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Gustavo Petro élu premier président de gauche de l'histoire de la Colombie

C’est un vote historique: l’opposant Gustavo Petro est devenu dimanche le premier président de gauche de l’histoire de la Colombie, avec l’ambition de «changer» un pays en crise et qui n’a jamais connu une telle alternance. 

M. Petro, 62 ans, a recueilli 50,45 % des voix, contre 47,30 % à son concurrent l’homme d’affaires Rodolfo Hernandez, selon les résultats officiels du second tour de la présidentielle dimanche, portant sur 99,95 % des bulletins dépouillés.

Avec 11,2 millions de voix en sa faveur, le sénateur devance de près de 700 000 voix l’homme d’affaires (10,5 millions), qualifié surprise du premier tour le 29 mai dernier qui avait supplanté le candidat de droite. La participation s’élève à 58 %, la plus haute depuis le début du siècle.

«Changement inéluctable» 

«Aujourd’hui est un jour de fête pour le peuple. Laissez-le célébrer la première victoire populaire», a célébré sur Twitter le sénateur de 62 ans, ex-guérillero et ancien maire de Bogota. 

«Que tant de souffrances soient guéries par la joie qui inonde aujourd’hui le cœur de la patrie», a encore lancé M. Petro.

«J’accepte le résultat tel qu’il est», a déclaré dans la foulée M. Hernandez, dans un bref live sur Facebook depuis son domicile.

«Je souhaite au Dr Gustavo Petro qu’il sache comment diriger le pays et qu’il soit fidèle à son discours contre la corruption», a-t-il conclu, le visage défait.

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Le président conservateur sortant Ivan Duque a indiqué sur Twitter avoir appelé le vainqueur «pour le féliciter», convenant de le» rencontrer dans les prochains jours pour entamer une transition harmonieuse, institutionnelle et transparente».

Avec la victoire de M. Petro, une Afrodescendante devient pour la première fois vice-président du pays: la charismatique Francia Marquez, 40 ans, modeste villageoise devenue activiste écologiste, et qui a joué un grand rôle dans la campagne comme colistière du candidat.

L’annonce de ces résultats a provoqué la liesse dans la grande salle de spectacles du centre de Bogota où l’équipe de campagne de M. Petro a organisé, en musique et en spectacles, sa soirée électorale, scandant sur grand écran les slogans de campagne: «Avec Petro le changement est inéluctable», ou encore «C’est toute la Colombie qui gagne».

«Nous allons enfin avoir le changement», se félicitait sur place Lusimar Asprilla, 25 ans. «C’est le changement auquel tout le peuple colombien aspire depuis plus de cent ans», exultait Edgar Sarmiento, retraité de 72 ans.

Nombreux défis 

Cette élection présidentielle marque la déroute des élites conservatrices et libérales au pouvoir depuis deux siècles dans la quatrième puissance économique d’Amérique latine.

Les deux qualifiés du premier tour étaient arrivés en tête avec un discours de rupture et «anti-establishment», M. Petro (40 %) portant un discours «progressiste» et social en faveur de l"a vie», tandis que M. Hernandez (28 %) promettait d’en finir avec la corruption, un mal endémique du pays.

La lutte a été particulièrement âpre entre les deux hommes, avec une campagne faite d’accusations en tous genres, de désinformation et innombrables coups bas. Les derniers sondages publiés il y a une semaine donnaient les deux hommes à quasi-égalité.

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Comme lors du premier tour, aucun incident majeur n’est venu perturber ce second tour, surveillé par une cohorte d’observateurs et missions internationales.

L’Union européenne (UE), qui avait une mission sur place, a félicité M. Petro et sa colistière pour leur victoire et cette «alternance qui fait partie de la démocratie», selon son ambassadeur Gilles Bertrand.

L’hypothèse d’un résultat trop serré a inquiété ces derniers jours, alors que le camp Petro avait exprimé des doutes sur la fiabilité du processus électoral, et du logiciel de comptage en particulier.

Cette élection se déroulait dans un contexte de crise profonde dans le pays, après la pandémie, une sévère récession, des manifestations antigouvernementales durement réprimées, et une aggravation de la violence des groupes armés dans les campagnes.

C’est la troisième fois que M. Petro se présentait à une présidentielle, la dernière en 2018.

Après avoir écumé le pays avec une centaine de réunions avant le premier tour, il a tenté ces trois dernières semaines de se montrer plus proche des Colombiens ordinaires, soucieux de corriger son image d’homme de trop de discours, trop autoritaire ou aux tendances messianiques selon ses adversaires.

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«J’ai consacré ma carrière au combat pour la justice sociale, contre les inégalités et la corruption», rappelait encore ces derniers jours ce père de six enfants, promettant de «gouverner par l’amour et non par la haine» pour réformer un «système dirigé depuis tant d’années par les mêmes personnes».

M. Petro s’est engagé à renforcer l’État, à réformer le système des retraites et l’impôt pour faire payer les plus riches. Sa première mesure sera de suspendre l’exploration pétrolière et d’entamer au plus vite la transition énergétique.

«Une partie significative du pays», effrayée notamment par son passé d’extrême gauche, «ne voulait pas de Petro comme président», souligne cependant Sergio Guzman, consultant Colombia Risk Analysis.

Il aura également fort à faire pour gouverner avec un Parlement divisé, où sa coalition du Pacte historique est certes la première force, mais qui reste une habituelle place forte des conservateurs et des libéraux.

Il devra aussi surmonter les réticences au sein de l’armée, dont il devient le chef suprême, faire face à la pression inflationniste et à des institutions faibles et politisées, selon ce même analyste.

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