Des parents, dont plusieurs de culture musulmane, sont venus témoigner à la Cour supérieure pour dire que la conception de la femme et des rapports homme-femme véhiculés par certains signes religieux les heurte profondément et influence ainsi leur relation enseignante/enseignant-parent-enfant. Selon Georges-Auguste Legault, spécialiste en éthique professionnelle, « puisque la relation de confiance entre l’enseignante ou l’enseignant et les élèves et les parents est une condition sine qua non de la maximisation de la qualité de la relation éducative, le port d’un signe religieux peut provoquer un bris de confiance. »

Lorsqu’ils entrent en conflit avec les valeurs personnelles des parents, les signes religieux portés par les enseignants peuvent nuire à l’intérêt de l’enfant. 

Écoutez l'entrevue de Richard Martineau avec Marie-Claude Girard, retraitée de la Commission Canadienne des Droits de la personne, sur QUB radio :   

Pour la liberté de conscience 

La liberté de conscience, c’est avant tout le choix de croire ou de ne pas croire, c’est le droit de toute personne d’adopter les valeurs, principes, opinions, religions ou croyances qui lui conviennent pour conduire son existence. Il s’agit d’une « protection qui empêche de s’immiscer » dans l’intelligence et l’esprit d’une personne, y compris une protection contre l’imposition officielle de l’uniformité ou de l’orthodoxie.

Or, des parents sont venus témoigner en Cour supérieure pour faire valoir que le port du voile par l’enseignante de leur enfant portait atteinte à leur liberté de conscience et à leur droit d’éduquer leurs enfants selon leurs propres convictions. Pour eux, les croyances religieuses véhiculées par les signes religieux portés par ces enseignantes ne correspondent pas à leurs convictions et ils y sont réfractaires sachant que leurs enfants fréquentent l’école publique dix mois par année. Ils sont devant le dilemme moral d’expliquer à leurs enfants pourquoi ils ne veulent pas qu’ils adhèrent aux croyances religieuses de leurs enseignantes avec le risque de porter atteinte à leur lien d’autorité. Ils doivent parfois renoncer à leur droit d’assurer l’éducation morale ou religieuse de leurs enfants pour éviter de nuire à la relation de confiance ou de modèle que leurs enfants ont développée avec l’enseignante. Ce dilemme moral et l’influence indue de l’enseignante dans l’éducation de leurs enfants constituent, pour eux, des atteintes à leur liberté de conscience.

La position de la FAE 

Lorsque les enseignantes et les enseignants réclament le droit de porter des signes religieux à l’école publique, elles et ils réclament de pouvoir transmettre des valeurs et des messages spécifiques, sans égard aux objectifs pédagogiques de l’école, au choix démocratique de la société québécoise, au fait qu’elles et ils sont les représentants de l’État et pire encore, au respect de la liberté de conscience des citoyens desservis. Lorsqu’il s’agit de valeurs religieuses, cela s’appelle du prosélytisme. C’est, en quelque sorte, la position que défend la FAE, lorsqu’elle prône la liberté d’expression religieuse absolue pour ses membres dans son opposition à la Loi 21.

Espérons, pour l’intérêt de nos enfants et notre avenir collectif, que la FAE profite de son congrès 2022 pour consulter, à la lumière des éléments déposés à la Cour, l’ensemble de ses membres à l’égard de son implication juridique concernant la Loi 21.

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