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Crise en santé mentale: la pointe de l’iceberg?

Le décès tragique de la jeune Amélie Champagne ramène la santé mentale au premier plan de cette campagne électorale. Amélie et sa famille sont malheureusement loin de faire figure d’exception en matière d’accès à des services en santé mentale.  

Il est souvent rapporté que 21 000 personnes sont sur la liste d’attente du réseau public de la santé. Or, ce n’est que la pointe de l’iceberg. Saviez-vous que chaque mois, l’Ordre des psychologues reçoit environ 24 000 demandes sur son site Web pour trouver de l’aide d'un psychologue en bureau privé?

Imaginez le Centre Bell rempli de personnes, chaque mois, à la recherche d’aide psychologique. Comme anticipé, la pandémie a exacerbé les problèmes de santé mentale et la détresse psychologique. Cette crise en santé mentale est réelle et sans précédent.

Souffrir en silence

Quand les gens sont aux prises avec des troubles mentaux, ils souffrent en silence et leur entourage aussi. Parents, amis, collègues et proches sont aussi souvent rongés par l’inquiétude, voire le désespoir, et tentent d’aider à trouver des services tout en poursuivant, tant bien que mal, leurs activités habituelles. Parce qu’il faut bien le dire, les personnes qui vivent une détresse n’ont pas l’énergie de manifester, de prendre la parole, de se lever, de faire du bruit pour se faire entendre et réclamer un meilleur accès aux services. Et lorsqu’une personne est placée sur une liste d’attente, que ce soit au public ou au privé, son problème de santé mentale risque de s’aggraver et de se complexifier, ce qui entraîne souvent des conséquences malheureuses, multiples et parfois dramatiques dans sa vie personnelle, familiale, sociale et professionnelle.

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La détresse psychologique ne saigne pas, mais elle peut faire terriblement mal. Sous-estimer la crise de santé mentale actuellement coûte très cher à notre société à tous égards. Qui plus est, dans un contexte inédit de pénurie de main-d’œuvre, sachant que l’absentéisme au travail en raison des troubles mentaux est au premier rang des invalidités, il est urgent de faire plus.

Un coup de barre nécessaire

C’est un solide coup de barre qu’il faut donner à la santé mentale au Québec. Le Plan d’action en santé mentale annoncé en janvier dernier, avec peu de nouvel argent investi, est insuffisant. Il faut mettre des énergies comme celles que déploie le gouvernement lors de grandes catastrophes. 

Les problèmes sont complexes, j’en conviens. Il faut agir sur plusieurs fronts, j’en conviens. La première ligne doit être regarnie. L’accès et la continuité des soins doivent être repensés. Des programmes de prévention et d’éducation psychologique, de l’école primaire à l’université, et en milieu de travail, doivent s’implanter. L’organisation du travail des professionnels en santé mentale doit être revue pour leur permettre de répondre pleinement aux besoins de la population.

L’accès «au bon soin, au bon professionnel, au bon moment» doit cesser d’être une vue de l’esprit et devenir une réalité. Tous les professionnels de la santé mentale doivent faire partie de la solution en fonction de leurs compétences respectives. Les conditions de travail des psychologues doivent être améliorées et leur autonomie professionnelle, respectée.  

Je suis très sérieusement inquiète de la santé psychologique de la population et je suis convaincue que des solutions existent pour améliorer la situation. Plus que jamais, il faut sortir des sentiers battus. J’espère vivement que le prochain gouvernement fera de la santé mentale une réelle priorité au-delà de son discours et dans des actions réfléchies.

P.S. Le premier ministre François Legault a déclaré hier au micro de Paul Arcand qu’au Québec, pour former un psychologue, il faut 3 ans, soit un baccalauréat de premier cycle universitaire. Une importante rectification s’impose. Depuis 2006, pour obtenir un permis de psychologue au Québec, il faut détenir un diplôme de doctorat en psychologie. Chaque psychologue réalise 8 à 9 ans d’études universitaires en psychologie. Sa formation lui permet de devenir un expert de la santé mentale, du comportement et de la régulation des émotions.

Christine Grou psychologue

Courtoisie

 

Dre Christine Grou, psychologue, présidente de l’Ordre des psychologues du Québec

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