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En Allemagne, des épiceries refusent de vendre des produits trop chers

Trouver sa marque préférée de céréales ou de thé dans les supermarchés allemands n'a plus rien d'évident: face aux augmentations de tarifs imposées par des multinationales de l'agroalimentaire, certains distributeurs préfèrent laisser les rayons vides.

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«Chers clients, nous sommes désolés de vous informer que vous ne trouverez pas les produits de notre fournisseur». Il est de plus en plus fréquent de tomber sur ce type d'affiches en faisant ses courses en Allemagne.

En cause: le refus de certaines enseignes de payer plus cher certains produits de grands groupes agroalimentaires, exigeant parfois jusqu'à un tiers de hausse.

Les supermarchés se posent en défenseurs du pouvoir d'achat, les multinationales plaident l'envolée des coûts de fabrication, notamment l'énergie.

300 produits Mars

Le bras de fer qui oppose le géant de l'agroalimentaire Mars aux supermarchés REWE et Edeka, les deux plus importantes chaînes allemandes, est emblématique.

Les deux enseignes ont renoncé à 300 produits du groupe américain, fabricant de célèbres barres chocolatées, des confiseries Twix ou M&M's mais aussi des céréales Ebly, de la nourriture pour animaux Whiskas ou Royal Canin.

AFP

«De nombreuses marques internationales tentent de profiter de l'inflation pour demander des prix excessifs afin d'augmenter leurs profits», assure à l'AFP un porte-parole d'Edeka, selon qui la demande de Mars n'est «pas justifiée».

Mars, dans une déclaration à l'AFP, invoque le «contexte volatile, sous pression inflationniste».

«Le retrait d'articles n'est pas nouveau, cela se passe chaque année, mais cette fois-ci cela passe un peu moins inaperçu, car Edeka et REWE sont touchés en même temps», déclare à l'AFP, Thomas Roeb, chercheur en économie à l'université de Bonn-Rhein-Sieg (ouest).

Dans les rayons des magasins berlinois de Edeka, les paquets d'aliments pour animaux, un secteur dominé par Mars, se font rares.

Dans un magasin de son rival, l'offre du rayon riz a été divisé par deux, pour les mêmes raisons.

Café et thé Jacod et Kelloggs

Si l'absence du groupe américain est spectaculaire, elle est loin d'être la seule.

Dans certaines enseignes, les produits du spécialiste de café et thé Jacobs Douwe Egberts ont disparu. Des produits de Danone ont été retirés des rayons chez Aldi et Lidl.

REWE ne reçoit plus de céréales Kellogg's, car l'entreprise a refusé une hausse de 30% demandée par le groupe américain, selon la presse allemande.

Une bataille juridique a même éclaté entre le géant des boissons Coca-Cola et Edeka, qui a demandé à la justice allemande de forcer les livraisons.

En vain: fin septembre, le tribunal régional de Hambourg a donné raison à Coca-Cola, dont les produits quittent progressivement les rayons du groupe allemand. Un appel est attendu.

«Des produits d'alimentation, de boissons ou même d'hygiène manquent», confirme Leana Kring, 24 ans, croisée devant un supermarché près de la Karl Marx Allee, une allée emblématique de Berlin.

Inflation historique

Ces retraits interviennent dans un contexte déjà tendu en Allemagne: l'inflation atteint des sommets historiques, avec une hausse de 10% en septembre, en raison de l'explosion des coûts de l'énergie.

Au-delà de la défense affichée du consommateur, cette crise est l'occasion, pour les supermarchés, de promouvoir leurs propres produits de marque distributeur.

Les marges que gagnent les supermarchés sur ces produits, moins chers, sont beaucoup plus importantes.

«Des prix astronomiques de Mars? Alors, achetez Netto», a récemment mis en avant, dans un post Instagram l'enseigne à bas coûts Netto Market Discount, filiale de Edeka.

Dans le supermarché REWE de la gare de Friedrichstrasse, en plein coeur de Berlin, on voit déjà que les céréales «Ja», la marque du groupe, ont remplacé les fameuses Kellogg's.

Les produits de marques distributeurs sont de plus en plus plébiscités par les Allemands, qui cherchent, tous azimuts, à faire des économies.

«C'est moins cher, et cela a le même goût», déclare à l'AFP Mirjam Branz, berlinoise de 30 ans, à la sortie de ses courses.

La part de ces marques dans le chiffre d'affaires du secteur a ainsi grimpé de 1,2 point sur un an au premier trimestre 2022, selon l'institut GFK.

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