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«Envoyée dans un trou»: les conditions de détention pénibles de la basketteuse Brittney Griner en Russie

C’est la «terre des prisons»: la Mordovie où est arrivée cette semaine la vedette du basket-ball, Brittney Griner, pour purger sa peine, est une région russe renommée pour ses colonies carcérales. 

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Dans le village de Iavas, perdu à 400 km au sud-est de Moscou, au milieu des forêts et des marais couverts de neige, où se trouve la colonie pour femmes N° 2, le sort de la basketteuse laisse de marbre la plupart des locaux.

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Condamnée en août, la sportive afro-américaine, double championne olympique, doit y purger une peine de neuf ans d’emprisonnement pour «trafic de drogue», après avoir été arrêtée en février dans un aéroport de Moscou avec une vapoteuse et du liquide contenant du cannabis, un produit interdit en Russie.

Elle dit qu’il s’agissait d’un traitement pour apaiser des douleurs liées à sa pratique intensive du basket. Ses soutiens dénoncent une prise d’otages pour marchander avec Washington en plein conflit en Ukraine. Des négociations sont en cours en vue d’un échange de prisonniers.

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«D’habitude on amène ici plutôt des détenus dits "particulièrement dangereux"», remarque Vitali Doïne, 48 ans, un ancien prisonnier qui a passé six ans dans une colonie de Mordovie et s’est reconverti en chauffeur de taxi.

Il se dit «surpris» qu’une sportive aussi célèbre ait été envoyée dans un tel «trou».

La République de Mordovie accueille une vingtaine de prisons. Selon Vitali, toutes les colonies de la région sont «rouges», selon la classification officieuse du milieu carcéral en Russie. C’est à dire sous le contrôle des matons, contrairement aux colonies dites «noires» qui sont sous la coupe de groupes mafieux.

«Lesbienne, Américaine et noire»

Le village de Iavas a été fondé en 1921, quand commençait à se constituer l’archipel soviétique du Goulag. Il tourne toujours autour de l’économie carcérale : la plupart de ses habitants travaillent dans l’administration pénitentiaire, ou y ont travaillé.

Au marché local, en ce samedi de novembre, la très grande majorité des habitants disent ne pas avoir entendu parler de l’affaire Griner ou refusent de parler à la presse. Soudain une femme s’arrête alors qu’elle va faire ses courses.

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«La loi est la même pour tous, pour les gros bonnets et pour les gens ordinaires», réagit Svetlana, une femme d’une cinquantaine d’années aux cheveux teints en roux et qui refuse de décliner son nom de famille.

«S’ils l’ont envoyée en prison, c’est qu’elle le méritait. Si elle a une bonne conduite, elle aura une libération anticipée et sortira avec la conscience tranquille».

Reste à savoir à quel traitement aura droit la sportive américaine.

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Olga Romanova, directrice du Fonds Rous' Sidiachtchaïa, une ONG spécialisée dans la défense des détenus russes, explique que la colonie de Brittney Griner est une prison «normale» selon les critères du pays : des cas de tabassages de détenues y ont déjà été signalés, ainsi que des conditions de travail «proches de l’esclavage».

«Mais il y a des prisons bien pires», souligne Olga Romanova, qui vit en exil en Allemagne.

Elle explique que dans les prisons pour femmes en Russie, à la différence des prisons pour hommes, «il n’y a pas de castes et de hiérarchie» entre détenus. Par conséquent, les femmes sont davantage livrées à elles-mêmes, selon Olga Romanova.

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Mais le fait que l’Américaine soit au cœur de pourparlers pour un possible échange change la donne. Tant que des négociations seront en cours, l’administration «prendra soin d’elle», note Olga Romanova. «Mais si les négociations s’arrêtent, elle sera en danger».

Trois facteurs renforcent, selon Mme Romanova, les risques de violences en prison contre Griner : «Elle est lesbienne, Américaine et noire». 

Cela fait d’elle une cible pour les brimades dans les prisons russes, marquées par une homophobie de façade extrêmement violente, le racisme, et où les États-Unis sont vus comme «l’ennemi pur», estime Mme Romanova.

«C’est bien qu’elle ne parle pas russe, elle ne comprendra pas ce qu’on lui dit», note l’experte. «Dans ce cas, je pense que cela résoudra des problèmes».

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