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«The Crown» n’est pas une attaque contre la monarchie

Photo courtoisie, Netflix

C’était la pire année du règne de la reine Elizabeth II. C’était l’annus horribilis. Et pour cause! Ses deux fils, Charles et Andrew, se sont séparés de leur femme. Sa fille Anne a divorcé de son mari après plus de dix-huit ans de mariage. Et avant que l’année s’achève, une partie importante du château de Windsor est dévastée dans un violent incendie.  

Si l’année 1992 reste gravée dans la mémoire des Britanniques, c’est parce que c’est l’année où l’implosion du mariage du prince Charles et de la princesse Diana a éclaté au grand jour en raison des révélations publiées dans une biographie basée sur les confidences que la princesse elle-même avait fournies. 

C’est avec cette douloureuse histoire que Netflix ouvre la 5e saison de The Crown. Après les extraordinaires manifestations d’admiration et de reconnaissance pour feu la reine en octobre, beaucoup de téléspectateurs seront étonnés d’apprendre qu’il y a trente ans la popularité de la reine était tombée au plus bas, et ce, avant la mort de Diana en 1997. Plus de la moitié des Britanniques la percevaient comme vieille et déconnectée et voulaient la voir abdiquer en faveur de Charles.  

Nombreuses critiques 

Netflix a essuyé des critiques acerbes depuis les premières saisons de sa série à succès. On fustigeait l’inexactitude de certains événements historiques et le recours à la fiction à des fins dramatiques. Le créateur de la série Peter Morgan a beau protester qu’il a cherché à produire une série dramatique et non pas un documentaire, la 5e saison faisait l’objet de nouvelles critiques alors qu’elle n’avait pas encore été diffusée.  

La critique la plus virulente a été formulée par l’ancien premier ministre John Major. Dans le premier épisode, on assiste à une scène entre Charles et le premier ministre où il est question de l’éventuelle abdication de la reine. Car Charles ne veut pas attendre une éternité comme Édouard VII pour devenir roi. Si le mot « abdication » n’est pas prononcé, on comprend bien là où le prince voulait en venir. 

« Un tonneau d’absurdités », fulminait sir John Major dans un journal anglais. On comprend sa colère, mais est-elle justifiée? La suggestion qu’il aurait divulgué ses échanges confidentiels avec le futur roi en collaborant avec Netflix porterait une atteinte à sa réputation, certes. Mais la série The Crown est décrite par Netflix comme une œuvre dramatique de fiction.  

Comme tous les anciens premiers ministres, John Major est un personnage historique qui peut être transformé en un personnage fictif par des écrivains de fictions historiques. Tout écrivain jouit de la liberté artistique, même quand les libertés qu’il prend avec la réalité historique choquent certains lecteurs.  

Peut-on dire, comme écrivent certains critiques, que la série a été conçue comme une attaque idéologique contre la monarchie, qu’elle défend des positions ouvertement républicaines dans le but d’embarrasser la famille royale? Une telle analyse ne tient pas la route. 

Une série divertissante 

Rappeler dans une œuvre de fiction les pires années de la monarchie depuis l’abdication d’Édouard VIII en 1936 ne peut nuire à l’institution qui existe aujourd’hui. À son décès, la reine Elizabeth II a légué à son fils une monarchie qui jouit d’une solide assise populaire chez les Britanniques. Même le roi Charles, avec Camilla, bénéficie d’un regain de soutien.  

Si certains pays du Commonwealth décident bientôt de devenir des républiques, la faute n’incombera pas à Netflix. The Crown est une série divertissante. Ce n’est certainement pas une machine de guerre pour faire du Royaume-Uni une république. 

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Photo courtoisie

James Jackson, Historien, spécialiste de la monarchie

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