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Le courage de tenir bon

Louise Harel

Courtoisie

L’usage de la langue française est une remarquable épopée qui met en scène le courage, l’audace, la détermination de générations successives de Québécois, depuis le Traité de Paris en 1763 jusqu’à aujourd’hui. Leurs luttes incessantes, à toutes les époques de notre Histoire, ont enraciné la langue française comme fondement de l’identité nationale et de la culture québécoise.

Je voudrais vous présenter un modeste épisode de cette résistance tenace qui concerne mon père alors que j’étais enfant. C’est là un exemple parmi tant d’autres du courage d’un nombre innombrable de citoyens et citoyennes. 

Nous étions à la fin des années cinquante, des dizaines de familles d’origine portugaise s’étaient installées à Sainte-Thérèse de Blainville où nous habitions pour y travailler dans de nombreuses usines de meubles. Mon père, alors élu commissaire scolaire, avait convaincu ses collègues de refuser la demande de la communauté portugaise de payer le transport, par autobus scolaire, de leurs enfants vers l’école anglaise de Rosemère, ville voisine à prédominance anglophone, pour les angliciser. 

Une manifestation a eu lieu pour amener mon père à changer d’idée. Ils étaient plus d’une cinquantaine d’hommes devant notre maison, dans notre calme village. 

Cela m’apparaissait remplir notre rue au complet, mon horizon étant celui d’une enfant de neuf ans. Sur le balcon où ma mère se trouvait, solidaire, bien droite aux côtés de mon père, se jouait la question de l’intégration linguistique des enfants des nouveaux arrivants portugais. En l’absence d’une loi 101, qui sera adoptée 20 ans plus tard (1977), la francisation reposait sur l’engagement de citoyens courageux. 

Jusqu’à ce jour, j’ai toujours ressenti beaucoup d’admiration pour la détermination de mon père. Il n’était pas question, disait-il, que l’argent de la collectivité francophone serve à angliciser des enfants de l’immigration. C’était une question de respect de soi-même. Il tint bon! 

Cela dit, mes parents étaient très accueillants et ouverts à la diversité, y compris à l’égard des conjoints d’origines diverses de leurs propres enfants. D’ailleurs, ils sont devenus par la suite proches amis de familles portugaises thérésiennes, en particulier avec nos voisins portugais avec lesquels ils sont restés en contact jusqu’à la fin de leur vie.

Imaginez mon émoi, 40 ans plus tard, lorsqu’à l’occasion d’une réception donnée en l’honneur du bicentenaire de la bibliothèque de l’Assemblée nationale, alors présidente de l’Assemblée, j’eus l’occasion de rencontrer un de nos voisins, d’origine portugaise, devenu historien, archiviste et professeur d’université. 

J’ai pensé que l’environnement francophone de ses études, durant sa prime jeunesse, a certainement été pour quelque chose dans son intégration sociale et son orientation professionnelle. 

J’ai ressenti le grand regret de ne pouvoir raconter cela à mon papa décédé pour qu’il se réjouisse d’avoir eu le courage de tenir bon. Je nous souhaite, à l’égard des nouveaux défis qui se présentent à la société québécoise, notamment l’enseignement collégial en français, le même courage, la même détermination, la même audace en respect pour nous-mêmes ! 

Louise Harel

Courtoisie

Louise Harel
présidente du Comité de valorisation de la langue française à Montréal

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