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L’affaire Julien Lacroix: #Metoo, pour en finir avec le mythe des monstres

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Photo Adobe Stock

Un agresseur, c’est souvent un proche. C’est un ami, un conjoint, un parent, un professeur, un collègue de travail, une connaissance.

Au Québec, plus de 95 % des auteurs d’agression sexuelle connaissent leurs victimes. Les deux tiers des infractions sexuelles sont commis dans une résidence privée et 78 % des victimes d’agressions à caractère sexuel sont des femmes et des filles.

Un agresseur a rarement les traits d’un monstre sorti tout droit de l’enfer. De toute façon, on ne laisse pas entrer les monstres chez soi. On ne fait pas confiance aux monstres. On déteste les montres. 

Et pourtant, le mythe persiste. Celui des victimes qui mentent aussi.  

Décrédibilisation des victimes

L’article « L’affaire Julien Lacroix deux ans plus tard – Des cicatrices et des regrets » signé Isabelle Hachey contribue à alimenter le narratif derrière la décrédibilisation des survivantes d’agression à caractère sexuel et la perpétuation des mythes et préjugés relatifs aux violences sexuelles.  

Avec une touche de sensationnalisme, cette enquête journalistique entend poser un « regard critique » sur le mouvement #Metoo et rapporte que trois des neuf femmes ayant dénoncé l’humoriste Julien Lacroix pour agression sexuelle et inconduite sexuelle se rétractaient. 

Julien Lacroix y est dépeint comme un homme qui vivant « ermite au cœur de Montréal » et souffrant « choc de stress post-traumatique » à la suite de la parution, en 2020, du reportage du Devoir qui aurait ruiné sa vie

Sans citer de sources expertes en agression à caractère sexuel, l’article fait fi de certains éléments clés entourant les violences sexuelles et leurs dévoilements, dont celui des risques de violence et de revictimisation auxquels s’exposent les personnes qui dénoncent publiquement. Julien Lacroix y est présenté en dommage collatéral d’un mouvement planétaire dénonçant un ras-le-bol face à l’omerta entourant les violences sexuelles, #Metoo. Il est là le problème.  

Il vient ainsi reprendre le contrôle du narratif et l’attention est dorénavant concentrée sur les impacts négatifs que ces dénonciations ont eus sur sa vie. Les répercussions sur la vie des femmes qui maintiennent leurs dénonciations sont complètement ignorées.  

Une problématique sociale bien réelle

Cela fait plus de quarante ans que le Regroupement des Québécois des centres d’aide et de lutte aux agressions à caractère sexuel (RQCALACS) et ses membres (CALACS) luttent contre les agressions à caractère sexuel. Chaque année, nous répondons à des milliers de demandes d’aide de femmes et de filles en lien avec des violences sexuelles. 

Les agressions sexuelles sont une problématique sociale bien réelle et les médias jouent un rôle important dans la perception et la compréhension de cet enjeu. 

Les violences sexuelles ne doivent pas être instrumentalisées pour créer des coups médiatiques. Le 18 novembre au matin, Audrey-Ann Dugas, citée dans l’article d’Isabelle Hachey, dénonçait une déformation de ses propos et rapportait les pressions exercées par la journaliste. Elle maintient sa dénonciation envers Julien Lacroix. 

Les cheminements et les narratifs des survivantes de violences sexuelles sont multiples, complexes et valides. Comme regroupement national en violences sexuelles, nous croyons qu’il est grand temps de créer une société où les victimes et les survivantes ne craindront plus de dénoncer les violences vécues.  

À toutes les survivantes, nous vous croyons. Les seules personnes responsables des agressions sexuelles sont les agresseurs.

Le Regroupement québécois des centres d’aide et de luttes aux agressions sexuelles

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