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Réforme en santé mentale: « Un risque fort » d'échapper des patients

L'implantation graduelle au Québec d'un important programme en santé mentale sur lequel mise le gouvernement Legault pour réduire les listes d'attente suscite de profondes inquiétudes chez des centaines de professionnels de la santé. 

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Un sondage interne mené par l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) auprès de plus de 700 membres répartis dans plusieurs régions de la province, dont TVA Nouvelles a pu consulter les résultats, indique que 74 % des psychologues représentés par le syndicat sont d'avis que le Programme québécois pour les troubles mentaux (PQPTM) offre une «diminution de la qualité des soins offerte aux patients».

Ce programme repose sur un modèle de soins par étapes, des autosoins à la psychothérapie. Depuis l'automne 2020, tous les établissements publics de santé et de services sociaux au Québec l'offrent en partie.

Son implantation n'est pas tout à fait terminée et, déjà, les préoccupations sont nombreuses.

Voyez l'entrevue avec Robert Comeau, président de l'APTS:

«Ce qu'on vient faire, c'est qu'on vient mettre une distance entre le client et le psychologue. Ce sont d'abord des professionnels qui accueillent le client en première ligne; des travailleurs sociaux ou des psychoéducateurs, par exemple. Ils vont plus apprécier le client plutôt que de l'évaluer. La nuance, elle est importante», a insisté M. Comeau.Selon lui, «il faut évaluer les clients pour bien les orienter dans le système par la suite.»

Il a expliqué que le premier intervenant n'est pas nécessairement habileté à procéder à une évaluation et qu'en remplissant un questionnaire, c'est un «algorithme qui va donner une réponse qui va orienter le client.»

«Le psychologue ne peut plus utiliser son jugement clinique pour offrir un meilleur service. Le PQPTM ne permet pas (d'ajuster) le nombre de séances. [Le psychologue] devra se battre avec son supérieur pour pouvoir augmenter le nombre de séances», a-t-il ajouté.

Inspiré d'une initiative similaire en Angleterre, le PQPTM permet pourtant, selon le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), aux personnes de recevoir «des soins et des services adaptés à leurs besoins dès les services sociaux généraux».

Dans un courriel envoyé à TVA Nouvelles, une porte-parole du MSSS a mentionné que «le PQPTM propose les meilleures pratiques reconnues mondialement.»

On précise que «chaque intervenant est responsable de sa pratique et des méthodes de traitements.» «Selon son jugement clinique et son autonomie professionnelle, il doit proposer les traitements qui répondent aux besoins de la personne. Les approches préconisées sont celles qui ont démontré leur efficacité selon l'étude de la littérature, qui sont basées sur des données probantes et font consensus chez les experts.»

Le gouvernement provincial alloue un budget annuel d'environ 35 millions$ au PQPTM. Au moment d'écrire ces lignes, 20 505 personnes étaient en attente au guichet d'accès en santé mentale.

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