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Il ne faut pas craindre d’apprendre une seconde langue

L’Office québécois de la langue française (OQLF) publiait récemment les résultats du Portrait du revenu d’emploi au Québec, selon les langues utilisées au travail. Cette étude conclut que le salaire annuel moyen des Québécois qui maîtrisent les 2 langues officielles est de 51 294 $, soit 5000 $ de plus que le revenu des unilingues. Pourtant, selon Statistique Canada, seulement 36 % des Québécois francophones se disent bilingues. Pourquoi si peu?  

Je ne vois qu’une chose: la peur injustifiée comme quoi l’apprentissage de l’anglais se ferait au détriment de notre français. 

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La croyance populaire, au Québec, veut que le fait d’apprendre une langue seconde, nuise à la langue maternelle et entraine sa dégradation, voire sa disparition. Or, scientifiquement, il n’en est rien. Non seulement apprendre adéquatement une langue seconde est une force, mais cela permet également de solidifier les bases de notre langue maternelle. 

Étude 

Pour preuve: une récente étude de l’Université de Sherbrooke, réalisée sur 300 élèves ayant intégré des classes d’anglais intensif, a démontré que l’anglais n’a pas d’effets négatifs sur l’apprentissage du français, même chez les élèves les plus faibles. Les neurosciences cognitives nous enseignent en effet que le langage est non seulement un outil, mais l’OUTIL fondamental de développement et d’organisation du cerveau. 

Il n’y a donc aucune contre-indication à apprendre l’anglais, à fortiori si celui-ci peut nous permettre d’avoir accès à des emplois mieux rémunérés. La vraie question n’est donc pas devrait-on apprendre une seconde langue, mais bien de quelle façon devrait-on l’apprendre afin de bien la maîtriser, et de respecter notre langue maternelle. La maîtrise d’une langue n’a rien de simple, et j’en tiens pour preuve les 53 % de Québécois francophones analphabètes fonctionnels. 

Il y a près de 20 ans, j’ai constaté que la plupart des gens voulant apprendre une langue seconde réfèrent constamment à leur langue maternelle, ce qui entraine toujours le même scénario: la motivation des débuts est remplacée par un plateau où l’on ne progresse plus, souvent justifié par le manque de pratique de la langue seconde au quotidien. 

Stimuler le cerveau différemment

Effectivement, les recherches neuroscientifiques compilent des données sur le bilinguisme depuis de nombreuses années, et démontrent que pour un apprentissage pertinent, il importe de stimuler le cerveau différemment afin d’assurer aux étudiants des résultats permanents. 

En tant que professeure de langues, j’enseigne donc comment harnacher quotidiennement quelques-unes des centaines de milliers de neurones qui sont produites naturellement dans le cerveau, et j’y parviens en portant une attention aux émotions et à la vie personnelle des étudiants. Ces derniers apprennent à bloquer les idées francophones qui s’imposent systématiquement, afin de permettre au cerveau par défaut de créer de nouvelles routines, en anglais. 

Une deuxième boîte langagière© se forme ainsi et soutient les apprentissages sur des nouvelles connexions neurologiques indépendantes. Grâce à la neuroplasticité du cerveau, les étudiants comprennent et expérimentent en pleine conscience, ce qu’ils n’ont jamais vécu auparavant dans une classe. 

De 93 % à 95 % de mes étudiants arrivent à maîtriser l’anglais en 152 heures contre plus de 644 heures lors d’un parcours scolaire. Cette méthode ne se prête pas qu’à l’apprentissage d’une langue seconde à l’âge adulte, mais peut être utilisée dans nos écoles, où le taux de décrochage est alarmant et principalement dû aux grandes difficultés en français. 

À la veille d’une campagne électorale, nous ne pouvons qu’espérer que le prochain gouvernement verra enfin l’importance de rendre nos enfants compétents tout en protégeant notre langue. 

Photo courtoisie

Susan Doyle, Présidente Académie Doyle Québec

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