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Antitramway: De retour à Québec, le maire Marchand revient sur ses propos

Le maire Bruno Marchand profite de son retour à Québec pour clarifier samedi ses propos sur les antitramway, qu'il avait déclarés favorables à la pollution.

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«Je n’ai jamais pensé, je ne penserai jamais que quelqu’un qui est contre le tramway est un pollueur, ce n’est pas vrai du tout. Cependant, on a des choix à faire comme communauté, comme Ville, de mettre à la disposition des gens des façons de se déplacer sobre en carbone. On va le faire», explique Bruno Marchand.

Le maire de Québec insiste par ailleurs sur sa posture, qu'il déclare étrangère à toute forme d'ingérence. 

«Il faut offrir des choix aux citoyens. Mais il y a une chose qui est importante. Je ne l’ai jamais fait depuis que je suis élu et je ne le ferai jamais: je ne m’immiscerai pas comme un juge de ce que les citoyens doivent faire ou ne pas faire dans leur quotidien», assure-t-il.

Tunis

Reppelons que vendredi matin, le maire de Québec avait laissé tombé que ceux qui s’opposent au tramway de Québec sont favorables à ce qu’on continue de polluer comme on le fait actuellement.

«64 % de nos GES (Gaz à effet de serre) sont émis par nos transports à Québec. Alors, quelqu’un qui dit ‘je suis contre le tramway’ - il a le droit de dire ‘je ne le prendrai pas’ - mais ‘je suis contre le tramway’, c’est donc dire quoi? C’est donc dire : je soutiens le fait que nous continuons de polluer de la même façon parce qu’on n’a pas d’autres solutions. C’est ça l’enjeu», a affirmé M. Marchand, de passage à l’hôtel de Ville de Tunis, à l’occasion de la réunion du bureau de l’Association internationale des maires francophones (AIMF). 

Quelques minutes plus tôt, le maire de Québec avait entendu son homologue de Paris, Anne Hidalgo, expliquer longuement sa démarche en matière de transports. Dans la Ville Lumière, l’administration municipale assume totalement sa volonté de compliquer la vie des automobilistes et de favoriser les transports actifs, les pistes cyclables et la piétonisation. 

Le lobby du diesel 

Pour parvenir à imposer cette vision, la mairesse Hidalgo a expliqué avoir dû batailler face au puissant «lobby du diesel».  

«À Paris, nous avons maintenant une diminution du trafic automobile de 5 % chaque année depuis 2014 et une diminution de la pollution de 5 % chaque année depuis 2014. Donc, la corrélation est extrêmement importante», a-t-elle glissé. 

Photo Taïeb Moalla

Cette dernière s’est félicitée du fait qu’elle ne soit plus obligée d’émettre des arrêtés interdisant aux enfants de jouer dans les cours des écoles les jours de pics de pollution.  

Évitant de se mêler directement des débats à Québec au sujet du tramway, Mme Hidalgo a tout de même appelé ses homologues à être «un peu courageux» malgré « les résistances » dans ce contexte de lutte contre les changements climatiques.  

Une pression énorme, dit Marchand 

Même si le contexte parisien est différent de celui de Québec, Bruno Marchand a noté certaines similitudes et il a convenu que «la pression est énorme» dans le dossier du tramway. «Il n’y a pas de lobbys. Mais ça vient quand même par camions chaque matin», a-t-il déclamé, sourire au coin.  

De quels camions s’agit-il au juste? «Quand une radio passe tout son temps d’antenne du matin, du midi et du soir à vous taper dessus, à faire circuler des citations que j’ai dit une fois – par exemple sur l’Antarctique...», a-t-il mentionné en référence à CHOI FM qu’il a pris soin de ne pas nommer.  

Vendredi, à l’hôtel de ville de Tunis, le maire Marchand a discuté avec la mairesse de Paris, Anne Hidalgo, et avec le bourgmestre (maire) de Liège, en Belgique, Willy Demeyer.

Photo Taïeb Moalla

Vendredi, à l’hôtel de ville de Tunis, le maire Marchand a discuté avec la mairesse de Paris, Anne Hidalgo, et avec le bourgmestre (maire) de Liège, en Belgique, Willy Demeyer.

Selon lui, «c’est pas les mêmes formes de pression. Je ne suis pas en train de dire que nos pressions sont pires que celles de Paris. Je n’oserais pas penser ça. Je fais juste dire que les pressions sont énormes pareil».   

Programme de compensations 

Dans un ordre d’idées connexe, le maire s’est également entretenu en tête à tête plus tard en journée avec sa consœur Hidalgo. Il a notamment été question des indemnisations aux commerçants durant les cinq ans de travaux du tramway.  

«Elle m’a partagé ce qu’ils ont fait pour soutenir les commerçants dans la période des travaux, s’est-il réjoui. C’est sûr que c’est une préoccupation pour nous. On va pouvoir bénéficier de ce que Paris a fait.» 

D’après lui, «c’est intéressant de pouvoir mettre une mesure éprouvée (au sujet des programmes de compensation). Évidemment, on va l’adapter à notre contexte et à notre culture».  

Une sortie « grossière » et « risible » 

Le porte-parole du groupe Québec mérite mieux, opposé au projet de tramway devant les tribunaux, n’a pas tardé à réagir, jugeant la sortie du maire Bruno Marchand «grossière» et «un peu risible».  

«Qui pollue? Celui qui est prêt à abattre des milliers d'arbres matures ? Celui qui veut créer des îlots de chaleur ? Celui qui veut produire des GES pendant 11 ans ? Celui qui veut bétonner la ville sur 19 km avec une dalle ? Celui qui veut creuser un tunnel qui nécessite 40 000 voyages de camion ? Celui qui va accentuer une pollution visuelle et sonore ?», questionne Donald Charette. 

«C’est vraiment rendu "crois ou meurs", c’est sans nuances. Voyons donc, voir si on est là pour polluer la ville ! Au contraire, on est là pour protéger la ville. Nous sommes contre ce projet car il est trop invasif. Il existe des alternatives», comme un tramway sans rails ou un métro léger, a-t-il exposé.  

Avec la collaboration de Jean-Luc Lavallée 

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