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Il y a 10 ans déjà

Quand Le Journal m’a demandé de vous décrire ce que j’ai ressenti le 4 septembre 2012 au moment où j’ai été élue, le jour où une première femme est devenue première ministre du Québec, une foule de souvenirs m’est venue à l’esprit.  

Ce jour-là, j’étais optimiste. Le Québec, en 2012, rappelons-nous, avait grand besoin d’actions et d’empathie. Nous avions vécu une commission sur le processus de nomination des juges, une autre sur l’industrie de la construction, un conflit invraisemblable avec les étudiants, une crise éthique dans plusieurs dossiers. J’ai eu moi-même mon lot d’attaques, mais cela m’a rendue plus forte et quelques mois avant les élections, le Parti Québécois s’était remobilisé. 

Confiante d’être élue, j’espérais un mandat majoritaire pour que nous puissions rétablir la paix sociale et mettre en œuvre les politiques dont le Québec avait désespérément besoin. Quand je me suis présentée au Métropolis, j’étais fière de savoir que nous pourrions écrire un nouveau chapitre dans l’histoire du Québec, même si nous dirigions un gouvernement minoritaire. 

Attentat politique

Au moment où je faisais mon discours, un déséquilibré radicalisé commettait un attentat politique qui a fait un mort, un blessé grave et beaucoup de personnes traumatisées. On me visait, on voulait décimer le mouvement souverainiste. J’ai refusé de reconnaître le caractère raciste de cet attentat. 

Accéder au pouvoir dans une situation de crise et d’urgence impose ses exigences. Il fallait préparer la formation du nouveau gouvernement, ressouder le tissu social brisé et redonner confiance dans l’intégrité de nos institutions. 

L’automne 2012 a été consacré à préparer un sommet sur l’enseignement supérieur et à présenter au Parlement des lois pour renforcer la démocratie et assurer une plus grande intégrité dans la gestion des finances publiques. Il fallait aussi d’urgence mettre fin à notre aventure dans l’énergie nucléaire et l’exploitation de l’amiante. 

Par la suite, dans un effort constant pour trouver le délicat équilibre entre les droits individuels et la recherche du bien commun, nous avons lancé les débats sur la laïcité et la protection du français. 

Partisanerie

Même si j’espérais avoir un appui ponctuel des Libéraux ou des Caquistes, je savais que des raisons partisanes freineraient l’élan que nous voulions donner au Québec. L’année 2013 nous a permis de faire adopter des lois importantes pour le renforcement de nos institutions démocratiques, de gérer la crise terrible lors de l’explosion tragique d’un long convoi ferroviaire au cœur de Lac-Mégantic et, surtout, de préparer un ensemble de politiques avant-gardistes pour le Québec. 

Nos orientations étaient claires. Avec l’appui d’une fonction publique dévouée et d’une équipe compétente, nous avons lancé un ambitieux programme d’électrification des transports, une politique de recherche et d’innovation, une autre de développement économique et de commerce extérieur, une politique de soutien aux arts et à la culture. Durant ces mois fébriles, nous avons aussi conçu une véritable assurance-autonomie pour les personnes âgées, renforcé nos relations avec les communautés autochtones. Tout cela visait un objectif: mettre en place de nouvelles assises pour permettre au Québec de reprendre la route du progrès. 

Durant ce court mandat nous avons fait du bon boulot. Malgré l’échec électoral de 2014, je constate que les bonnes idées ne meurent jamais et qu’encore aujourd’hui notre travail demeure une source d’inspiration. 

J’ai été très fière de servir le Québec au cours des quarante dernières années, comme députée, ministre et première ministre. Comme militante, je continuerai, tant que je le pourrai, à m’engager pour que le Québec conquiert sa souveraineté et affirme fièrement au monde ses valeurs d’ouverture, de solidarité et de liberté. 

Pauline Marois, première ministre du Québec entre 2012 et 2014

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